samedi 23 février 2013

L'empreinte de l'étalon noir

medium

L'empreinte de l'étalon noir de Walter Farley


La fille du champion

Mondialement connus, les romans de Walter Farley ont fait (et font encore) rêver de nombreux lecteurs. Rarement l’univers hippique aura été aussi bien décrit. L’amitié qui lie le jeune jockey, Alec Ramsay, à son cheval, Black, le célèbre étalon arabe à la robe noire, ne peut que toucher le cœur des lecteurs. L’adolescent et le pur-sang gagneront ensemble de nombreuses courses hippiques. Cette série véhicule des valeurs positives telles que l’amour des animaux, la patience, le respect, le travail et l’effort. Au fil des épisodes d’autres chevaux intégreront la série (Satan le fils de Black, Flamme l’unique rival du champion et même Napoléon un vieux cheval de trait gris). Les récits de l’auteur sont également ponctués d’aventures plus exotiques se déroulant très loin du ranch de l’Espoir.

Dans cet épisode, Henry Dailey, l’entraineur de l’étalon noir, achète la première pouliche de Black, Black Pearl, dans le but de l'entraîner pour le grand derby du Kentucky. Mais Black Pearl rue à tort et à travers, et ne consent à galoper que lorsqu’on lui laisse prendre le mors aux dents... En l’engageant dans ce derby, Alec n’a-t-il pas surestimé le potentiel de cette pouliche, difficilement contrôlable et capricieuse, au prétexte que le sang de Black coule dans ses veines ?

Une fois de plus la recette fonctionne. J’ai de nouveau succombé à la tension nerveuse autour de ces compétitions hippiques haletantes. Le mérite de cet écrivain talentueux est d’avoir su me vendre ses histoires de chevaux. Moi qui en temps normal ne m’intéresse à ces animaux que dans... mon assiette !

Ma note : 7/10

Opération Wolf

medium

Opération Wolf de Henri Vernes

Un baroudeur pur et dur

Bob Morane est le héros d'une série de romans et de bandes dessinées, créé par le romancier belge Henri Vernes. Un peu moins d'une vingtaine de ses aventures ont été publiées dans la Bibliothèque verte au début des années 80. Ces histoires mélangent allègrement aventures exotiques, espionnage et SF. Ce livre ne déroge pas à la règle.

Un scientifique et trois espions (les « Henaurmes ») volent des informations confidentielles d’une base de recherche spatiale installée au milieu du désert. Ceci, grâce à des chiens-loups munis de caméras miniatures greffées au niveau des yeux et de rayons permettant d’accéder à des passages secrets ! Ces chiens mêlés à ceux qui gardent la base passent inaperçus. Bob Morane et Bill Balantine, en vacances dans la région, visitent les villes fantômes de l’ouest américain. Avec l’aide d’une jeune fille qui cherche l’or de son aïeul ; ils vont découvrir les passages secrets entre le cimetière de la ville fantôme, les anciennes mines d’or et la base de recherche spatiale pour au final trouver les moyens utilisés par les méchants pour espionner.

On a droit à de belles descriptions de paysages désertiques. Sinon, le récit est peu crédible (même pour un jeune public). Les personnages et les situations sont stéréotypés. Bob Morane est un poil macho (beaucoup de bagarres aux poings, l’admiration béate de la jeune fille pour le héros). Ce n’est pas ma série de la Bibliothèque verte préférée. Paradoxalement, les personnages adultes me paraissent moins intéressants que les adolescents détectives amateurs qui fleurissent au sein de ces publications pour la jeunesse.
 
Ma note : 6/10

Michel fait un rallye

couverture

Michel fait un rallye de Georges Bayard

Une série phare pour la jeunesse

« Michel » est la série de la Bibliothèque verte dont j’ai lu le plus de romans (une quarantaine de titres). Si ce n’est pas la plus originale ; il faut reconnaître que Georges Bayard a su intéresser une génération de lecteurs avec des personnages débrouillards auxquels les jeunes pouvaient facilement s’identifier. La fluidité et la précision de l’écriture rendent ces récits agréables à lire pour un jeune public. Ainsi, Michel accompagné de son cousin Daniel et d’Arthur, un copain apprenti mécanicien se trouvent fréquemment mêlés à des aventures rocambolesques, la plupart du temps sur leurs lieux de vacances.

