samedi 13 avril 2013

Six hommes morts

medium

Six hommes morts de Stanislas-André Steeman


Et s'il n'en restait qu'un ?

L’auteur belge Stanislas-André Steeman signe avec « Six hommes morts » un roman policier au suspense terriblement efficace. Ce livre, l’un de ses premiers, a reçu le prix du roman d’aventures de la collection Le Masque 1931.

Six amis ont fait le pari de courir le monde durant cinq ans pour faire fortune. Arrive le moment du rendez-vous fixé depuis si longtemps et le partage de l’argent acquis en parts égales. Mais les meurtres commencent. Les camarades ne sont déjà plus que cinq puis quatre… La peur s’installe chez les survivants. L’étau se resserre sur le coupable. Enfin, c’est ce que l’on croit…

Evidemment, la trame fait penser au célèbre roman d’Agatha Christie « Dix petits nègres » qui lui est chronologiquement postérieur. Mais ici, le contexte est peut-être moins anxiogène que chez la reine du crime (pas d’île, passé des personnages moins trouble).

Quoi qu’il en soit, je conseille vivement ce roman aux amateurs d’énigmes. Même si l’auteur ne laisse pas d’indice et donc aucune possibilité pour le lecteur de trouver lui-même le coupable (contrairement à son chef-d’œuvre « L’assassin habite au 21 »).
 
Ma note : 8/10




Black Face

couverture


Black Face de Raoul Cauvin (Scénario), Willy Lambil (Dessin)

Seuls contre tous

Les auteurs de la série « Les tuniques bleues » ont toujours observé une certaine neutralité envers les belligérants de la guerre de Sécession. A travers les personnages du sergent Chesterfield et du caporal Blutch, le regard porté sur l’ennemi confédéré est souvent plein de bienveillance. Dans le même temps, Cauvin et Lambil ne se privent pas de critiquer gentiment l’Union, histoire d’équilibrer la balance. Cette guerre civile est moche pour les deux camps.

« Black Face » met l’accent sur le sort peu enviable des noirs au sein même de l’Union. Bien sûr, comparés à leurs frères esclaves du sud, les noirs nordistes sont libres. Mais libres d’aller où on leur dit d’aller et pas ailleurs, libres à condition de respecter les blancs, de brosser leurs bottes, de creuser leurs latrines ou d’enfouir leurs morts et tout cela pour un salaire de misère, juste de quoi ne pas crever de faim…

Black Face, un soldat noir de l’Union, cantonné aux basses besognes comme beaucoup des siens, est envoyé chez l’ennemi dans le but de pousser les esclaves noirs du sud à se soulever contre les Confédérés. Comme l’Union a peu confiance dans ses soldats de couleur, il est escorté (et surveillé) par le sergent Chesterfield et le caporal Blutch pour mener à bien sa mission. Mais Black Face va au-delà de ce qui lui est demandé en s’attaquant aux civils propriétaires des plantations. Pire, lui et sa bande armée se retournent contre le camp yankee ! En fait, Black Face mène sa guerre contre les blancs quels qu’ils soient !

L’humour est toujours présent avec nos deux compères contraints une fois de plus de se déguiser en civils pour passer inaperçus derrière les lignes ennemies. Il faut les voir en médecins amenés au chevet d’un colonel confédéré pour le guérir, sur les supplications de sa fille…

Le plan imaginé par l’état-major de l’Union pour rendre les soldats de la Confédération responsables de l’issue tragique du siège contre les mutins n’est vraiment pas glorieux. Heureusement, c’est sans compter l’humanisme de nos deux protagonistes…

Cet album dégage pas mal d’émotions notamment avec les relations viriles mais finalement saines entre le sergent Chesterfield et Black Face. A ce sujet, on verserait presque une larme en lisant les deux dernières cases de l’album.

Une fois de plus, les dessins de Lambil, à la fois tout en rondeur (pour les deux héros) et réalistes, illustrent parfaitement la série.

« Black Face » est un album indispensable pour tout amateur des « Tuniques bleues » qui se respecte.
 
