dimanche 29 décembre 2013

Mesdames, vous aimez "ça" !

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Mesdames, vous aimez "ça" ! de San-Antonio

Les romans les plus récents de l’auteur sont mes préférés. Je les trouve encore plus fous et osés que ses livres plus anciens. Une fois de plus, avec ce bouquin datant de 1994, j’ai bu chaque phrase comme du petit lait.

A cause d’une gentille opticienne qui n’avait pas mis de culotte pour faire sa vitrine, San-Antonio se trouve entraîné dans une dangereuse aventure en Thaïlande (et en Malaisie). C’est à Bangkok que débute l’enquête pour retrouver la demi-sœur disparue de l’opticienne déculottée. Notre policier est accompagné d’Achille, Directeur de la police, ex-patron de San-Antonio devenu son alter ego, vieux débris impuissant qui n’a qu’une idée en tête : profiter du voyage pour retrouver sa virilité perdue. Et effectivement, ce San-Antonio est particulièrement tourné vers la bagatelle. Plus encore que d’habitude, je trouve. A tel point, qu’avec ses exploits sexuels, le héros en oublie sa mission. Cependant, il finit par avoir toute la pègre thaïlandaise à ses trousses. Comme il le dit si bien : « Ce que j’estime, assez exceptionnel dans mon cas, c’est que, plus ma position est critique, plus je trouve des occasions de me vider les burnes, à croire que le désespoir de ma situation est générateur de coups de bite. »

Le premier chapitre allie le burlesque à la pornographie. Chez Frédéric Dard, le sexe est toujours joyeux, jamais glauque : « Je me laissais polir le chinois à la salive d’opticienne » ; « Gloutonne à souhait, la chère sans-culotte m’engouffrait avec cette détermination des luronnes mouilleuses qui préfèrent détourner à leur profit le paf de passage, plutôt que de le laisser s’aller exploser chez la voisine. » Et ce n’est là qu’un début. Thaïlandaises, Danoises en vacances ainsi qu’une petite française énergique agrémentent le voyage. Il ne faut pas oublier non plus le « Vieux », devenu étalon grâce à un remède miracle. 

Au ton très coquin s’ajoute les jeux de mots de l’auteur : « balbutié-je (éjectable) », « …les marches de pierre (Paul, Jacques) », « Je la plante (grimpante) sans attendre une confirmation », « C’est la France avec tous ses cons et tribuables qui paie. », « Ce qui me raie-con-forte », « Con descendant » etc. Il y aussi les patronymes rigolos : « Annie Versère », « Rose Déprez », « Mao Tsé Rien », « Chi O Po », « le buldingue de la compagnie Tes Ti Kul » etc. ainsi que les descriptions très imagées : « …avec la voix soumise d’une gagneuse en chômage technique pour cause de ragnagnas inattendus… », ces « regards énamourés qui irriguent le slip » ou ce « bâtiment en cils de travelo » etc.

Si le dépaysement, l’action et l’humour sont au rendez-vous ; l’enquête piétine. Qu’importe, aucun risque de s’ennuyer sous la plume de Frédéric Dard ; que ce soit avec les questions existentielles du narrateur (ici, notre héros tolère « la laideur des bouddhas à l’obésité triomphante » tout en préférant notre « Seigneur qui ressemble à un garçon coiffeur pour Dames… ») ou lorsqu’il interpelle rudement le lecteur avec ses « Tu peux comprendre ça ? T’es sûr ? Avec toi, j’ai toujours peur. » 