Ici, Michel participe à un rallye de vieux tacots à bord de la Sauterelle une voiture de 1898. Il est accompagné de son cousin Daniel, de son copain Arthur et son patron garagiste, M. Fleurin. Le rallye doit les emmener de Compiègne à Rome. Dès le début tout va mal. Ils sont suivis par une mystérieuse voiture noire. Les cales maintenant leur véhicule sont volées. Une bougie est arrachée. Daniel est agressé puis enfermé pieds et poings liés dans une armoire. Un étrange homme aux lunettes teintées veut même acheter la voiture. M. Fleurin est écarté du rallye en tombant des escaliers... En fait, des espions ont introduit une fusée dérobée dans le réservoir de la Sauterelle pour passer la frontière italienne. Mais la place prise par l’objet, c’est autant de carburant en moins. Les méchants sont donc obligés de rajouter de l’essence à chaque étape pour ne pas éveiller les soupçons. Michel comprend tout. Il est kidnappé et séquestré pour servir d’otage. Voilà encore une aventure pleine de rebondissements et de suspense.

Selon moi, ce livre fait partie des meilleurs de la série. Une fois de plus, on a l’impression de partir en vacances en compagnie de copains de classe avec qui tout est possible.

Ma note : 7/10

Comment j'ai volé un Picasso

medium

Comment j'ai volé un Picasso de Larry J. Bash

Un détective US bien sympathique

Larry J. Bash est un personnage atypique au sein de la Bibliothèque verte (version années 80). En effet, notre héros est censé être le rédacteur de ses propres aventures. En réalité, ce personnage fictif est né de l’imagination du Lieutenant X alias l’écrivain russe Vladimir Volkoff (également auteur de la série des « Langelot » dans la même collection).

Lawrence (dit Larry) Justinian Bash est un jeune américain de dix-sept ans, capitaine de l’équipe de football de son lycée (football américain précise-t-il, pas le jeu de femmelette inventé par les européens). Il devient l’assistant d’un vieux détective privé pour financer ses études (coûteuses aux USA). C’est le stéréotype de l’américain moyen, très fier de son physique (1 m 88 pour 88 kg soit 6 pieds 2 pouces pour 200 livres) et de son succès auprès des filles. Conscient de ses capacités, il avoue ne pas être un intellectuel. En effet, ses connaissances historiques et sa vision du monde sont pour le moins naïves. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir de brillantes intuitions. Tous ces défauts parfaitement assumés par notre jeune détective donnent à la série un ton décalé très agréable. De même, Larry maltraite fréquemment certaines expressions françaises connues (par exemple faire artichaut blanc au lieu de faire chou blanc). Il a un copain noir, un élève studieux nommé Denis Watts qui lui corrige régulièrement ses manuscrits (annotations en bas de page). Les deux compères sont de milieux sociaux très différents. Denis est le fils d’un riche avocat. Il pilote une Porsche alors que Larry se traine dans sa vieille Studebaker. Denis pratique l’autodérision lorsqu’il s’exprime en langage 
« petit nègre » (« Gentil Larry pas taper pauvre nègre Denis... »).

Dans le présent roman, la secrétaire du Musée d’Atlanta demande de l’aide à notre agence de détectives. En effet, le Musée souhaite que Larry et son patron s’assurent de la qualité des mesures de sécurité prises par l’agence chargée de la surveillance d’une toile de Picasso estimée à dix millions de dollars. Et si le meilleur moyen de remplir cette mission était de voler le tableau ? Mais rien ne se passe comme prévu. Et si tout cela n’était qu’une immense manipulation ?

C’est une excellente série susceptible d’intéresser un public plus adulte. On peut juste regretter sa brièveté (seulement dix titres parus qui débutent tous par « Comment j’ai… »).
 
Ma note : 7/10


Langelot et le gratte-ciel

medium

Langelot et le gratte-ciel de Lieutenant X


James Bond pour les jeunes

A une époque, j’ai quasiment lu tous les titres (une quarantaine) de la série des « Langelot » dans la collection Bibliothèque verte. Ces romans d’espionnage pour la jeunesse sont signés du Lieutenant X alias l'écrivain d'origine russe Vladimir Volkoff.

Le sous-lieutenant Langelot est un agent secret du SNIF (Service National d’Information Fonctionnelle). Ses missions l’entrainent à travers le monde combattre des super-criminels tels les agents du SPHINX. Cela ne vous rappelle rien ? Et oui, James Bond, le personnage créé par Ian Fleming n’est pas loin. Ici, les aventures exotiques pleines de rebondissements et les méchants n’ont pas grand-chose à envier aux versions adultes. Plus étonnante, la présence inhabituelle pour des livres de la Bibliothèque verte de jolies jeunes filles qui ne laissent pas notre héros indifférent.

