mercredi 17 décembre 2014

L'homme à l'envers

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L'homme à l'envers de Fred Vargas


C'est le quatrième Vargas que je lis. Les personnages sont toujours aussi intéressants (la relation Adamsberg/Camille, Lawrence le Canadien qui trouve les Français sales...). Le lieu où se déroule l'histoire est original (le parc du Mercantour). Bien sûr, ce "road-movie" est un peu invraisemblable (l'itinéraire de Massart). J'ai trouvé la trame plus simple que celle des précédents Vargas. Mais on reconnaît le style inimitable de l'auteur. Comme d'habitude, le suspense est bien présent et la révélation finale surprenante.

Ma note : 8/10

Un peu plus loin sur la droite

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Un peu plus loin sur la droite de Fred Vargas

Après "les évangélistes" dans "Debout les morts" et le commissaire de police Adamsberg dans "L'homme aux cercles bleus", on fait la connaissance ici d'un nouveau personnage de Vargas : Kehlweiler (et son crapaud Bufo). Là aussi, l'histoire débute par un fait insolite : la découverte d'un os humain dans des excréments de chien... Comme dans les livres cités précédemment, j'ai trouvé ce roman très prenant avec un suspense bien mené jusqu'à la fin. Par contre, certaines coïncidences sont énormes (le passé du personnage principal et de Blanchet - l'opposant au Maire de Port-Nicolas). Je pense aussi que l'auteur a voulu en faire trop à la fin du roman en multipliant les révélations. Mais, il vaut mieux en faire trop que pas assez... 

Ma note : 8/10

L'homme aux cercles bleus

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L'homme aux cercles bleus de Fred Vargas

C'est le deuxième roman de Vargas que je lis après "Debout les morts". Je le trouve encore meilleur. Le commissaire de police Jean-Baptiste Adamsberg est vraiment un personnage atypique, tout sauf superficiel. L'intrigue m'a passionné. Elle est moins déroutante ici que dans "Debout les morts". Les dialogues et les situations sont parfois ubuesques et humoristiques dans le genre "pince sans rire". Comme dans "Debout les morts", le suspense est préservé jusqu'à la fin. Je ne trouve aucun point négatif à ce roman.

Ma note : 10/10

Debout les morts

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Debout les morts de Fred Vargas

C'est le premier roman de Vargas que je lis. Les personnages principaux ("les évangélistes") sont un peu loufoques mais attachants. L'intrigue part un peu dans tous les sens et il y a des invraisemblances (la facilité avec laquelle "les évangélistes" accèdent à certaines informations). Mais c'est le cas même dans les romans d'Agatha Christie. Cela permet de faire avancer le récit. Le côté "club des cinq" pour adulte peut aussi agacer. J'ai tout de même bien aimé ce roman. Le coupable est totalement inattendu. Vargas est à ma connaissance la seule écrivain féminine française spécialisée dans le thriller (alors qu'elles foisonnent au Royaume-Uni et aux USA). Cocorico !

Ma note : 8/10

samedi 6 décembre 2014

Les combattants de Serkos

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Les combattants de Serkos d'André Caroff

La planète Behera se refroidit car sa vitesse de rotation s’accélère du fait de la diminution de sa masse. Au fil des siècles, ses continents se sont désagrégés en semant dans l’espace des sommets de montagnes (?). Au refroidissement de cette planète, s’ajoute la disparition de milliers de ses habitants dans les régions polaires. Heureusement, non loin dans l’espace se trouve Serkos, une planète morte de forte densité. Une mission sur ce minuscule astre a pour objectif de restituer la masse originelle de la planète Behera en y acheminant de la matière lourde. Un commando de Raiders est envoyé sur Serkos pour superviser les opérations d’extraction. Naturellement, rien ne se passe comme prévu…
André Caroff, de son vrai nom André Carpouzis, fut un auteur prolifique de romans d’espionnage et de SF aux éditions Fleuve Noir, des années 60 aux années 80. Comme souvent chez lui, son récit est rempli d’exploits guerriers invraisemblables et assez répétitifs. Pourtant, l’auteur essaie de relancer son histoire à coups de découvertes, hélas, pleines de naïveté et peu crédibles. Ses héros virils (ici, le superaid Ian Doma et son lieutenant Bul Salor) sont taillés à la serpe sans la moindre psychologie. L’ensemble bourré de testostérone ne laisse aucune place aux personnages féminins. Entre deux clichés, l’auteur laisse planer un vague suspense sur le lieu réel de l’aventure. Mais, j'ai deviné trop rapidement le twist final (comme on dit au cinéma). Dans la catégorie roman de gare, André Caroff a fait mieux (la série des « Mme Atomos » ou celle des « Ordinator » par exemple).

Ma note : 4/10

mardi 11 novembre 2014

Sieste sur ordonnance

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Sieste sur ordonnance de Roba

Je garde un bon souvenir des histoires courtes de « Boule & Bill ». J’ai relu cet album, pris au hasard dans ma collection, comme quand j’étais enfant. En voiture, dans une salle d’attente, au petit coin..., on apprécie ces gags d’une page sans prétention, partout et n’importe quand. Papa lit son journal allongé sur le canapé ou part au bureau, sacoche sous le bras. Maman, toujours vêtue d’un tablier, passe l’aspirateur ou fait la vaisselle. Certes, la société a changé depuis les années 60. Mais l’essentiel n’est pas là. La complicité entre Boule, le garçonnet et Bill, le cocker, sur fond d'humour bon enfant, explique le succès des albums de Roba. Le contexte familial rassurant (la maison avec jardin, les commerçants du quartier, les copains, les vacances) permet à l’auteur de s’attacher aux choses simples de la vie. Ce qui n’est pas un reproche tant Roba est un fin observateur de ce qui l’entoure. A la plage, les gags « Lotion de choses » et « Médusé ! » donnent le ton. C'est léger et drôle, sans méchanceté ni vulgarité. Certaines histoires improbables en deviennent presque poétiques (« Sur la banquise »…). D’autres plus visuelles utilisent les particularités physiques du meilleur ami de l’homme (« Casse-cou », « Système D »...). Que ce soit sous la neige, sur le verglas, en forêt (quelques gags écologiques pleins de tendresse) ; les bévues et autres quiproquos, d’une qualité constante, s’enchaînent : « Défense de fumer » (Ah ! les cigarettes en chocolat), « Sinistre total » etc. Cette nouvelle édition rassemble par ordre chronologique de publication dans le journal « Spirou » des gags des années 1970, 1971 et 1972. Leur qualité est du niveau des tout premiers albums de « Boule & Bill ».

Ma note : 8/10

mercredi 8 octobre 2014

Ordinator-Phantastikos

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Ordinator-Phantastikos d'André Caroff


En cette année 2302, les habitants des quartiers les plus huppés de la Cité-Mère (extension de l’ancienne ville de Paris, peuplée de 30 millions d’âmes) meurent d’une maladie depuis longtemps disparue. Il semble que le mal soit provoqué par une arme bactériologique. Voilà du travail en perspective pour le Grand Héros Abel 6666-4bis A.G., récent tombeur de l’Organisation, et son fidèle microprocesseur portable Babar TZO 88952. Première piste : une usine de traitement de déchets atomiques. C’est l’occasion pour Abel de travailler au corps l’ingénieur Sule Vani 6593-T207. Une jeune femme sexy aux mœurs dissolues qui n’a pas froid aux yeux (ni ailleurs…). Amie ou ennemie ? Deuxième piste : un professeur spécialisé en botanique chargé par le Comité des Sages d’établir un plan floral qui devrait redonner à la Cité-Mère une apparence plus humaine. Malgré la pollution ambiante, l’expérience limitée aux quartiers riches est un succès. Comme s’il y avait quelque chose dans l’air qui favorisait le développement des fleurs et des arbustes. Une irradiation nucléaire provenant de déchets enfouis favoriserait-elle la croissance des végétaux ? Devenu gênant, notre Grand Héros est la cible des Cocovagas (Coco pour drogués et vagas pour vagabonds), engagés par un mystérieux individu. Dans ce troisième épisode, les éléments futuristes sont encore timides (pas de terres mortes, de robots-tueurs ou d’humanoïdes en plastex, etc.). Les répliques argotiques de Babar n’ont pas encore atteint leur summum comique. En revanche, les scènes sexuelles et la justice expéditive (Abel répond aux attentats des Cocovagas en faisant le ménage) sont bien là. Malgré quelques pages décrivant les symptômes (effrayants) de la Maladie, cette dernière sert surtout de prétexte à une intrigue type que l’on retrouve épisode après épisode. Une fois de plus dans la série, c'est un personnage important qui tire les ficelles. L’intérêt est de deviner son identité. Mais il ne faut pas rêver. De par le faible nombre de pistes, on est loin d’un whodunit à la Agatha Christie. Heureusement, le charisme du personnage principal ainsi que le contexte futuriste font de cet « Ordinator » un roman de gare acceptable et même d'une lecture agréable pour les inconditionnels.