J’adore également le regard désinvolte que notre policier porte sur ses contemporains : « Ils espèrent quoi les touristes, en venant galérer dans ce pays de mes fesses ? Se prennent pour Marco Polo. Polo mon cul oui ! De quoi se pignoler dans l’une des vitrines des Galeries Foufounette ! » ou encore « Bien entendu, les touristes se sont crus obligés de tracer leurs blases sur les blocs de roches. C’est une constante de la sottise universelle : écrire son nom sur ce qui paraît plus durable que soi. Ça le rassure le glandu de savoir son blase associé à un minéral, ou à un végétal à longue durée. Il se croit charrié un peu plus loin dans le temps. Ces roches rassemblées par les phénomènes géologiques forment des écritoires propices aux graffitis. Aussi s’en sont-ils payé à cœur joie, les Toto, les Nanar, les Lolotte de la planète : Riton aime Lélette, John loves Barbara. Des bouffées d’amours touristiques. Ils ont baisé à l’hôtel en rentrant d’excursion. Les voyages dépaysent. Dans une chambre de passage, tu brosses ta gerce comme si elle était une autre, une malconnue. Sa chatte est transcendée par une sensation d’aventure. Ses poils en sont moins cons (si j’ose de la sorte parler), son pubis plus renflé. Peut-être aussi qu’elle mouille mieux à l’hôtel des « Flots Bleus » qu’à la maison où elle a dû terminer son repassage (après le repas sage) pour avoir le droit de dérouiller dans ses miches lasses, la verge plus lasse encore de son ténor de clapier. » 

Mais comme souvent, l’auteur se rappelle qu’il a une histoire en cours. Tout s’accélère à l’approche du dénouement. Le nombre de morts grimpe en flèche. Le sang gicle dans la bonne humeur. Et la vérité éclate, surprenante comme souvent. Voilà encore un San-Antonio qui n’est pas piqué des vers.
 
Ma note : 9/10

vendredi 13 décembre 2013

La matrone des sleepinges

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La matrone des sleepinges de San-Antonio

J’adore le style d’écriture de Frédéric Dard (et également celui de son fils, Patrice). Peut-être même plus que les aventures de San-Antonio elles-mêmes. Le vocabulaire argotique, les jeux de mots, les digressions irrévérencieuses de l’auteur m’enchantent au plus au point. 

Justement, ce roman est particulièrement gratiné. L’auteur est ici au top de sa forme. Il interpelle fréquemment le lecteur sur tout et n’importe quoi, par exemple sur l’existence de Dieu (sa version est très personnelle...) ou sur la frigidité de certaines femmes en les comparant à... Ces confidences à tendance philosophique sont à mourir de rire et non dénuées d’un fond de vérité. Comme toujours, on retrouve le langage basé sur les calembours et les inventions orthographiques osés des principaux protagonistes (« les bandes des six nez », « l’con, la broute et l’trou rond », « les œufs bredouillés au balcon », « en l’eau cul rance », « deux coups de cul hier à Pau », « la raie au porc », « ça paraîtrait suce-pet », « Je panse, donc j’essuie comme disait un palefrenier que j’ai beaucoup aimé », « sans la moindre difficultance » etc.). Il y en a comme ça à toutes les pages. Que du bonheur ! Sans parler des quelques notes de bas de page du genre : « Les chleuhs décaféinés : c’est ainsi que j’ai baptisé les Autrichiens, gens qui parlent l’allemand en étant plus « gentils » que les Allemands, mais qui nous ont tout de même pondu Hitler… ».

San-Antonio et Bérurier se trouvent embarqués dans un voyage mouvementé à bord de l’Orient-Express. Leur mission ? : protéger une baronne menacée de mort. Bérurier quitte précocement la scène. Mais San-Antonio trouve un nouveau coéquipier en la personne de Jérémie Blanc (qui est noir). Les petites passes d'armes entre les deux policiers valent leur pesant de cacahuètes. D'autant que Jérémie regrette d'avoir défoncé le crâne d'un méchant avec une pioche. Depuis, il désapprouve ouvertement les méthodes de San-Antonio. Les réflexions grivoises et les passages sexuels gentiment vulgaires dans le pur style de l'auteur agrémentent l'aventure à travers l’Autriche, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie. Ainsi, sur le Danube, un capitaine de bateau prend la relève d’un coït en cours entre notre directeur de la police française et sa dernière conquête ! Ou encore, Bérurier en pleine action à la faveur des secousses du train, envoie malencontreusement sa semence en direction d’un homme d’église ! Sous la plume de Frédéric Dard, le scabreux et le gênant deviennent comiques. Sur le sol hongrois ça défouraille et canarde à tout-va. Les cadavres s’amoncellent dans la bonne humeur. Le mystère s’épaissit. Au final, pour un coup de théâtre, c’est un coup de théâtre ! L’un des plus beaux de la carrière de San-Antonio. Surprise garantie, même pour les habitués !

