jeudi 20 février 2014

Green Blood, vol.3

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Green Blood, vol.3 de Masasumi Kakizaki

On retrouve dans ce troisième épisode du manga western de Masasumi Kakizaki, nos deux frères que tout oppose, à Five Points dans le 6ème district de New York, un quartier dominé par le crime et la violence. L’aîné, Brad Burns alias Grim Reaper, le célèbre assassin au service du gang des Grave Diggers est devenu incontrôlable suite à l’enlèvement de Luke, son jeune et innocent frère. Présumé mort, Grim Reaper/Brad Burns intervient dans la bataille rangée opposant les Grave Diggers et les Iron Butterflies façon « Gangs of New York » de Martin Scorsese. Grim Reaper massacre indifféremment sur son passage les belligérants des deux camps. Même une mitrailleuse lourde Gatling tirant 200 balles par minute, réputée aussi efficace qu’un régiment entier, ne peut le stopper. L’émotion n’est pas en reste. Désormais Luke connaît toute la vérité sur la double identité de son frère. Dans un flash-back poignant, on comprend que Grim Reaper est né le jour où Brad, encore enfant, son petit frère sur le dos, a découvert leur mère dans une mare de sang, assassinée par leur ignoble père. Après l’éradication des membres du gang des Grave Diggers, l’auteur transporte son récit vers l’Ouest. Les deux frères, recherchés par la police et n'ayant plus rien à faire à Five Points, partent vers Saint-Louis pour tuer leur père. En route, ils sont accueillis par une femme seule vivant avec sa fille. Elle les traite comme ses propres enfants. Des promesses d’avenir sont échangées avant qu’un nouveau drame horrible ne vienne tout gâcher.

Kip, un bon à rien lâche et pervers, fils de Gene MacDowell le fondateur des Grave Diggers et père adoptif de Brad et Luke ; Edward King, le père des deux frères (« les morveux que cette fichue bonne femme a pondu » comme il les qualifie), un être vénal, cruel et dangereux ; Charles Howard, un riche promoteur qui derrière ses airs bienveillants est prêt à tout pour s’approprier les terres des fermiers des environs de Saint-Louis ; Fast Draw Hawk un tueur engagé par Howard et appartenant à la bande d’Edward ; constituent, entre autres, une belle galerie de méchants. Les scènes d’une violence presque surréaliste cohabitent avec de nombreux passages émouvants (la pendaison publique de Gene MacDowell qui en réalité voulait protéger les habitants de Five Points du chaos en créant son gang ; le flash-back montrant l’arrivée sur le sol américain de ce même Gene MacDowell, plus jeune, accompagné d’Edward King ; l'amour d'un foyer durant quelques jours près de Saint-Louis malheureusement le théâtre d'une nouvelle tragédie etc.). 

Les dessins sont toujours aussi somptueux et d’une violence toute tarantinesque. Les plans larges, les gros plans sur les yeux ou d'autres parties du corps ainsi que les cases sans dialogue sont visuellement très cinématographiques.

La violence et les sentiments exacerbés de ce manga m’ont laissé pantois. A deux volumes de la fin de la série, les dernières pages laissent présager encore beaucoup de fureur, de sang et de larmes à venir.
 