Ma note : 6/10

mercredi 17 septembre 2014

Ordinator-Macchabées

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Ordinator-Macchabées d'André Caroff

A peine remis des ses exploits contre le superordinateur Attila, le Grand Héros d’Europe Abel 6666-4bis A.G. (6666 pour le QI, 4bis pour bébé-éprouvette et A.G. pour Agent du Gouvernement) enquête sur les meurtres dont la première victime a été sa copine Ella 6658-2ter. Avec l’aide de son microprocesseur portable Babar TZO 88952 (et de Julie TZO 88952, celui d’Ella) ainsi que de l’inspecteur principal Gart 6659-12, le Grand Héros de Silicon Valley, Envoyé de Irata Communication, Intermédiaire de Xeroxa-Fortunex et vainqueur d’Attila soupçonne que les victimes savaient quelque chose qu’elles n’auraient pas dû savoir et, pour ne rien simplifier, qu’elles ignoraient qu’elles savaient. Il y a quatre ans en 2298, toutes ont participé à un stage de perfectionnement organisé par le Circularium Bowett-Hakart. La plupart des 318 stagiaires travaillaient dans la police ou le journalisme. Une course contre la montre commence car le rythme des assassinats s'accélère. Que disait l’article 39 du protocole ? Pourquoi n’apparaît-il plus dans les archives de Bowett-Hakart ? Nous faisons ici la connaissance de Dora 5980-02, une fille sexy sexuellement peu farouche, future compagne d’Abel. Naturellement, elle fait partie de la liste noire. Dans ce deuxième épisode de la série, le côté policier prend le pas sur la SF. Les éléments futuristes sont peu nombreux. L’auteur n’a pas entièrement mis en place son univers. Ainsi dans les quartiers chauds de la Cité-Mère, Abel se fait passer pour un mec de province. De même certains stagiaires menacés de mort habiteraient au fin fond du pays. Or, on apprend dans les prochains livres que la guerre atomique a tout détruit autour de la Cité-Mère excepté une poignée de mégalopoles à travers le monde. Fausses-pistes, infiltrations et surprises concernant les membres de l'Organisation, enrichissent une intrigue au départ pas très originale mais plus vraisemblable que dans les aventures à venir. Comme d’habitude, le charisme du héros et les personnages sympathiques (humains ou non) qui l’entourent rendent la lecture de ce roman de gare agréable. Ceci malgré la pauvreté du vocabulaire et la syntaxe rudimentaire. Le héros, armé de son broyant, adepte d’une justice expéditive ainsi que les passages salaces ne seront pas du goût de tous. Par exemple, entre autres joyeusetés : « Assieds-toi. Écarte les jambes pour que je puisse m’agenouiller entre elles… Hmmm ! Serait-ce une fusée interplanétaire, Grand Héros ? Quel diamètre ! Quelle taille ! » Elle gloussa et, avant de se mettre en action ajouta à mi-voix : « Je ne serai pas surprise si elle s’en allait prochainement directement dans la lune. » ou encore « Queue-d'aronde, queue-de-cochon, queue-de-morue, queue-de-pie, queue-de-renard, sans parler des queues de casseroles, de poêle, etc., il faut, pour s'en servir, toujours prendre un objet par cet endroit. Ekla avait la main chaude et douce. »

Ma note : 6/10 

vendredi 15 août 2014

Ordinator-Craignos

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Ordinator-Craignos d'André Caroff

En cette année 2302, des femmes disparaissent dans le 188ème arrondissement de la Cité-Mère (anciennement Paris). Pas riches, pas spécialement belles et pas très intelligentes, elles n’ont rien pour intéresser un homme normalement constitué. Mais leur agresseur est-il humain ? Les victimes sont retrouvées trois semaines plus tard enceintes ! Elles se souviennent d’une matière poilue, chaude, dure et souple ; d’avoir été enveloppées des pieds à la tête comme dans un cocon sans pouvoir bouger le petit doigt ; de n’avoir eu ni froid ni chaud ; d’avoir été nourries et abreuvées. Pas désagréable, d’autant qu’ « on » leur faisait l’amour plusieurs fois par jour. Toutes les kidnappées ont fait une I.V.G. à la perspective d’accoucher de n’importe quoi. Sauf une dont les autorités se feront un plaisir d’examiner le fœtus. Pour Abel 6666-4bis A.G., le Grand Héros d’Europe, et son microprocesseur portatif, l’inénarrable Babar TZO 88952, c’est la routine. Abel échappe de peu (grâce à Babar) à un robot-chat siamois tueur rescapé de l’épisode précédent et doit faire face au nouveau joujou de son impitoyable adversaire, Don Josu Huanta de Cochabamba, ex-chef du Consortium de langue espagnole, immatriculation 9000-210bis (une tête !). En effet, une humanoïde à la chair de plastex et au baiser mortel, immatriculée 30.30.30, dernière née de la technologie japonaise valant plusieurs millions de mondialex, est aux trousses de notre héros. Mais c’est surtout Iacre (avec son microprocesseur portatif Satan), l’éminence grise du méchant, qui est en première ligne. Car il doit gérer l’humanoïde devenue incontrôlable à cause de quelques disquettes grillées. Sinon, on retrouve une jeune fille noire échappée du harem de Don Josu dans l’épisode précédent, qui ne rêve que de retourner en Afrique. La « chose » étrange qui a enlevé les humaines semble vivre dans les terres mortes. Cet épisode donne donc l’occasion à Abel de sortir de la Cité-Mère pour s’aventurer dans la zone contaminée peuplée de mutants. Une première, car le Grand Héros n’a jamais quitté la mégalopole autrement que pour se rendre en hélicojet dans une des rares grandes villes rescapées de la guerre atomique. Jusqu’alors ses missions avaient généralement pour cadre les quartiers chauds de la Cité-Mère. Il part donc en safari à bord d’un glisseur de randonnée, armé d’authentiques balles explosives et accompagné de chasseurs écologiques. Ces derniers chassent les espèces mutantes (notamment les Gris, mi-ours mi-chiens et les Noirs, sortes de chauves-souris humaines) pour permettre à la faune et à la flore de renaître. La préservation des herbivores marquera peut-être la fin de la viande synthétique. Il est dommage que cette partie du roman soit si courte et les personnages à peine esquissés. J’aurais aimé en savoir plus sur les chasseurs et sur les créatures étranges des terres contaminées. André Caroff s’attarde trop sur la partie la moins intéressante de l’histoire à savoir les meurtres de l’humanoïde et les robots-tueurs déjà vus dans les épisodes précédents. Par ailleurs, l’explication de l’énigme est d’une naïveté propre à ce type de SF populaire. Voilà un roman pas désagréable à lire mais qui aurait pu être meilleur.

Ma note : 6/10

mercredi 9 juillet 2014

Ordinator-Ocularis

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Ordinator-Ocularis d'André Caroff


