mercredi 30 janvier 2013

Le dossier Atrée

medium


Le dossier Atrée de Georges-Jean Arnaud
 
 
Horreurs culinaires

G.J. Arnaud, écrivain français très prolifique, surtout connu pour sa série fleuve « La compagnie des glaces », a publié quelques romans dans la collection « Angoisse » (ancêtre de la collection « Gore ») aux éditions Fleuve noir au début des années 70.

Un journaliste gastronomique écrit un guide sur les restaurants New Yorkais. Un étrange couple de gourmets l’aide dans sa tâche en lui faisant faire le tour des meilleurs restaurants. Sur l’insistance de la femme, notre journaliste s’assied à la table du « House Bone » malgré les réticences du mari. Ce dernier s’est entouré de précautions en dissimulant l’itinéraire du restaurant (voiture aux vitres teintées avec chauffeur). Restaurant qui semble réservé à un public très restreint et riche. D’ailleurs, aucun des collègues de notre journaliste, tous des spécialistes, n’a entendu parler du lieu…

Les bases sont posées et difficile de ne pas voir venir la suite. Même le personnage principal se fait la réflexion suivante pendant le repas : « Le foie gras truffé disposé devant moi est d’une taille peu commune, et je ne connais aucune oie de France capable d’en produire d’aussi gros. » Les premiers chapitres sont truffés (si j'ose dire) de poncifs propres aux thrillers (filatures, menaces, meurtres). Heureusement, par la suite, le récit composé de témoignages transmis au B.U.R.A.S. (Bureau universel de recherches des anomalies sociologiques) gagne en intérêt. Ainsi, l’identité du rédacteur change d’un chapitre à l’autre. Deux témoignages dont celui d’un interne de l’hôpital psychiatrique de Salamanque (Espagne) relèvent le niveau du livre. L’un des patients de ce médecin, un adolescent eunuque et obèse, au foie hypertrophié, qui se jette sur la farine de maïs cuite, semble avoir été séquestré et enfermé dans une cage basse uniquement meublé d’un immense lit… Lorsque le garçon reconnaît en une charmante infirmière de l’hôpital quelqu’un de « là-bas » ; la vie de notre interne bascule… Il y a aussi le témoignage d’un capitaine de bateau spécialisé dans le transport de clandestins qui se retrouve avec des bambins apeurés plein sa cale…

G.J. Arnaud a fait le bon choix en délaissant les scènes gore pour une horreur plus latente mais finalement plus efficace (le triste sort d’enfants espagnols âgés de quatre/cinq ans traités comme des chapons ou des oies par d'anciens nazis). Hélas, par moments, la qualité de l’écriture laisse à désirer. Le dernier tiers du roman est même totalement raté. En effet, le stratagème utilisé par le B.U.R.A.S. contre les trafiquants est aussi invraisemblable que ridicule. Ajouter à cela de l'action sans intérêt… Finalement, le bilan est mitigé.
 
Ma note : 5/10

samedi 19 janvier 2013

Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes

couverture

Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes de Serge Brussolo

Un roman pléthorique

Le lecteur est en terrain connu avec ce livre qui reprend certaines idées démentielles esquissées précédemment chez l’auteur. On peut considérer ce roman comme un « best of ». Car un Brussolo publié dans la prestigieuse collection « Présence du futur » chez Denoël, c’est plus de pages donc plus de folie et de démesure qu’au Fleuve noir. L’auteur a divisé son roman en deux parties : l’une se déroulant à la surface de la Terre et l’autre dans l’Abri.

La première partie décrit un Paris vitrifié et abandonné suite à un conflit nucléaire. Pour faire face à la pénurie énergétique, des savants ont imaginé de convertir l’âme des morts en électricité. On suit Georges un médium-dépanneur doué pour guérir les téléviseurs et autres réfrigérateurs avec ses mains. Il doit éviter de croiser les prêtres intégristes et les anciens dépanneurs d’électroménager au chômage devenus des vandales qui combattent l’énergie impie en massacrant les utilisateurs. Des capteurs d’énergie quadrillent la ville. Ils enregistrent les émanations énergétiques libérées par les accidents. L’aura des objets détruits et l’esprit des êtres humains morts sont stockés dans des cassettes d’énergie qui équipent tous les appartements encore habités. Mais, il n’y pas assez d’accidents, pas assez de morts donc pas assez d’énergie. C’est là qu’interviennent les DESTROYERS comme Sarah, la fille de Georges. Leur mission est de piéger les appartements en l’absence des occupants pour provoquer des accidents mortels. Cependant, ils doivent faire face à la résistance des objets qui défendent les lieux en envoyant des mauvaises vibrations poussant certains DESTROYERS au suicide. Toutes les idées sont bonnes pour produire plus d’énergie. Le musée du Louvre possède des œuvres d’art au potentiel énergétique considérable. Déchirer « La Joconde » devant des capteurs permettrait d’éclairer Paris pendant plusieurs années. Fracasser « La Victoire de Samothrace » ou « La Vénus de Milo » produirait autant de mégawatts qu’une centrale atomique…

Dans la deuxième partie Georges et Sarah échouent dans l’Abri. Les services de l’In-migration encouragent les habitants à s’enterrer pour leur sécurité. Près de 40000 personnes ont rejoint ce « Paradis » pour… 10000 places ! L’escalier d’accès particulièrement vicieux de l’Abri, la « plaine de transit » avec ses candidats entassés dans l’attente de places libres dans la zone d’habitation, ses tribus (certains fuyant la promiscuité vivent sur des échasses ou suspendus au plafond comme des chauves-souris, des chasseurs régulent la population…) dépassent l’entendement. Mais, l’âme des morts véhiculée par l’électricité dans la zone d’habitation prend possession des heureux élus. La mémoire des défunts en tant qu’humain puis objet transforme les possédés en fous se prenant pour des cafetières et autres machines à coudre voire des œuvres d’art… On retrouve ici les obsessions favorites de l’auteur : claustrophobie, enfermement, aliénation, dégénérescence, etc.

Les idées « hénaurmes » plus ou moins utiles au déroulement du récit, parfois hors-sujets mais toujours étonnantes se succèdent (les tortues grenades, les patineurs-vitriers, les boules de cristal fabriquées par des huîtres géantes, etc.). Certains détails à priori anodins prennent une proportion considérable sous la plume de l’auteur qui disserte (avec talent) sur plusieurs pages… au risque de s’éparpiller. A vouloir trop en faire, il n’évite pas certaines redondances et un léger manque de cohésion. Rien de grave cependant. Il y a là matière à une demi-douzaine de romans.
 
Ma note : 8/10