Bref, il s’agit là d’un San-Antonio du meilleur cru.
 
Ma note : 10/10

L'attaque des Titans 2

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L'Attaque des Titans T02 de Hajime Isayama

Comme tous les mangas, celui-ci se lit dans le sens inverse de nos BD occidentales : de droite à gauche ; ce qui correspond au sens de lecture japonais. Visuellement, les mangas ne m’ont jamais attiré. Pourtant, ces publications possèdent d'indéniables qualités. Après, on aime ou pas... Les dessins en noir et blanc sont dynamiques. Les traits expriment bien l’impression de vitesse lors des scènes d’action. Le découpage du récit est très cinématographique. Malgré des décors peu fouillés (quoique...), les personnages sont à l’honneur grâce aux expressions des visages (les gros plans sur les yeux…). Utile, quand on sait que l’histoire joue beaucoup sur les sentiments. La richesse de l’univers de cette série devrait la conduire aux alentours d’une vingtaine d’épisodes.

Voilà une centaine d’années, les derniers rescapés du genre humain érigèrent trois épaisses murailles concentriques de cinquante mètres de haut censées les mettre durablement à l’abri des Titans. Hélas, ce rempart s’avéra insuffisant lorsque cinq ans auparavant, surgit un spécimen d’une taille inouïe (et manifestement doué d’intelligence contrairement aux autres Titans). En défonçant une partie de la première enceinte, il permit à ses congénères de s’engouffrer dans la cité, contraignant les habitants à l’abandonner et à se retrancher derrière le deuxième mur, le « mur Rose ». Lors d'une nouvelle attaque, Eren et sa sœur adoptive Mikasa défendent la zone envahie afin de laisser le temps aux civils de se mettre à l’abri à l'intérieur du mur précédent. Mais, comme bon nombre de ses compagnons, Eren est avalé par un Titan en sauvant Armin, son ami d'enfance, d'une mort certaine. 

Avec la disparition du héros, le lecteur se sent un peu orphelin en débutant ce deuxième épisode. L’atmosphère y est hystérique. Les soldats survivants craquent en voyant leurs camarades dévorés tout cru par les géants. Les dessins allient gore et émotion. Ainsi, une jeune fille en pleurs essaie désespérément de réanimer un ami en lui faisant un massage cardiaque. Un plan large nous montre qu’il a le corps coupé en deux… Plus loin, les Titans s'agglutinent autour d’un bâtiment, une « maison de poupée » pour eux. Ils passent leurs immenses bras et leurs têtes géantes par les ouvertures pour manger les minuscules êtres humains assiégés. Les derniers soldats emmenés par Mikasa ne doivent leur survie qu’à un fait incroyable. Un Titan tue ses semblables en ignorant les humains ! Et si je vous disais que cela a un rapport avec Eren... Les dernières planches sont tellement peu cartésiennes qu’elles ne peuvent que sortir de l’esprit d’un Japonais…

L’auteur dynamise son récit en utilisant fréquemment les flash-back. Le moment fort de cet épisode étant l’expérience traumatisante vécue par Mikasa qui a vu ses parents massacrés. Kidnappée, elle a été libérée par Eren qui, malgré son jeune âge, a réussi à tuer les assassins. Du fait de la jeunesse des deux protagonistes, ce passage extrêmement violent est assez choquant. 

Comme dans le précédent volet, on retrouve au milieu du récit des notes d’information qui viennent enrichir l’univers de la série. Après l’unique point faible des monstres et la seule arme efficace pour les tuer, on a droit ici à une vue d’ensemble du territoire occupé par l’humanité, une description des pièces d’artillerie de la muraille et une échelle de grandeur des différents types de Titans (4, 5, 7, 15, 60 mètres). 

Sans faiblir, l’aventure continue, avec peut-être un espoir pour la survie de l’Humanité…
 
Ma note : 8/10