Dans « Langelot et le gratte-ciel », notre agent secret est envoyé à Montréal au Canada dans le cadre de la mission « Nébuleuse ». Il doit démanteler une organisation terroriste installée dans un immeuble. Encore faut-il localiser les méchants à l’intérieur de ce building de cinquante étages. L’agent 222 du SNIF est aidé dans sa mission par de sympathiques autochtones. C’est l’occasion pour le lecteur de découvrir quelques particularités chez nos « cousins » québécois. Les maladresses de Langelot envers les canadiens sont plutôt amusantes. Rapidement, l’action est au rendez-vous. Langelot se trouve bientôt isolé avec pour responsabilité de sauver le monde à lui tout seul.

C'est un bon épisode sans être le meilleur de la série. Une série de qualité pour les jeunes lecteurs en quête d’émotions fortes.

Ma note : 7/10

Le perroquet qui bégayait

medium

Le perroquet qui bégayait de Alfred Hitchcock

Un bon policier pour la jeunesse

La série « Les trois jeunes détectives » figure parmi mes livres de la Bibliothèque verte préférés. Si Alfred Hitchcock prête son nom à ces romans ; il s’agit en réalité d’un pseudonyme collectif. En revanche, les auteurs font bien intervenir fictivement le célèbre réalisateur dans chaque épisode. Il a souvent le mot de la fin dans les épilogues. Véritable mentor, c’est lui qui confie les enquêtes à nos détectives amateurs. Toute proportion gardée, l’esprit de ces histoires pour la jeunesse est proche de l’œuvre d’Hitchcock (notamment sa série TV « Alfred Hitchcock présente »). En effet, les énigmes apparemment insolubles font intervenir la logique et les solutions sont souvent étonnantes.

Nos héros sont des jeunes californiens très sympathiques. Le cerveau de la bande, Hannibal Jones, est un gros garçon, un peu vantard mais malin. Peter Crentch, le sportif du trio, est un tantinet froussard. Il n'apprécie pas toujours les initiatives d’Hannibal. Enfin, Bob Andy, l’intellectuel du groupe, s’occupe du travail de documentation. Ils se réunissent souvent chez Hannibal sous un monceau d'objets hétéroclites, au cœur d’une brocante où se cache leur Q.G. : une vieille caravane accessible par plusieurs entrées secrètes et équipée, entre autres, d'un laboratoire et d'un téléphone. A noter que les trente-sept titres de la version française sont assez cocasses. J’en possède encore deux : « La mine qui ne payait pas de mine » et le présent livre « Le perroquet qui bégayait ».

La bande est ici à la recherche de plusieurs perroquets et d’un mainate. Ces animaux connaissent par cœur des phrases énigmatiques. Mises bout à bout, elles pourraient désigner la cache d’un butin. Mais, nos apprentis policiers ne sont pas les seuls sur l’affaire…

Bien que destiné à un jeune public, j’ai relu ce livre avec plaisir. Il faut dire que la fluidité de l’écriture, le suspense et les révélations (la nature du trésor, sa cachette…) hissent ce roman jeunesse au niveau d’un policier pour adulte de qualité moyenne.
 
Ma note : 7/10

mardi 19 février 2013

La ville qui n'existait pas

medium

La ville qui n'existait pas de Philippe Ebly


Pour bien débuter dans le genre

Les romans de Philippe Ebly ont fait le bonheur de toute une génération de lecteurs de la Bibliothèque verte. « La ville qui n’existait pas » fait partie de la célèbre série « Les conquérants de l’impossible » composée d'une vingtaine de titres. Serge, Xolotl (un indien du Mexique) et Thibaut (né au moyen âge et « réveillé » de nos jours) sont régulièrement confrontés à des événements insolites. Ils sont souvent aidés par des scientifiques aux inventions incroyables.

Dans ce livre, Serge, Xolotl et Thibaut découvrent dans une forêt d’Auvergne, un couloir souterrain qui aboutit à une immense caverne creusée sous un ancien volcan. Au centre de cette caverne se trouve une grande ville qui n'a jamais vu l'éclat du soleil. Nos explorateurs pénètrent dans cette mystérieuse cité où les hommes s'éclairent par une étrange lumière qui coule sur les murs comme de l'eau. Les garçons font la connaissance de curieux oursons, intelligents et muets, qui obéissent à tous les ordres qu'ils reçoivent. Mais bientôt, Serge, Xolotl et Thibaut ne sont plus autorisés à quitter la ville souterraine...