Le monde futuriste, surpeuplé et pollué, imaginé par André Caroff sert toujours de toile de fond à ce polar, le sixième de la série des « Ordinator » publiée aux Editions Fleuve noir dans les années 80. Babar TZO 88952, le microprocesseur portatif du Grand Héros Abel 6666-4bis A.G. (6666 pour le QI, 4bis pour bébé-éprouvette et A.G. pour Agent du Gouvernement), peut désormais voir ! On l’a équipé d’une minuscule caméra. Plus quelques améliorations dont il est très fier (vitesse de calcul…). Mais surtout, pour dix grammes de plus, Babar, déjà doté d’un langage coloré, a des sentiments... Ainsi, depuis sa révision et son humanisation, il a la frite. Une amie prostituée d’Abel va jusqu'à serrer instinctivement les cuisses lorsque l’œil-caméra de Babar se pose sur elle… Dorénavant, il intervient même si Abel ne lui demande rien, à tous propos et hors de propos. Et c’est souvent drôle. Sinon des savants de différentes spécialités ont été enlevés par Don Josu Huanta de Cochabamba, l’ennemi juré d’Abel depuis « Ordinator-Criminalis ». Ce criminel cherche toujours à éliminer notre Grand Héros. Un missile est tiré sur le glisseur 6000 de ce dernier alors qu’il circulait sur la plus haute bande de circulation de la Cité-Mère (celle réservée à la police, à l’armée et aux Grands Héros). Heureusement, grâce à Babar, Abel a pu s’éjecter à temps. Le Grand Héros est également attaqué par des robots-tueurs ayant la forme de jouets à la mode dans les années 2300 : des robots-chats plus vrais que nature (en plastex, une matière imitant à s’y méprendre la chair). Comme dans l’épisode précédent, les ordres codés, ponctués de « Piou-piou-piou » et autres « Ding », reçus par les robots-tueurs sont cocasses. Mais l’auteur n’évite pas les redondances avec ses pièges, ses enlèvements, ses libérations suivis à chaque fois de la fuite du méchant et de ses complices par des passages secrets (le tout sur fond d’érotisme). On a droit à la même rengaine plusieurs fois dans le livre. Comme souvent dans les romans de gare, les personnages secondaires sont stéréotypés. Excepté peut-être le microprocesseur portatif de l'assistant du méchant, une machine dénommée Satan, version en négatif de Babar, chez qui des « Grrr » révélateurs remplacent les « Top » à la fin de chaque phrase. De plus, les situations sont téléphonées avec un Abel 6666-4bis A.G. quasiment invincible. Le sort réservé aux scientifiques kidnappés ne surprendra pas les amateurs de SF habitués aux expériences les plus farfelues. Donc, il n’y a rien de vraiment neuf dans cet épisode à part l’évolution de Babar. A noter que l’auteur abandonne petit à petit l’une des bonnes idées de la série, à savoir les noms des personnages suivis, pour chacun, d’un numéro d’immatriculation correspondant au QI (autour de 9000 pour les savants et dans les 1000 pour les truands). J’espère plus d’imagination dans les deux derniers romans de la série.

Ma note : 5/10

vendredi 27 juin 2014

Ordinator-Criminalis

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Ordinator-Criminalis d'André Caroff


Il s’agit du cinquième volet des « Ordinator », une série futuriste imaginée par André Caroff au milieu des années 80 et publiée dans la collection « Anticipation » aux Editions Fleuve noir. Cette fois-ci, Abel 6666-4bis (6666 pour le QI et 4bis pour bébé-éprouvette élevé par l’Etat) est plus en danger que jamais. L’aide de son fidèle microprocesseur portatif Babar TZO 88952 n’est pas de trop. L’ordre de tuer le Grand Héros de Silicon Valley (trois Grands Héros dans le monde : Abel pour l’Europe, Bund pour l’Amérique et Isrov pour la Russie-Asie) vient directement de la face cachée de la lune ! Dans le même temps, l’opération FA-NE (pour famine) menée par le Consortium cause une pénurie de lait, de poissons et de viande partout sur la planète favorisant ainsi le marché noir. Cette organisation criminelle est une menace pour Abel et pour le monde des années 2300 comme l’était le S.P.E.C.T.R.E pour James Bond. J’ai retrouvé avec plaisir les supérieurs d’Abel : Los Maplès et le chef Gart, sa copine Dora 5980-02, la grande Aèpe son amie prostituée, tous déjà présents dans les précédentes aventures. La complicité proche de la franche camaraderie entre Abel 6666-4bis et Babar TZO 88952 est un réel atout pour la série. Ainsi, le Grand Héros n’est plus lui-même lorsque son microprocesseur vieillissant tombe en panne et nécessite une petite révision. L’action se déroule toujours dans la Cité-Mère, une extension de l’ancien Paris, avec ses deux cent cinquante arrondissements, ses trente millions d’habitants et ses noms de rues bizarres (Sucre boulevard, rue Mécanique, rue de la Chambre, place Trombone, place du Stress etc.). On y retrouve les différents niveaux de circulation (le plus élevé étant réservé aux Grands Héros et aux agents du gouvernement), les tours-bulles et les cellules d’habitation équipées de plateformes de stationnement, toutes sortes de véhicules (les glisseurs, les taxiglisses, les camionglisses, les trainglisses, les hélicojets...), le tube eupho (l’avenir de la cigarette) et bien d’autres inventions. Le terrorisme ayant remplacé la guerre, la situation mondiale décrite par André Caroff est assez réaliste : « La Terre flambait en permanence, tantôt ici, tantôt là-bas, mais il n’y avait jamais un champ de bataille ni un théâtre des opérations ». Plus crédible en tout cas que les microdisquettes de Babar TZO 88952 qui sont un peu dépassées. Le début du roman est prometteur. En effet, notre héros connaît un bref moment de doute (« Je vis sur ma réputation. »). Dora 5980-02 réalise qu’Abel est incapable d’aimer une femme. Cela doit provenir de son conditionnement qui tend à prioriser ses missions. Pourtant, Dora a peur pour lui à cause d’un mauvais pressentiment. Ces passages très humains sont rares dans cette série plutôt orientée vers l’action. La suite est plus convenue. Abel doit batailler dans le quartier le plus chaud de la ville à l’emplacement de l’ancienne gare Saint-Lazare. Lieu où les pires drogués (les Cocovagas et les Hachchâchis) n’hésitent pas à éventrer des enfants, décapiter des hommes ou couper les seins des femmes. Comme si cela ne suffisait pas, Abel est confronté à des « monitrices » meurtrières sous les ordres d’une gérante d’un gymnase-sexe. Pour couronner le tout, il doit échapper à un robot-tueur qui possède son code génétique. Cela sans dévier de son but : la recherche d’un mystérieux « 9000 » (il y a peu de « têtes » avec un tel QI dans le monde) venu d’Amsud, un élément important du Consortium qui est derrière le projet FA-NE. Comme d'habitude, ce court roman vaut plus pour son contexte et ses personnages que pour son histoire.

Ma note : 6/10


jeudi 12 juin 2014

Ordinator-Erôtikos

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Ordinator-Erôtikos d'André Caroff

De tous les personnages récurrents sortis de l’imagination d’André Caroff, un des écrivains de romans de gare abonnés aux Editions Fleuve noir, Abel 6666-4bis, Grand Héros de Silicon Valley et son fidèle microprocesseur de poche Babar TZO 88952 sont les plus originaux et attachants. Le point fort de la série, c’est Babar qu’Abel a programmé en langage argotique en réaction contre l’envahissement de la robotisation. Les dialogues entre ces deux-là sont cocasses (« mon pote », « … est hautement baisable, hein ? » etc.). Donc ici, les épouses de personnes haut placées sont enlevées par un consortium, leurs glisseurs retrouvés vides à différents endroits de la ville. Aucune rançon n’est exigée, pas le moindre mondialex (monnaie futuriste). Plus loin, des tueurs tendent un piège à notre Grand Héros pendant que Babar doit encaisser les interférences d’un Biérailer, un super-ordinateur dont il n’existe en principe qu’un exemplaire par continent. Quel lien y a-t-il entre un ordinateur d’une telle puissance, un sordide bordel asiatique et trois femmes terriblement sexy formées à l’école internationale Erôtikos de Skiathos où l’on apprend à manipuler les hommes ? Pourquoi veut-on neutraliser Abel en utilisant son point faible : le sexe ? Le plan DFG (Dilly la rousse, Fosti la blonde, Galah la brune) conçu par Biérailer 92999-009-TKZ réussira-t-il ? On trouve beaucoup de sexe dans cet épisode. L’auteur n’évite pas les passages vulgaires. Notamment lors des tortures sexuelles du nain Bilo 1100-00, presque un animal au QI de 1000, doté d'un énorme phallus et qui fabrique du sperme comme d'autres renouvellent leur salive. Mais le livre recèle de bonnes idées comme la Cité-Mère, un Paris du futur de trente millions d’habitants selon le Fichier Central de l’Habitant, les Cocovagas (Coco pour drogue et vagas pour vagabondage), des armes tels les broyants et les thermiques, mais aussi le tennis à huit (?). Le dénouement réserve des surprises (la localisation du super-ordinateur, l’identité d’un des membres du consortium). Il s’agit là d’un roman standard mais divertissant de la défunte collection « Anticipation ».