Ma note : 9/10

Le Schtroumpfissime

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Le Schtroumpfissime de Peyo


Grâce à son sujet, cet album de Peyo est à même d’intéresser petits et grands. Depuis toujours, on peut comparer la société de nos petits lutins bleus à une forme de communisme dans sa version idéaliste. Il faut que le Grand Schtroumpf s’absente plusieurs jours pour que ce soit le désordre, l’anarchie. C’est pourquoi un Schtroumpf plutôt futé invente les élections et les promesses qui vont avec. Une fois élu, il devient le Schtroumpfissime et choisit ses partisans à coups de promotions pompeuses afin d’assurer son pouvoir (le Schtroumpf Musicien nommé porte-parole, le Schtroumpf Costaud chargé du maintien de l’ordre etc.). Hélas, c’est l’engrenage propre à l’Histoire humaine qui mène à la dictature (garde personnelle, culte de la personnalité avec la construction d’un Palais…), la résistance et la révolution. Tout pouvoir autoritaire a son martyr (ici le Schtroumpf Farceur) et son peuple révolté. La libération du Schtroumpf Farceur de prison sous les chants révolutionnaires fait penser à la prise de la Bastille. Les insurgés cachés dans la forêt rappellent Robin des Bois et ses compagnons. L’échec de l’expédition militaire pour trouver le camp des rebelles et les désertions de plus en plus nombreuses sapent le moral du pouvoir en place. La fortification du village et l’assaut final à coups de tomates marquent la fin du régime. On a même droit « au dernier carré » autour du Schtroumpfissime. A son retour, le Grand Schtroumpf découvre un village en ruine. Heureusement, l’ensemble des Schtroumpfs avec le Schtroumpfissime en tête sont solidaires pour tout reconstruire. Nous sommes chez les Schtroumpfs. Même pendant cette période trouble, l’humour est omniprésent. Personnellement, l’opportunisme du Schtroumpf à Lunettes qui change de camp sans vergogne m’a beaucoup fait rire. Bref, quitte à ne lire qu’un seul album de la série, autant choisir celui-ci.

Ma note : 10/10

mardi 11 février 2014

Le jour des triffides

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Le jour des triffides de John Wyndham

Ce classique de la SF britannique ne m’a guère convaincu. Le début du récit avec le réveil du héros dans l’hôpital, l’humanité aveugle et les triffides s’avère assez angoissant. Hélas, impossible pour moi de croire un seul instant que deux fléaux d'une telle envergure (la cécité à grande échelle des êtres humains et les attaques de dangereux végétaux) s’abattent simultanément sur l’humanité. L’auteur nous présente une succession de modèles de société (pragmatique, individualiste, autoritaire, idéaliste etc.) censés sauver l’espèce humaine. J’ai trouvé les descriptions des règles de vie dans ces communautés antagonistes ainsi que la place réservée dans ces groupes aux voyants et non-voyants d’une lecture laborieuse. D’autant que John Wyndham finit par en oublier ses plantes mortelles. D’ailleurs, il m’est difficile d’imaginer ces dernières se déplaçant hors de leurs racines même dans un roman des années 50… C'est dommage car les réflexions non dénuées d’humour du personnage principal sont plaisantes.

Ma note : 3/10

Du bois dont on fait les pipes

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Du bois dont on fait les pipes de San-Antonio

Si Félicie, la maman de San-Antonio, ne s’était pas mise à chialer comme une madeleine devant son poste de télévision, rien ne serait arrivé. Sur l’écran, une mère éplorée dont le fils a été kidnappé par un fou sadique participe à une émission TV. Le malade est interné dans un hôpital psychiatrique. S’il avoue les meurtres de deux enfants ; il nie celui dont il est question dans l’émission, malgré les preuves accablantes contre lui. Pour sa môman, San-Antonio se fait passer pour fou (cf. le dialogue décalé et drôle avec le psychiatre) puis interné. Son plan est de faire évader le psychopathe pour pouvoir le « cuisiner ». Là, notre policier commet une erreur en cachant chez lui à Saint-Cloud, ce tueur d’enfants bon chic bon genre, surtout avec le petit Antoine sous son toit…

