jeudi 30 août 2012

L'envers vaut l'endroit

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L'envers vaut l'endroit de Christopher Stork

Point d’armes, moins d’enfants

« L'envers vaut l'endroit » est l’un des nombreux romans de Christopher Stork, alias Stephan Jouravieff et José-André Lacour, deux auteurs belges, dans la collection « Anticipation » aux éditions Fleuve noir.

Les centaines de milliards de morts depuis l’apparition de l’Homme sur Terre n’en peuvent plus de l’augmentation alarmante de leur effectif. L’explosion démographique et les guerres de plus en plus meurtrières accélèrent le phénomène. C’est pourquoi les morts s’adressent aux vivants et demandent un désarmement mondial accompagné d'une baisse de la natalité.

Les intrusions dans les réseaux informatiques du Pentagone et de la CIA, la disparition d’un tiers de la pyramide de Chéops et la restauration du Sphinx, la destruction d’un complexe soviétique de fabrication d’armes chimiques, la panne totale en pleine mer d’un porte-avions US ne sont que quelques-uns des messages des morts destinés aux vivants. Mais le ton monte entre les deux blocs et le risque de guerre n’a jamais été aussi grand. Les actions désordonnées et non revendiquées des morts risquent ainsi de produire l’effet inverse de celui recherché. Les morts ont besoin d’un intermédiaire chez les vivants. Ce sera Antonio Alvarez, un haut responsable de l’O.N.U. qui semble le plus réceptif. Dans un premier temps, il communiquera avec les morts par l’intermédiaire de sa secrétaire (et maîtresse). Mais seulement lorsque cette dernière se trouve dans un état de jouissance physique (??).

Si l’idée de départ est saugrenue, le résultat est... quelconque. A cause sans doute d’une qualité d’écriture discutable. Les auteurs cèdent à la facilité lors des passages érotiques (la secrétaire sans culotte, les relations sexuelles avec les incubes et les succubes pour passer dans le monde des morts etc.). S’il est vrai que l’amour et la mort, Eros et Thanatos sont étroitement liés, plus de finesse aurait été bienvenue. Enfin, les nombreux clichés, aujourd’hui datés, sur la rivalité Est-Ouest limitent les quelques prétentions de ce livre. La fin est d’une naïveté confondante.
 
Ma note : 4/10

jeudi 16 août 2012

Les démons d'Abidjan

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Les démons d'Abidjan de Richard D. Nolane


Dernier Gore


« Les démons d’Abidjan » est le 118ème et dernier roman publié dans la collection Gore (et accessoirement ma dernière critique Gore sur CL).

A Abidjan, six masques africains sont envoyés à autant de destinataires. Le nom de chacun est gravé à l’intérieur désignant ainsi la future victime. Selon une légende, on se sert de ces antiquités comme d’une arme pour se venger de ses ennemis. Chaque masque est une porte d’entrée dans notre monde pour un génie maléfique. Ici, l’apparition au corps nu et translucide, pourvu de dents et de griffes n’a rien du génie de « la lampe d’Aladin ».

L’histoire démarre à toute allure avec dès le prologue de l’humour et du gore : « …son agresseur se servit du crépi comme d’une râpe, pour y user son visage réduit en bouillie. Le nez et les lèvres du boy partirent en lambeaux les premiers et deux incisives s’accrochèrent aux aspérités du mur avant de casser net. Puis ce fut au tour du muscle frontal et de ceux des joues de disparaître sous forme de magma rougeâtre. Lorsque le mouvement cessa, la figure de Sébastien M’Koto ressemblait à une pizza aux fruits de mer dont la garniture glaireuse aurait laissé transparaître par endroits le blanc d’une pâte mal cuite. Le blanc blafard des os et des dents mis à nu. »

L’ex-petit ami de l'une des victimes (éviscérée par l’anus !) mène l’enquête.

L’histoire manque de finesse et l’écriture trop épurée n’arrange rien. Par contre, les personnages sont sympathiques. Le principal intérêt de ce livre réside dans la découverte du mobile et de l’identité du commanditaire qui se cache derrière les envois mortels.

Voilà donc un petit roman Gore d'un niveau tout juste satisfaisant.

Pour la petite histoire, Richard D. Nolane (pseudonyme d’Olivier Raynaud) dédie ce livre à S.K. Sheldon alias Elisabeth Campos sa compagne et également auteur du roman Gore « Musée des horreurs ».