Ma note : 6/10 

jeudi 29 mai 2014

Gare à la bête

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Gare à la bête de Philip José Farmer

Philip José Farmer est devenu célèbre en introduisant l’érotisme au sein de la SF américaine, traditionnellement pudibonde. Cependant, il n’est plus question ici d’érotisme mais de pornographie. Les démêlés de l’ancien détective privé Harald Childe avec des extraterrestres aux noms ridicules (les Tocs et les Ogs), qui prennent à l’occasion l’apparence de créatures mythiques (vampires ou loups-garous), servent de prétexte à des scènes sexuelles plus osées les unes que les autres. L’auteur n’épargne au lecteur aucun détail anatomique, aucune position acrobatique lors des nombreuses partouzes qui parsèment le roman. Hommes, femmes voire animaux forniquent dans la plus totale insouciance. Le vocabulaire vulgaire annihile tout le charme que l’on pouvait attendre d’un grand nom de la SF. C’est dommage car les clins d’œil au genre, notamment aux magazines de l’âge d’or de la SF, sont plutôt sympathiques. Entre deux orgies, les tribulations tragi-comiques d’un fan de SF et de Fantastique victime du vol d’un tableau de Bram Stoker arrivent comme un cheveu sur la soupe. Parmi les passages les plus démentiels citons ce ver au visage étrangement humain qui sort d’un vagin pour se frayer un passage dans l’anus d’un homme jusqu’aux intestins ou encore ce corps de femme en mille morceaux dont chaque organe se déplace sur des pattes (une créature-vagin, une créature-utérus etc.). Lors des retrouvailles, la femme d’Harald, qui avait disparu dans « Un exorcisme rituel n°1 - Comme une bête », raconte crûment ses expériences hétérosexuelles et homosexuelles avec ses étranges ravisseurs. Les révélations de plus en plus improbables sur le héros, sa femme et les extraterrestres font sourire. Comme ces créatures qui ont incarné Jeanne d’Arc et Gilles de Rais par le passé ! Donc, deux races d’aliens sont bloquées sur Terre depuis des millénaires. C’est seulement à l’aide d’un « Capitaine » et d’un vaisseau (« Graal ») patiemment reconstitué, que les Tocs et les Ogs peuvent rejoindre leur planète respective. Chaque espèce cherche à s’approprier le dernier « Capitaine » sur Terre. Ce dernier, mi-humain mi-Toc, ignore tout de ses origines. Evidemment, le voyage par téléportation (« Graalage ») n’est possible que dans un état de jouissance collective... Dans ce roman datant de 1968, il faut sûrement prendre l’omniprésence du sexe et de la drogue pour une caricature des années hippies. Moi, j’y ai surtout vu le résultat de l’accouplement entre un film de série Z genre « Plan 9 from Outer Space » d’Ed Wood et un film classé X de Canal+.

Ma note : 4/10

vendredi 23 mai 2014

Vue en coupe d'une ville malade

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Vue en coupe d'une ville malade de Serge Brussolo


Ce recueil de nouvelles paru en 1980 est le premier de Serge Brussolo. La créativité débordante et le talent d’écriture de l’auteur se trouvent condensés dans ces neuf histoires. Serge Brussolo n’a pas son pareil pour décrire des sociétés insolites et malades, tout droit sorties de son imagination fertile. On y retrouve sa prédilection pour les descriptions d’une noirceur extrême voire répugnantes de corps et d'esprits torturés. Vu le torrent d’idées qui surgissent de son cerveau, les récits sont parfois un peu trop descriptifs et explicatifs au détriment de personnages légèrement figés voire transparents. De toute façon, le style de cet auteur ne peut laisser le lecteur indifférent.

« Vue en coupe d’une ville malade » est la plus longue des nouvelles du recueil. Serge Brussolo nous décrit une société cauchemardesque où les maisons attaquent leurs habitants. Destinés à l’origine à modifier et adapter la structure des habitations suivant leurs prévisions (par exemple en créant un isolant renforcé en prévision d’un hiver froid), les ordinateurs se sont emballés en créant des ramifications souterraines composées de pièces à la géométrie et à l’équipement incompréhensibles dans le temps présent car issus de calculs prévisionnels inconnus. Ainsi, chaque machine progresse dans le futur en générant des types d’habitats les plus adaptés à leurs dernières théories sur l’évolution de l’homme et de son environnement. Les corps des habitants sont soumis à toutes sortes de traitements, souvent mortels. Mais comme souvent chez l’auteur, les idées se bousculent au portillon. Des résidents sont transformés en mutants recyclés par les ordinateurs prévisionnistes (un coussin ou une tapisserie en peau humaine, un corps humain en bois, une moquette en poils pubiens, des poils en laine sur le corps d’un cadavre, une machine à laver faite de viscères et de chair etc.). Des habitants contaminés deviennent insensibles. Ces « insensibilisés » ont la démarche raide, les pieds traînants, la tête à l’inclinaison bizarre, « des silhouettes de pendus ». Pour s’amuser, les gamins leurs plantent des fléchettes dans la chair. Certains « insensibilisés » s’ouvrent le ventre devant un miroir, fascinés par la vision de leurs viscères tombant au sol, le tout sans douleur. Il y a aussi la vie dans les camps des sans-abri qui ont fui leur maison, la guerre entre ordinateurs etc. L’auteur imagine même une solution au problème (donner naissance à une race de nomades, être toujours en route, couper les racines). Cette succession d’idées laisse peu de place aux personnages pourtant intéressants mais abandonnés au bout de quelques pages seulement (une combattante surentraînée, un habitant prisonnier de sa maison, une réfugiée sur une colline dans un vieux bus anglais…). Le dénouement est un peu rapide avec ses hypothèses qui auraient mérité d’être développées.

« La mouche et l’araignée » plonge le lecteur dans un immeuble (?) où des êtres humains entièrement nus sont condamnés à ramper, reliés par des cordons ombilicaux qui dispensent la nourriture nécessaire à leur survie. Au fil du temps, le cordon s’allonge, ce qui permet à l’homme de se déplacer et de trouver une chambre dans laquelle il fécondera une femme qui l’attend. Derrière les alignements de portes identiques se trouvent donc des femmes à féconder ou à accoucher. Les bébés vivent sur les paillassons et lorsque leurs cordons ombilicaux sont assez long ; ils frappent à leur tour aux portes… L’attente dure des années et la seule hantise est de ne trouver personne derrière la porte. Nous suivons un homme couché sur un paillasson au pied de la porte d’une chambre. Il est relié comme les autres par un cordon ombilical à sa mère qui se trouve entravée sur le lit d’une chambre. Il ne peut atteindre l’escalier au bout du couloir car aucun cordon ombilical n’est assez grand pour descendre ou monter d’un étage. De temps en temps une voix sortant d’un haut-parleur explique sous forme de berceuse les règles de vie de cet univers. Mais notre homme trouve un rasoir… Libéré de son cordon ombilical, il descend les étages en se nourrissant de ses semblables. Le message mental « erreur d’interprétation » ne cesse de clignoter telle une ampoule rouge dans les méandres de son cerveau. Et en effet, la chute de cette histoire est à tomber : une merveille d’intelligence.

« La sixième colonne » est la nouvelle la plus courte du recueil. On suit une curieuse colonne humaine dans laquelle il est primordial de porter une valise. A défaut, des gardes vous extraient de la file… Le contenu de la valise doit être impersonnel et correspondre à une liste obligatoire. C’est la mort qui attend les petits malins qui tentent de personnaliser leurs bagages malgré l’interdiction. Il n’y a pas de place pour les collectionneurs et autres fétichistes. Voilà une histoire que n’aurait pas renié Kafka.

Dans « Comme un miroir de mort », un enfant arrache des bribes de souvenirs au vieux capitaine du cimetière des étoiles. Le gosse est l’un des descendants des maîtres de cérémonie ou des simples fossoyeurs qui survivent dans le vaisseau échoué. Il est ici question de rituels extraterrestres qui varient à l’infini, de momification réductrice (des armées entières de la taille de soldats de plomb rangées dans des tiroirs), de blasphème lorsque les enfants jouent avec les momies minuscules de guerriers tombés aux champs d’honneur, de volatiles mutants sortis du magasin des accessoires etc. La cause et les conséquences du naufrage sont à l’image de ce récit : poétique et baroque. 

« Soleil de soufre » nous entraîne dans une ville-bûcher qui ne demande qu’à être incendiée. Ses habitants sont atteints d’Adiabatisme (corps insensible au feu). Par exemple, un enfant peut regarder sa main brûler tout en continuant à mâcher du chewing-gum sans rien ressentir. Naturellement, ce peuple est fasciné par l’incinération. Les adultes se déguisent en allumettes humaines en s’enduisant le corps de phosphore que la chaleur ambiante enflamme à partir d’une certaine température. Un jeu mortellement excitant consiste à s’enflammer pendant l’amour en se frottant sexe contre sexe comme un briquet. Un jour, un étranger vient frotter l’unique allumette de la ville. Les cendres des habitants seront conservées et étiquetées dans une petite boîte. Du pur Brussolo dans le texte : halluciné, horrible et magnifiquement écrit.