Ce roman fera la joie des amateurs de mystère. L’écriture soignée montre tout le respect de l’auteur pour son jeune public. L'intelligence du récit et l'absence de mièvrerie rendent ce livre vraiment digne d'intérêt.
 
Ma note : 7/10

L'évadé de l'an II

medium

L'évadé de l'an II de Philippe Ebly

De la bonne SF pour les jeunes

Philippe Ebly est connu pour avoir publié dans la Bibliothèque verte durant les années 70/80 des livres de SF/fantastiques pour la jeunesse. Ils constituaient une alternative aux histoires de détectives amateurs qui fleurissaient dans cette collection. « L’évadé de l’an II » fait partie de la série la plus connue de l’auteur : « Les conquérants de l’impossible ».

Dans ce roman, on retrouve les personnages récurrents de la série, Serge, Xolotl et Thibaut dans une histoire de voyage dans le temps. Retournés dans le Paris de la Terreur, en décembre 1793, les garçons doivent sauver Louis XVII enfermé dans la tour du Temple (à priori imprenable) et ainsi changer le destin du « Louveteau ». Réussiront-ils à faire évader le malheureux dauphin ? Leur intervention ne risque t-elle pas de modifier le cours de l’Histoire ?

Ce roman destiné aux jeunes lecteurs est à la fois divertissant et un brin instructif. Sans trop rentrer dans les détails historiques, l’auteur distille quelques informations sur le Paris de cette époque où la guillotine n'est jamais loin. Si nos héros aident un aristocrate ; c'est avant tout un enfant qu'ils sauvent d'une mort certaine. Une fois de plus, ce livre confirme qu'une histoire signée Philippe Ebly est un gage de qualité pour la jeunesse.
 
Ma note : 7/10

dimanche 17 février 2013

A l'image du dragon

couverture


A l'image du dragon de Serge Brussolo

Une quête originale et passionnante

Ce roman d’heroic fantasy se situe largement au-dessus de la moyenne du genre. Et pour cause, il est signé Serge Brussolo, auteur singulier s’il en est. Connaissant le bonhomme, il n’est pas étonnant de trouver dans cette histoire de quête une multitude d’idées plus folles les unes que les autres.

L’auteur nous décrit un monde désertique dominé par la chaleur six mois durant puis par la pluie l’autre moitié de l’année. Durant la saison des pluies, le désert se couvre d’une végétation luxuriante en très peu de temps. La pluie sonne le réveil des Dragons (espèce de crocodiles mutants) et des Caméléons (le peuple de la pluie) transformés en pierre pendant leur hibernation afin d’échapper à la chaleur. C’est alors une triste période qui débute pour le peuple du feu (les Hydrophobes). En effet, leurs corps se nourrissent des rayons du soleil. Au contact des gouttes de pluie, les Hydrophobes subissent d’horribles transformations et meurent. Réfugiés dans leurs grottes, ils s‘exposent au moindre éclat de lumière pour éviter de s’alimenter par la bouche comme les êtres immondes qui se nourrissent par le haut et se vident par le bas… Ils sont alors menacés par les dragons qui s’aventurent près des grottes.

Nous suivons l’un des dix jeunes chevaliers Hydrophobes dans son périple à travers le désert avant l’arrivée de la pluie comme le veut la coutume. Notre chevalier est accompagné d’une esclave Hydrovore, un être aux particularités physiques étonnantes (les seins hypertrophiés remplis d’eau comme des outres…). Le but du voyage est d’atteindre les cités des Dragons et des Caméléons, pour l’heure endormis et d’en détruire un maximum. Le problème est qu’il s'avère quasiment impossible de différencier les vraies statues de pierre qui fleurissent dans ces villes des monstres figés en état d'hibernation. Là, l’auteur a imaginé toute une stratégie. L’ouïe de l’esclave Hydrovore et d’anciens explosifs d'origine extraterrestre entrent en action. Ces derniers doivent être utilisés avec parcimonie car ils restent, pour les Hydrophobes, l’unique moyen de détruire l’ennemi. Serge Brussolo s’attarde sur le fonctionnement presque poétique de ces armes... Mais où va-t-il chercher tout cela ?