Ma note : 6/10


samedi 11 août 2012

Le démon des âges troubles

couverture


Le démon des âges troubles de Ivor Watkins

VF pas fameuse

« Le Démon des âges troubles » (« Demon » - 1983) est le seul roman signé Ivor Watkins dans la collection Gore.

Des trombes d’eau s’abattent sur le Pays de Galles. Les mouvements de terrain dégagent un puits et réveillent un démon ancestral. L’ingénieur de l’Office Central de l’Electricité, John Casson défie les éléments pour rejoindre la centrale électrique dont il doit assurer la relève. Bientôt, John se retrouve seul au monde. Toutes les routes de la région sont inondées et donc devenues impraticables. La prison des environs est dévastée par les inondations. De dangereux assassins se sont évadés et probablement éparpillés dans les montagnes…

Parallèlement, un certain Dewi a le pouvoir de commander les éléments naturels. Après avoir éliminé le pasteur du village en l’écrasant sous un bloc de pierre pendant une tempête, Dewi prend sa place. Il veut faire renaître les anciennes croyances celtiques et leurs sacrifices. A l’aide de son pouvoir mystérieux, il tue tous ses ennemis (le responsable de la mine d’ardoise et le patron du bar de strip-tease du coin, un agent de police…). Bien sûr, officiellement, tous sont morts accidentellement…

Dewi, le fanatique, affronte John, l’ingénieur, au sein de l’immense centrale électrique déserte.

Voilà encore un roman d’épouvante anglais de facture très classique, avare en scènes gore. Je suis assez friand de ces récits à l’atmosphère mystérieuse et angoissante. Dans le cas présent, l’histoire baigne (si j’ose dire) dans la pluie, la boue et le vent. Le décor propice à l’horreur est donc planté…

Il est regrettable que l’histoire parte dans tous les sens. Certaines pistes semblent inachevées et des passages incomplets. Je pense que ce livre a été victime de coupes drastiques lors de sa traduction afin de respecter le format (très) court de la collection Gore.

Ce roman perd donc une grande partie de son intérêt en version française.

Ma note : 6/10

mercredi 8 août 2012

La marée purulente

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La marée purulente de Daniel Walther


Corrosif

« La marée purulente » est l’unique roman de l’auteur français Daniel Walther (bien connu des amateurs de SF) dans la collection Gore. A l’époque, il s’essayait au genre tout comme Georges-Jean Arnaud, Jean-Pierre Andrevon, Pierre Pelot et quelques autres.

Waloo-Waloo est une île perdue du Pacifique sur laquelle vivent des lépreux et deux blancs en mission humanitaire, le docteur Warren Paulson et la belle Marietta, son infirmière. Suite à une dispute avec le médecin et par provocation, cette dernière s’exhibe nue devant les lépreux. L’étrange comportement de Marietta coïncide avec de curieuses turpitudes atmosphériques. En effet, les communications entre les différentes îles de l’archipel mélanésien sont devenues pratiquement impossibles. Une vedette de l’armée accoste sur l’île pour évacuer Warren et Marietta. Le médecin refuse car il ne veut pas abandonner son personnel canaque et ses malades. Quelle est la nature de la menace ? L’un des lépreux parle à une ancienne idole, l’Esprit des Eaux. C’est alors que l’entité, à l’odeur de sel, d’iode et de varech, viole et féconde Marietta. Un flot d’atrocités déferle d’abord sur Waloo-Waloo puis sur la ville. Une lèpre d’un genre nouveau désagrège les corps, châtre les organes génitaux, rend les malades fous furieux…

Daniel Walther, livre là un récit au climat malsain et obsessionnel, intelligent dans sa construction pour un roman de ce genre. C’est peut-être son unique et tout relatif défaut. Par moments, j’ai trouvé l’écriture un peu trop sophistiquée avec ses nombreuses métaphores, ses phrases parfois compliquées, très longues qui alourdissent le récit : « Quant au ciel, il ressemblait à un formidable camaïeu entrecoupé de concrétions déliquescentes, figées dans un écoulement d’indigo frangé de bavures sanglantes, partiellement recouvertes des longs glissements des chabraques dorées dont reluisait le soleil enfoui dans une muqueuse d’encre violette. » Curieusement, cela n’empêche pas l’auteur d’utiliser un vocabulaire très cru dans ses passages gore (à la limite de l’insoutenable) et sexuels (avec une fixation ici pour les sécrétions vaginales).

Voilà donc un roman qui allie efficacement qualité littéraire, gore et sexe. Bien évidemment, il est absolument déconseillé aux âmes sensibles.

Ma note : 8/10