« …de l’érèbe et de la nuit » est ma nouvelle préférée du recueil. Dans des tours vivent des dormeurs livrés aux mouches tsé-tsé. Des membres de l’hypno-brigade les lavent (urine et excréments), les nourrissent à l’aide de piqûres nutritives, soignent leurs escarres et désinfectent les crevasses. Il y a bien quelques incidents (des somnambules et des insomniaques qu’il faut parfois tuer…). Pour se reproduire, les brigades de fécondation copulent avec les dormeuses. Certaines accouchent sans avoir repris connaissance. De temps en temps, des délinquants qui errent dans les étages jettent quelques dormeurs par les fenêtres ou dans les cages d’ascenseur. A l’extérieur des tours vivent des oiseaux mutants mortels. Cloîtrés, les habitants fuient l’ennui dans le sommeil. Chacun a droit à un temps de veille limité. L’hypno-brigade est là pour faire respecter le culte de la trypanosomiase quitte à utiliser des anesthésiques. Evidemment, le café, les insecticides ou les caméléons sont prohibés. Une fois de plus l’arrière du décor est à couper le souffle. En fait, les dormeurs sont les esclaves des veilleurs. Ces derniers sont des nantis dont la vie n’est constituée que de loisirs (art, sport etc.). Ils vivent sans sommeil, au dépend des dormeurs. Les veilleurs doublent ainsi leur temps de vie. Les mouches quant à elles sont des insectes cybernétiques servant de transfert de sommeil entre l’implant du veilleur et le dormeur… Une fois de plus l’auteur nous décrit un système cohérent et effrayant. 

N’attendez pas de répit avec le flippant « Mémorial in vivo » qui commence en compagnie d’individus totalement nus transportés dans un train en direction d’un camp d’extermination et d’expérimentation. Camp qui s’avère être une ville factice pour la plus curieuse et horrible des expériences. Partant du postulat que notre chair stocke les impressions d’une vie, que notre corps se souvient de son histoire, des scientifiques vont faire revivre à des cobayes humains les douleurs ou simples sensations de toute une vie en quelques instants (coupures, morsures, maladies, accouchements, douleurs menstruelles, vomissements mais aussi défécations, éjaculations, lames de rasoirs raclant la peau, baisers etc.). Comme si cela ne suffisait pas, la mémoire du corps se transmet génétiquement de génération en génération. Le narrateur retrouve la sensation de la pipe de son grand-père, l’oreille arrachée de ce dernier par un éclat de mortier, la perforation des oreilles de sa mère etc. Seules des pommes anesthésiantes, présentes en quantité insuffisantes dans les arbres de la ville atténuent momentanément les douleurs des prisonniers. A ce propos, le sadisme des scientifiques (invisibles) fait froid dans le dos. L’auteur avance une explication plutôt crédible concernant l’objectif final de l’expérience. Puis c’est au tour des objets de se souvenir telle cette machine à écrire qui revit toute une vie de frappe en un quart d’heure, les semelles des passants sur les trottoirs, les gouttes de toutes les averses sur les toits. Les arrêts cardiaques et les suicides éclaircissent petit à petit les rangs des cobayes. On retrouve là des thèmes développés par l’auteur dans de futurs romans. Dommage que le récit comme le journal du narrateur s’achève brusquement. 

La ville ouatée de « Off » est un nouveau cauchemar dans lequel les habitants ont la sensation d’avoir les trompes d’Eustache remplies de cire ou de gélatine. Une ville où règne un silence uniforme grâce à des régulateurs qui censurent le bruit. Comme le vante le gouvernement, la disparition du bruit, c’est la disparition du stress, des troubles, du vandalisme et de la violence. Le silence désamorce les pulsions agressives. Avant, les gens se coulaient de la cire dans les oreilles ou les enfants se crevaient les tympans avec la pointe de leur compas pour fuir le vacarme des décollages incessants, la trépidation des extracteurs de minerai. Les mutilations, les suicides, la rage, la haine, la folie et les tueries ont disparu de la ville depuis que l’on a poussé les gens à devenir sourds en inventant les régulateurs de son. Les flics de la brigade du son veillent au respect de la censure. Mais les effets secondaires sur les citoyens sont désastreux. La ville est devenue un gigantesque lit où les habitants dorment des journées entières (grâce au kit du dormeur avec ses poches pour uriner et déféquer). Cette sensation perpétuelle de somnolence, le narrateur ne la supporte plus. A partir de là, j’ai décroché. Je n’ai pas compris l’expérience vécue par le personnage principal ni la fin de la nouvelle, trop fantasmagorique à mon goût. Mais la beauté du texte reste intacte.

C’est la déroutante nouvelle « Anamorphose ou les liens du sang » qui clôture le recueil. Sur une base expérimentale, des scientifiques travaillent sur la mémoire du sang. Ils cherchent à établir un lien mental après un échange sanguin entre deux êtres vivants. Sur l’île en question, les cobayes sont des orphelins et des chiens. Le personnage principal, un militaire, hérite successivement des pensées et des dernières impressions d’une femme, d’un chien et d’un gosse. Ceci à chaque fois que le sang de l’agresseur se mélange à celui de la victime. Avec la transmission d’une partie des souvenirs et de la personnalité par le sang, plus besoin d’émetteurs radio. C’est la porte ouverte à une nouvelle forme de communication. J’ai dû relire deux fois cette courte histoire car passer d’un personnage à l’autre sans transition est une expérience déstabilisante. Décidément, Brussolo n’a pas fini de nous étonner.

Ma note : 9/10

samedi 26 avril 2014

Hue, dada !

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Hue, dada ! de San-Antonio


San-Antonio et son complice Bérurier recherchent un truand irlandais pure souche caché parmi les siens pour échapper à la Mafia. Pourquoi la fille de l’individu poursuivi radine-t-elle dans la chambre d’hôtel de San-Antonio pour y récupérer sa petite culotte ? Pourquoi est-elle ensuite kidnappée ? Pourquoi veut-on marquer notre policier au fer rouge ? Pourquoi un inspecteur de police local est abattu sous les yeux de nos deux français ? Quel rapport y-a-t-il entre un prêtre mourant qui a quitté son monastère et l’affaire qui nous intéresse ? Qui sont ces mystérieux tueurs qui sèment des cadavres derrière eux tout le long du livre (dont plusieurs dans une salle à manger devenue pour la circonstance une « salle à mourir » sous la plume de Frédéric Dard) ? 

Une fois de plus, après une courte période de flottement dans la progression de l’intrigue (compensée par le style coloré de l’auteur), le hasard fait (trop bien) les choses. Je veux bien que l’Irlande soit une île où tout le monde se connaît mais à ce point… 

L’Irlande, ce n’est pas trop son truc à San-Antonio. Les paysages irlandais : « ça respire le calme inexpugnable, la sérénité tombale. » La nourriture : « On bouffe du poisson qui a goût de mazout, plus autre chose que je saurai jamais dont il retourne, sauf que c’est pas assez cuit s’il s’agit de pommes de terre, et beaucoup trop si c’est de la merde. » Heureusement, il y a le whiskey pour faire passer tout ça.

L’auteur en profite pour se moquer gentiment des anglo-saxons (« Les anglophones, tu remarqueras, qu’ils soient ricains, rosbifs, irlandoches ou australiens, éprouvent le besoin de foutre des « Heu » dans chacune de leurs phrases, et parfois même d’en mettre plusieurs, comme si les mots leur manquaient. » etc.).

Bien sûr, ce roman ne serait pas un San-Antonio digne de ce nom sans son vocabulaire argotique, ses jeux de mots et ses inventions linguistiques : « L’instinct de conversation me fait déboucher la quille de roteux. » ; « La gentille servante à bec-de-lièvre et de tortue… » ; « Il rallie (de Monte-Carlo) » ; « Et je te la livre in extenso (grenue). » ; « La couine Elisabeth » ; « œuf corse » pour of course ; « spiqueur » pour speaker etc. Frédéric Dard pose toujours un regard critique sur ses semblables telle cette comparaison homme/vers de terre (« Ils sont aussi visqueux l’un que l’autre, sauf que l’homme, lui, c’est de l’intérieur. »). N’oublions pas également les digressions succulentes de l’auteur comme celle liée au poste de président de la République française (nous sommes sous Giscard d’Estaing) ou encore celle sur « La Marseillaise » (« l’étang, dard, sans gland élevé ») que l’on peut chanter en toute circonstance contrairement à l’ultra-pompeux et quasi-religieux « God save the King » (« Le goût suave du singe » dixit Béru). Enfin, le héros-narrateur s’adresse fréquemment au lecteur en le taquinant sur ses capacités intellectuelles ou sexuelles. 