Le récit est ponctué de flash-back sur la jeunesse de la « femme-éponge » (surnom des Hydrovores à cause de leur rôle auprès des Hydrophobes) et celle de son maître. L’auteur fournit tout au long du roman des informations sur les étonnantes coutumes des deux peuples mais aussi sur leurs ennemis. Au bout de l’aventure, il est question de la perte de la foi, du doute et de la peur de mourir au moment du sacrifice. Au risque de perdre toutes ses certitudes (les méchants ne sont peut-être pas ceux que l’on croit), la curiosité prend le dessus. Le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la fin (le rôle dévolu à chacun au moment crucial, la vérité sur la nature du peuple de la pluie, les dieux-nains et leurs expériences génétiques etc.). Et c'est le début d'un nouvel espoir au bout d'un voyage encore très long...

Voilà un roman court mais intense avec des personnages profonds et intéressants.
 
Ma note : 10/10

vendredi 15 février 2013

Danger, parking miné !

couverture


Danger, parking miné ! de Serge Brussolo

Un récit plein d’idées inédites
 
Voilà encore un roman de Serge Brussolo susceptible de combler ses fans de la première heure. Il se situe dans la lignée des meilleures œuvres sorties de l'imagination débridée de l'auteur.

Dans un monde apocalyptique, les hélicoptères de la police protègent et surveillent une ville transformée en réserve d’arriérés mentaux (?) que la science considère en voie de disparition et qu’il faut préserver le plus longtemps possible. D'un côté, les « Rampants » croupissent sur les parkings et dorment dans les voitures rouillées. De l'autre, les « Sentinelles » vivent au sommet des anciennes tours d’habitation abandonnées. Au milieu, les policiers rendent ces tours inaccessibles pour éviter les affrontements directs et fournissent des vivres aux deux clans pour empêcher leur extinction. Chaque année, à date fixe, les « Rampants » envoient leurs héros à l’assaut des tours. C’est une guerre sans merci qui débute.

Brussolo n‘est pas avare de détails sur les coutumes des deux tribus. Les « Rampants » appelés aussi « Anonymes » sont des nomades sans identité. Ils éliminent toute trace d’individualisation en brûlant leurs empreintes digitales, en se tatouant de grosses lignes noires sur le visage, en s’habillant à l’identique. Ils parlent sans se regarder et mécaniquement pour éviter d’apercevoir des signes physiques (grand, gros etc.) ou auditifs (bégaiement, zozotement etc.) susceptibles de créer des surnoms et donc de nommer. Pas de bègue, pas d’accent, pas de défaut de prononciation qui provoqueraient la naissance d’un surnom : « le Balbutieur », le « Zézayeur » etc. Affubler d’un sobriquet, c’est nommer. Plus de pays, ni de famille (les enfants changent de « mère » tous les 6 mois jusqu’à l’âge de 12 ans). Même les rapports sexuels obéissent à la règle de l’anonymat (pas de cris, ni de mouvements exagérés). Les bébés atteints de malformations sont éliminés. Avec l’aide des policiers, le clergé baptise les « Anonymes » en les marquant d’un chiffre lors de safaris afin d’éviter les risques de consanguinités liés à l’anonymat.

A l’inverse, les « Sentinelles » ou les « Hypernommés » ajoutent des surnoms à leur patronyme tout le long de leur vie. La durée de vie moyenne est de 80 noms ! Ces individus passent leurs journées à les réciter comme des prières pour ne pas en oublier. Contrairement aux « Rampants », ils font tout pour se distinguer en s’habillant d’objets fétiches. Ils ne vivent que pour les enseignes lumineuses géantes marquant leur territoire. Une fois par an, les mots immenses (des marques depuis longtemps oubliées) illuminent les toits des tours et narguent les « Rampants ».

L’auteur détaille les différents modes de vie avec une précision d’anthropologue. Pour les deux clans, il a inventé une histoire expliquant leur évolution ; mais aussi leur fin inéluctable (dégénérescence consanguine, diminution des tablettes énergétiques des dieux-enseignes, perte de la foi et des dogmes). A ce titre, les souvenirs des anciens des deux clans sont poignants. Le livre raconte la naissance et le déclin de ces deux micro-civilisations à travers une bataille dominée par l'incompréhension, la fureur et la haine.

Absolument passionnant.
 
Ma note : 10/10