Pour une fois pas de grand voyage, San-Antonio enquête à domicile. Frédéric Dard nous entraîne dans une chasse à l’homme, à première vue des plus classiques, dans Paris. C’est sans compter l’intelligence du psychopathe, le tempérament du gamin et la révélation finale comme souvent chez l’auteur, peu vraisemblable mais étonnante. Le récit est ponctué de quelques scènes gore, histoire de faire monter la tension (âmes sensibles s’abstenir). Dans cette aventure, San-Antonio est aidé de Bérurier (ah ! ses frasques sexuelles cradingues avec sa femme et… une cousine !), de Pinaud (aux déductions toujours utiles mais ici handicapé par des hémorroïdes), de Mathias (ses innombrables chiards et sa mégère de femme) ainsi que de sa « Musaraigne », future épouse de notre commissaire : la jeune et jolie Marie-Marie. Ses amis ne sont pas de trop car notre policier est touché au plus profond de lui-même par le drame qui se joue. Il tombe même malade durant une bonne partie du livre (passages pas très utiles à l’enquête mais bon…). Chose amusante : le livre datant de 1982, l’auteur fait quelques sous-entendus sur la gauche arrivée au pouvoir.

Sinon, le style de Frédéric Dard est toujours aussi coloré avec :

- ses jeux de mots : « Président de la raie biblique », « deux places au Palais des Congrès pour Jauni Alité », « chère loque omelette », « comme disait sein-vin-sang-d’épaule » ou « comme disait cinq-vain-sans-deux-pôles », « La bête du j’ai-vos-dents », etc.

- ses tournures de phrases dont il a le secret : « je les accompagne, nous ne serons pas trop de tous », etc.

- ses inventions et détournements linguistiques : « Nous droppons au portail… », « Oh ! moi, je regarde par terre, findenonrecevoir-t-il. » ou encore le verbe « niannianer », « en pénélopant devant sa tapisserie », « Vous allez me les récupérer Frédéric-Frédéric. » (pour dare-dare, allusion faite au nom de l’auteur), etc.

- ses nombreuses digressions plus cocasses les unes que les autres : « Mes moyens ne me permettent pas d’inventer des gadgets foireux. Ce qui fait notre force au Fleuve, c’est le rendement. Les prix sont étudiés ; le calibrage, la promotion, tout… Y a que les auteurs qui n’ont pas bien étudié, mais à quoi bon se crever l’oigne à apprendre puisque c’est pour oublier tout de suite après les examens ? », « Les hommes sont moches. Tu les regardes, tu comprends que c’était pas la peine. On aurait aussi bien pu demeurer absents, à tout jamais, dans les intersidérations cosmiques. La Terre, planète morte. De la caillasse supra-saharienne. Mais « Il » a créé l'oxygène à « Son » image. Et l'azote. L'hydrogène ; tout le fourbi. « Il » a voulu l'infusoire. « Il » a eu ce caprice pour le protozoaire ; et tout s’est déclenché. Et nous voilà, m’man : toi, moi, tous les pas beaux, les biscornus, bancroches, minus, mesquins, connards, enculés de frais ; tout le monde, comprends-tu ? Qu’est-ce que tu dis ? Que « Sa » volonté soit faite ? Elle est faite rassure-toi. Dans le cul la balayette, m’man. Profoundly ! Regarde-la, en couleur, « Sa » volonté. En train de gnagnater sur un rectangle verre. Tu la vois bien, dis ? Tu admires la façon qu’elle purule ! Qu’elle rengorge ! Non, non, sois tranquille : je ne blasphème pas, c’est pas mon genre. Je me soumets. Je « Le » remercie bien humblement pour le cadeau phénoménal. Je t’ai, tu compenses le reste. Ma planète c’est toi. « Il » m’a tout donné pour un seul de tes regards… », etc.

- ses notes de bas de page : « Je sais bien qu’on ne s’excuse pas, mais qu’on prie quelqu’un de vous excuser, seulement quand t’écris en bon français les lecteurs débandent » ou « Pas demain la veille qu’il gloupera des Snntn-Aaoio » : « Pour varier un peu, j’ai écrit San-Antonio en mettant les consonnes d’un côté et les voyelles de l’autre, ça ne fait chier personne et ça m’amuse », etc.

- sa vulgarité bon enfant : « l’amour sauvage, bon, pour s’dégorger la glandaille, ça a son charme… pour s’sentir d’attaque aux prouesses, l’homme il faut qu’il ave le ventre plein et les couilles vides… », etc.

Moi, je suis client.

Ma note : 8/10