Généralement dans les San-Antonio la déconnade prend le pas sur l’intrigue. Si c’est encore le cas ici ; la fin de l'aventure s'avère attrayante et d’un exotisme surprenant. Car le dada du titre n’est pas l’animal auquel on pense…  

Ma note : 8/10

mardi 25 mars 2014

Le trou noir

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Le trou noir de Alan Dean Foster

Alan Dean Foster est connu pour avoir écrit les novélisations des trois premiers « Alien ». Ici, il s’agit de l’adaptation littéraire du film « Le trou noir » produit par les Studios Disney, sorti au cinéma en 1980 et rapidement tombé dans l’oubli. 

Un préambule instructif nous rappelle ce qu’est un trou noir. Les premières interrogations scientifiques apparaissent lorsque le Palomino, un vaisseau d’exploration de retour sur Terre, découvre à proximité d’un énorme trou noir, le Cygnus, une ancienne base spatiale. Pourquoi le Cygnus ne subit-il pas l’attraction du trou noir ? Pourquoi n’a-t-il pas répondu à l’ordre de retour sur Terre ? On se croirait dans un ancien épisode de Star Trek. Les personnages de chair ou de métal sont intéressants (notamment le robot Vincent). Il y a un passage sympathique dans une aire de récréation pour robots où Vincent, le modèle perfectionné du Palomino, joue au billard avec ses congénères démodés de la vieille base spatiale. L’intérêt du livre repose sur son suspense. Quel terrible secret cache le prestigieux savant, l'unique survivant du Cygnus ? Quelle est la finalité de ses recherches ? En fait, durant la majeure partie du livre, l’auteur ne s’intéresse pas vraiment au trou noir en soi mais plutôt au comportement étrange du mystérieux scientifique envers ses hôtes et aux motivations qui l’animent. L’horrible vérité sur le sort de l’équipage humain du Cygnus et la nature réelle des robots humanoïdes aux ordres du savant ne sont guère surprenantes. Il s’agit là d’une histoire classique de savant fou. Heureusement, le rythme du récit s’accélère lors du compte à rebours final. Le destin (tragique ?) des protagonistes sur fond de théories scientifiques controversées m’a laissé une bonne impression. Il est tout de même regrettable que l’auteur n’imagine pas le devenir des milliards et des milliards de tonne de matières qui s’engouffrent dans l’immense trou noir (les trous blancs/les univers parallèles). Une suite fantastique à l’aventure aurait été bienvenue. Je suis donc resté sur ma faim.

Ma note : 6/10

vendredi 7 mars 2014

L'Empire contre-attaque

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L'Empire contre-attaque de Donald F. Glut

Cette novélisation de l’épisode V de la saga Star Wars a connu un certain succès aux USA lors de la sortie du film. Du fait de la relative complexité des personnages et de leurs destins croisés, l’histoire se prête bien à une adaptation littéraire. En revanche, la traduction de certains noms est surprenante. Ainsi, un Jedi est un Djédaï (!), R2-D2 devient Hairdeu Dédeu (!!), Chewbacca : Chiktabba et le Faucon Millenium : le Millenium Condor. Evidemment, la trame est fidèle au long-métrage d’Irvin Kershner. Comme dans le film, les héros se séparent momentanément. Luke Skywalker suit sa formation de Chevalier Jedi avec maître Yoda sur Dagobah pendant que la princesse Leia et Han Solo (Yan Solo dans la version française) se rendent sur la planète Bespin pour réparer le Faucon Millenium. Outre les scènes cultes du film (la revanche de l’Empire sur l’Alliance rebelle lors de la célèbre bataille d'Hoth la planète glacée, la tentative de Dark Vador pour attirer Luke Skywalker vers le côté obscur de la Force, leur duel au sabre-laser et la révélation sur leur lien de parenté) ; le livre révèle plus les sentiments qui animent les personnages. Sa lecture n’est donc pas superflue.

Ma note : 7/10
 

Corrida pour une vache folle

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Corrida pour une vache folle de Patrice Dard

Il s’agit de la première aventure de San-Antonio écrite par Patrice Dard, le fils de Frédéric Dard. Le style argotique gentiment vulgaire, les jeux de mots parfois tirés par les cheveux, les métaphores cocasses (« Un haut-le-cœur agite ma boîte à ragoût », « les sacoches à têtards » pour les testicules, « gastro-en-terrine », « De ce site, on jouit d’une vulve imprenable… », « Immédiatement, une odeur de crottin m’assaille (en Kenyan : massaï) », « qui la laisse pantoise comme on dit à Cergy », « nous avons été enchristés », « Le monde est comme les V.T.T. : à multiples vitesses. », « La serveuse fait tellement pute qu’on se demande ce qu’elle fout à la verticale. » etc.), les digressions sur tout et n’importe quoi (tiens, par exemple celle drôlissime concernant l'utilisation du préfixe « sur » dans la langue française), les tirades superfétatoires (« traîner son fardeau, farder un traîneau, se fader une traînée » etc.), les passages sexuels « hénaurmes » (ici le summum est atteint avec la fellation pratiquée par Berthe sur un taureau !), lorsque l’auteur apostrophe le lecteur (« Tu vas m’attendre au chapitre suivant, ou tu restes comme un con sur le quai de l’hagard ? ») : tout est là comme à l’époque de papa. Comme le dit si bien l’auteur : « Tu te croyais débarrassé de moi, vieille canaille ? Mais ton Tonio, c’est un phénix. Il brûle son existence pour renaître dans l’encre des rotatives. Si j’ai lâché la rampe, je n’ai pas lâché la plume. Tu me connais ? C’est par la tringle de devant que j’ai assuré ma postérieurité. » Après le décès de son père, Patrice Dard reprend donc les personnages emblématiques de la série en les faisant évoluer tel le fils de notre policier, Antoine, qui a maintenant vingt-cinq ans et s’avère être un sacré luron.

Dans ce roman, San-Antonio et sa femme Marie-Marie profitent de leurs vacances en Espagne. Chaleur, sexe, tauromachie mais aussi geôles espagnoles, enlèvements, attentat, E.T.A. sont au menu. Bon, l’histoire n’est pas exceptionnelle d’autant que l’auteur fait un long détour gratuit chez les gitans où Berthe pratique la chibromancie (« Je lis dans les veines de la bite comme d’autres dans les lignes de la main, et dans le sperme mieux que dans du marc de café. »). L’intrigue fait du surplace mais l’intérêt n’est pas là. L’auteur comble le vide avec son humour grivois. Malgré quelques termes techniques propres à la tauromachie (pour faire couleur locale), Patrice Dard use et abuse des calembours, des expressions imagées, de l’argot jusqu’à nuire à la compréhension de certains passages. Une fois ça va, deux fois aussi mais en permanence, on se lasse. En voulant respecter l’univers créé par son père, le fils en fait un peu trop sur la forme et pas assez sur le fond… jusqu’à la surprise finale : saugrenue et explosive.

Ma note : 6/10

Les exploits de Quick et Flupke 5

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Les exploits de Quick et Flupke 5 d'Hergé

Restant fidèle à la ligne claire, Hergé a publié à partir de 1930 les premières farces de deux gamins sympathiques, espiègles, frondeurs, curieux, inventifs et bricoleurs mais souvent maladroits. Moins connus que les aventures de Tintin, les gags sans prétention de Quick (le grand brun) et Flupke (le petit blond), deux garnements des Marolles, un quartier populaire de Bruxelles, s’avèrent très amusants. Le duo passe le plus clair de son temps à éviter les multiples pièges des adultes, à déjouer la surveillance de l’Agent 15, un policier plutôt débonnaire. Chacune des petites histoires de ce recueil fait mouche. Voilà une BD qui nous renvoie à une époque où les enfants jouaient dehors avec trois fois rien et ne restaient pas enfermés chez eux les yeux rivés sur un écran…

Ma note : 8/10

Alix l'intrépide

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Alix l'intrépide de Jacques Martin

Dès ce premier album, le contexte historique est fidèlement rendu grâce aux costumes, aux décors et aux paysages bien dessinés. C’est le seul atout que j’ai trouvé à cette BD. Les personnages ont des postures trop rigides. De même, certaines parties de leurs corps sont perfectibles comme les cous légèrement disproportionnés. Mais surtout, il est facile de confondre les protagonistes entre eux à cause de la ressemblance des visages. Ce qui ne simplifie pas la tâche du lecteur pour comprendre l'histoire. Sinon, le style est académique. Ce n’est pas un reproche en soi. Mais les dialogues, les commentaires dans les cases sont envahissants et redondants. D'autant que les dessins détaillés sont suffisamment parlants. Sur le fond, la trame politique s’avère confuse et rébarbative. Pour avoir lu un autre titre un peu plus récent (« Le prince du Nil »), il me semble que les intrigues de palais soient la marque de fabrique de cette saga inusable. Personnellement, je n’accroche pas.
 
Ma note : 4/10

Conan le barbare

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Conan le barbare de Lyon Sprague De Camp et Lin Carter

Après le décès de Robert E. Howard le créateur de Conan, Lyon Sprague de Camp est devenu le plus connu de tous les successeurs qui se sont emparés avec plus ou moins de réussite du personnage emblématique de l’heroic fantasy. L’héritier autoproclamé a même réécrit en profondeur certains textes originaux. On peut rester perplexe sur l’honnêteté du procédé. Cependant, « Conan le barbare » écrit avec Lin Carter et publié en 1981, ne comprend pas de textes de Robert E. Howard. Ce roman a inspiré le célèbre film de John Milius avec Arnold Schwarzenegger. On y suit Conan le Cimmérien dans sa quête initiatique pour retrouver l’épée jadis forgée par son père. Accompagné d’un guerrier rusé et d’une belle voleuse, il lui faut vaincre des Trolls et les serviteurs fanatiques de l’infâme culte de Seth, le dieu-serpent. Je me suis laissé porter par l’aventure sans effort d’autant qu'elle est plutôt bien écrite. De quoi donner envie de se plonger dans les nouvelles de Robert E. Howard écrites dans les années 30.

« Dans ces contrées vint Conan le Cimmérien… Dans ses veines, coulait le sang de l’Atlantide engloutie par les mers huit mille ans avant sa naissance. »
 
Ma note : 8/10

jeudi 20 février 2014

Green Blood, vol.3

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Green Blood, vol.3 de Masasumi Kakizaki

On retrouve dans ce troisième épisode du manga western de Masasumi Kakizaki, nos deux frères que tout oppose, à Five Points dans le 6ème district de New York, un quartier dominé par le crime et la violence. L’aîné, Brad Burns alias Grim Reaper, le célèbre assassin au service du gang des Grave Diggers est devenu incontrôlable suite à l’enlèvement de Luke, son jeune et innocent frère. Présumé mort, Grim Reaper/Brad Burns intervient dans la bataille rangée opposant les Grave Diggers et les Iron Butterflies façon « Gangs of New York » de Martin Scorsese. Grim Reaper massacre indifféremment sur son passage les belligérants des deux camps. Même une mitrailleuse lourde Gatling tirant 200 balles par minute, réputée aussi efficace qu’un régiment entier, ne peut le stopper. L’émotion n’est pas en reste. Désormais Luke connaît toute la vérité sur la double identité de son frère. Dans un flash-back poignant, on comprend que Grim Reaper est né le jour où Brad, encore enfant, son petit frère sur le dos, a découvert leur mère dans une mare de sang, assassinée par leur ignoble père. Après l’éradication des membres du gang des Grave Diggers, l’auteur transporte son récit vers l’Ouest. Les deux frères, recherchés par la police et n'ayant plus rien à faire à Five Points, partent vers Saint-Louis pour tuer leur père. En route, ils sont accueillis par une femme seule vivant avec sa fille. Elle les traite comme ses propres enfants. Des promesses d’avenir sont échangées avant qu’un nouveau drame horrible ne vienne tout gâcher.

Kip, un bon à rien lâche et pervers, fils de Gene MacDowell le fondateur des Grave Diggers et père adoptif de Brad et Luke ; Edward King, le père des deux frères (« les morveux que cette fichue bonne femme a pondu » comme il les qualifie), un être vénal, cruel et dangereux ; Charles Howard, un riche promoteur qui derrière ses airs bienveillants est prêt à tout pour s’approprier les terres des fermiers des environs de Saint-Louis ; Fast Draw Hawk un tueur engagé par Howard et appartenant à la bande d’Edward ; constituent, entre autres, une belle galerie de méchants. Les scènes d’une violence presque surréaliste cohabitent avec de nombreux passages émouvants (la pendaison publique de Gene MacDowell qui en réalité voulait protéger les habitants de Five Points du chaos en créant son gang ; le flash-back montrant l’arrivée sur le sol américain de ce même Gene MacDowell, plus jeune, accompagné d’Edward King ; l'amour d'un foyer durant quelques jours près de Saint-Louis malheureusement le théâtre d'une nouvelle tragédie etc.). 

Les dessins sont toujours aussi somptueux et d’une violence toute tarantinesque. Les plans larges, les gros plans sur les yeux ou d'autres parties du corps ainsi que les cases sans dialogue sont visuellement très cinématographiques.

La violence et les sentiments exacerbés de ce manga m’ont laissé pantois. A deux volumes de la fin de la série, les dernières pages laissent présager encore beaucoup de fureur, de sang et de larmes à venir.
 
Ma note : 9/10

Le Schtroumpfissime

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Le Schtroumpfissime de Peyo


Grâce à son sujet, cet album de Peyo est à même d’intéresser petits et grands. Depuis toujours, on peut comparer la société de nos petits lutins bleus à une forme de communisme dans sa version idéaliste. Il faut que le Grand Schtroumpf s’absente plusieurs jours pour que ce soit le désordre, l’anarchie. C’est pourquoi un Schtroumpf plutôt futé invente les élections et les promesses qui vont avec. Une fois élu, il devient le Schtroumpfissime et choisit ses partisans à coups de promotions pompeuses afin d’assurer son pouvoir (le Schtroumpf Musicien nommé porte-parole, le Schtroumpf Costaud chargé du maintien de l’ordre etc.). Hélas, c’est l’engrenage propre à l’Histoire humaine qui mène à la dictature (garde personnelle, culte de la personnalité avec la construction d’un Palais…), la résistance et la révolution. Tout pouvoir autoritaire a son martyr (ici le Schtroumpf Farceur) et son peuple révolté. La libération du Schtroumpf Farceur de prison sous les chants révolutionnaires fait penser à la prise de la Bastille. Les insurgés cachés dans la forêt rappellent Robin des Bois et ses compagnons. L’échec de l’expédition militaire pour trouver le camp des rebelles et les désertions de plus en plus nombreuses sapent le moral du pouvoir en place. La fortification du village et l’assaut final à coups de tomates marquent la fin du régime. On a même droit « au dernier carré » autour du Schtroumpfissime. A son retour, le Grand Schtroumpf découvre un village en ruine. Heureusement, l’ensemble des Schtroumpfs avec le Schtroumpfissime en tête sont solidaires pour tout reconstruire. Nous sommes chez les Schtroumpfs. Même pendant cette période trouble, l’humour est omniprésent. Personnellement, l’opportunisme du Schtroumpf à Lunettes qui change de camp sans vergogne m’a beaucoup fait rire. Bref, quitte à ne lire qu’un seul album de la série, autant choisir celui-ci.

Ma note : 10/10

mardi 11 février 2014

Le jour des triffides

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Le jour des triffides de John Wyndham

Ce classique de la SF britannique ne m’a guère convaincu. Le début du récit avec le réveil du héros dans l’hôpital, l’humanité aveugle et les triffides s’avère assez angoissant. Hélas, impossible pour moi de croire un seul instant que deux fléaux d'une telle envergure (la cécité à grande échelle des êtres humains et les attaques de dangereux végétaux) s’abattent simultanément sur l’humanité. L’auteur nous présente une succession de modèles de société (pragmatique, individualiste, autoritaire, idéaliste etc.) censés sauver l’espèce humaine. J’ai trouvé les descriptions des règles de vie dans ces communautés antagonistes ainsi que la place réservée dans ces groupes aux voyants et non-voyants d’une lecture laborieuse. D’autant que John Wyndham finit par en oublier ses plantes mortelles. D’ailleurs, il m’est difficile d’imaginer ces dernières se déplaçant hors de leurs racines même dans un roman des années 50… C'est dommage car les réflexions non dénuées d’humour du personnage principal sont plaisantes.

Ma note : 3/10

Du bois dont on fait les pipes

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Du bois dont on fait les pipes de San-Antonio

Si Félicie, la maman de San-Antonio, ne s’était pas mise à chialer comme une madeleine devant son poste de télévision, rien ne serait arrivé. Sur l’écran, une mère éplorée dont le fils a été kidnappé par un fou sadique participe à une émission TV. Le malade est interné dans un hôpital psychiatrique. S’il avoue les meurtres de deux enfants ; il nie celui dont il est question dans l’émission, malgré les preuves accablantes contre lui. Pour sa môman, San-Antonio se fait passer pour fou (cf. le dialogue décalé et drôle avec le psychiatre) puis interné. Son plan est de faire évader le psychopathe pour pouvoir le « cuisiner ». Là, notre policier commet une erreur en cachant chez lui à Saint-Cloud, ce tueur d’enfants bon chic bon genre, surtout avec le petit Antoine sous son toit…

Pour une fois pas de grand voyage, San-Antonio enquête à domicile. Frédéric Dard nous entraîne dans une chasse à l’homme, à première vue des plus classiques, dans Paris. C’est sans compter l’intelligence du psychopathe, le tempérament du gamin et la révélation finale comme souvent chez l’auteur, peu vraisemblable mais étonnante. Le récit est ponctué de quelques scènes gore, histoire de faire monter la tension (âmes sensibles s’abstenir). Dans cette aventure, San-Antonio est aidé de Bérurier (ah ! ses frasques sexuelles cradingues avec sa femme et… une cousine !), de Pinaud (aux déductions toujours utiles mais ici handicapé par des hémorroïdes), de Mathias (ses innombrables chiards et sa mégère de femme) ainsi que de sa « Musaraigne », future épouse de notre commissaire : la jeune et jolie Marie-Marie. Ses amis ne sont pas de trop car notre policier est touché au plus profond de lui-même par le drame qui se joue. Il tombe même malade durant une bonne partie du livre (passages pas très utiles à l’enquête mais bon…). Chose amusante : le livre datant de 1982, l’auteur fait quelques sous-entendus sur la gauche arrivée au pouvoir.

Sinon, le style de Frédéric Dard est toujours aussi coloré avec :

- ses jeux de mots : « Président de la raie biblique », « deux places au Palais des Congrès pour Jauni Alité », « chère loque omelette », « comme disait sein-vin-sang-d’épaule » ou « comme disait cinq-vain-sans-deux-pôles », « La bête du j’ai-vos-dents », etc.

- ses tournures de phrases dont il a le secret : « je les accompagne, nous ne serons pas trop de tous », etc.

- ses inventions et détournements linguistiques : « Nous droppons au portail… », « Oh ! moi, je regarde par terre, findenonrecevoir-t-il. » ou encore le verbe « niannianer », « en pénélopant devant sa tapisserie », « Vous allez me les récupérer Frédéric-Frédéric. » (pour dare-dare, allusion faite au nom de l’auteur), etc.

- ses nombreuses digressions plus cocasses les unes que les autres : « Mes moyens ne me permettent pas d’inventer des gadgets foireux. Ce qui fait notre force au Fleuve, c’est le rendement. Les prix sont étudiés ; le calibrage, la promotion, tout… Y a que les auteurs qui n’ont pas bien étudié, mais à quoi bon se crever l’oigne à apprendre puisque c’est pour oublier tout de suite après les examens ? », « Les hommes sont moches. Tu les regardes, tu comprends que c’était pas la peine. On aurait aussi bien pu demeurer absents, à tout jamais, dans les intersidérations cosmiques. La Terre, planète morte. De la caillasse supra-saharienne. Mais « Il » a créé l'oxygène à « Son » image. Et l'azote. L'hydrogène ; tout le fourbi. « Il » a voulu l'infusoire. « Il » a eu ce caprice pour le protozoaire ; et tout s’est déclenché. Et nous voilà, m’man : toi, moi, tous les pas beaux, les biscornus, bancroches, minus, mesquins, connards, enculés de frais ; tout le monde, comprends-tu ? Qu’est-ce que tu dis ? Que « Sa » volonté soit faite ? Elle est faite rassure-toi. Dans le cul la balayette, m’man. Profoundly ! Regarde-la, en couleur, « Sa » volonté. En train de gnagnater sur un rectangle verre. Tu la vois bien, dis ? Tu admires la façon qu’elle purule ! Qu’elle rengorge ! Non, non, sois tranquille : je ne blasphème pas, c’est pas mon genre. Je me soumets. Je « Le » remercie bien humblement pour le cadeau phénoménal. Je t’ai, tu compenses le reste. Ma planète c’est toi. « Il » m’a tout donné pour un seul de tes regards… », etc.

- ses notes de bas de page : « Je sais bien qu’on ne s’excuse pas, mais qu’on prie quelqu’un de vous excuser, seulement quand t’écris en bon français les lecteurs débandent » ou « Pas demain la veille qu’il gloupera des Snntn-Aaoio » : « Pour varier un peu, j’ai écrit San-Antonio en mettant les consonnes d’un côté et les voyelles de l’autre, ça ne fait chier personne et ça m’amuse », etc.

- sa vulgarité bon enfant : « l’amour sauvage, bon, pour s’dégorger la glandaille, ça a son charme… pour s’sentir d’attaque aux prouesses, l’homme il faut qu’il ave le ventre plein et les couilles vides… », etc.

Moi, je suis client.

Ma note : 8/10

dimanche 19 janvier 2014

Green Blood, vol.2

couverture


Green Blood, vol.2 de Masasumi Kakizaki

Ce manga western raconte l’histoire de deux frères recueillis dès leur plus jeune âge par l’un des chefs de gang de Five Points. Luke et Brad Burns survivent dans le quartier comme ils peuvent. Luke, le plus jeune, suit le chemin de l’honnêteté en travaillant aux docks. Brad, l’aîné, passe ses journées à ne rien faire. Mais ses nuits sont occupées au service des Grave Diggers, un ancien gang puissant aujourd’hui sur le déclin. Brad se fait appeler Grim Reaper, l’assassin au pistolet à lame. Il n'a pas révélé à son jeune frère ses activités nocturnes afin de le préserver. Jusqu’au jour où Luke se trouve au centre d’une ignoble machination orchestrée par le fils du chef des Grave Diggers. Brad alias Grim Reaper doit libérer son petit frère des griffes du numéro deux du gang irlandais des Iron Butterflies. Ce dernier est un tueur au visage angélique capable de faire éclater d’une balle de pistolet le crâne d’un jeune garçon en pleine rue… Qu’il sorte vivant ou non de son duel à mort avec le numéro deux du gang irlandais, Grim Reaper est piégé. En cas de victoire, le chef des Grave Diggers le tuera pour éviter une guerre ouverte entre les deux clans. Même s'il en coûterait au fondateur des Grave Diggers d’éliminer Grim Reaper, l’assassin emblématique du gang qu'il a recueilli enfant et dressé pour tuer dès son plus jeune âge comme un chien fidèle. La bataille finale à l’arme blanche (couteaux, haches etc.) pour le contrôle de Five Points rappelle certaines scènes du film « Gangs of New York » de Martin Scorsese. Elle est suivie par l’entrée en scène d’un personnage pour le moins inattendu. La suite au prochain numéro…

Les planches très noires signées Masasumi Kakizaki reflètent bien l’atmosphère du 6ème district de New York, tristement célèbre dans la seconde moitié du 19ème siècle pour sa misère et sa violence. Les cases sans dialogue ne sont pas rares. C’est bon signe car les dessins détaillés parlent d’eux-mêmes. Il faut saluer la précision des traits et le gros travail sur l’encrage. Les personnages sont souvent typés. Les gentils avec leurs visages ronds et avenants (le jeune Luke, les deux malheureuses prostituées amies de Brad et Luke) contrastent face aux gueules d’assassins, avec en tête celle du fils du chef des Grave Diggers, un psychopathe meurtrier, pervers et lâche reconnaissable à ses yeux exorbités. Les plans très cinématographiques valorisent les scènes d’action. Le dessinateur fait parler les colts. Les amateurs de duels stylés, tout droit sortis des westerns de Sergio Leone, apprécieront les gros plans sur les yeux. A la violence, il faut ajouter quelques cases érotiques d’où transpire le désespoir (le corps nu d’une jeune prostituée, une scène suggérée de fellation). Le récit amorce plusieurs pistes sans encore donner de réponses (les circonstances du décès de la mère, la recherche du père etc.). Bref, il s’agit là d’un manga plus adulte que la moyenne sans la moindre japoniaiserie.

Ma note : 8/10