Ma note : 9/10

Duel dans la Manche

Les Tuniques bleues, tome 37 : Duel dans la Manche

Duel dans la Manche de Raoul Cauvin (Scénario), Willy Lambil (Dessin)

Un épisode dépaysant

Suite à une terrible bévue (la cavalerie nordiste qui charge son propre camp !), le sergent Chesterfield et le caporal Blutch, considérés comme coupables par leurs supérieurs, sont affectés loin de l’Union à bord de l'USS Kearsarge. C’est l’occasion pour les auteurs de retracer le combat naval qui s’est déroulé au large de Cherbourg en juin 1864. Lors de ce duel, le CSS Alabama, un voilier Confédéré, responsable de la destruction de nombreux navires de commerce de l’Union, est coulé par l'USS Kearsarge. Une fois de plus, les auteurs mêlent fiction et événements de la guerre de Sécession. Nos deux héros abandonnent ici leurs uniformes de soldats pour ceux de matelots (comme dans « Les Bleus de la marine »). Leurs relations sont toujours basées sur des petites querelles internes. Dans cet album, le lecteur découvre à travers les planches de Lambil le port d’Amsterdam au XIXe siècle (les moulins, les commerces etc.).

Ce n’est pas mon album préféré de la série « Les tuniques bleues ». Cependant, il est d’un bon niveau comparé à certains épisodes handicapés par des scénarios inexistants. Seules réserves : la raison de la présence du sergent Chesterfield et du caporal Blutch dans la Manche est un peu tirée par les cheveux et le rythme n’est pas toujours présent (les planches sans bulles lors de la visite d’Amsterdam).

Quoi qu'il en soit, je ne pensais pas retrouver nos deux compères en Europe !
 
Ma note : 7/10

samedi 6 avril 2013

Emeutes à New York


couverture

Emeutes à New York de Raoul Cauvin (Scénario), Willy Lambil (Dessin)

Engagez-vous !

Pour une fois, le sergent Chesterfield et le caporal Blutch ne sont pas sur un champ de bataille à charger les Confédérés. Ils sont affectés à la surveillance d’un bureau de conscription de New York. En effet, l’armée de l’Union doit combler ses pertes. Pour gagner la guerre, elle doit recruter. Mais, la conscription est impopulaire. Il est vrai qu’il est possible d’y échapper en versant une somme de trois cents dollars. Ce système pénalise les plus pauvres. En raison de cette injustice, une émeute éclate. Nos deux soldats sont contraints de se faire passer pour des civils. Tous ceux qui portent un uniforme, les noirs (rendus responsables de la guerre), les bourgeois et les commerçants sont la cible des émeutiers. Les rues de New York sont livrées aux pillages, aux incendies et à la violence. Les auteurs s’inspirent de faits et de personnages historiques : l’incendie d’un orphelinat noir, la résistance du personnel du « Times » équipé de mitrailleuses lourdes face à la révolte, les barricades dressées contre les soldats de l'Union baïonnette au canon (soutenus par l’artillerie), le meneur irlandais Patrick Merry etc. Heureusement, les gags atténuent l’aspect dramatique de la situation. Nos deux héros sont toujours aussi drôles. Notamment, lorsque le sergent Chesterfield se transforme en un pilleur très réticent. Il faut également voir le caporal Blutch avec une pancarte « Lee for President » parmi les « Lincoln pig ».

Sinon, les dessins semi-humoristiques de Lambil sont toujours aussi agréables à regarder : réalistes pour les décors et les personnages secondaires (Washington D.C. et le Président Lincoln ressemblants...), style nez rond pour nos deux protagonistes.

De par sa richesse, cet épisode est, selon moi, l’un des meilleurs de la série « Les tuniques bleues ».
 
 Ma note : 8/10

Un, deux, trois...

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Un, deux, trois... de Agatha Christie

Pas le plus connu

La reine du suspense signe avec ce roman assez court un bon cru. Pour une fois, Hercule Poirot joue à domicile. En effet, M. Morley, son dentiste s’est suicidé (?) vers midi, en plein travail, la salle d’attente pleine de patients. Poirot qui faisait partie des clients de la matinée avait pourtant trouvé M. Morley normal. Notre pugnace détective se penche sur le profil des clients de la journée. Deux d’entre eux sont retrouvés morts quelques temps plus tard…

Comme à l’accoutumée les suspects sont nombreux. Et comme d’habitude Agatha Christie nous étonne avec l’identité du/des coupables. Le récit est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord avec son lot de chantage, d'usurpation d’identité, de déguisements, d'histoire d’argent. Même si les explications sont légèrement invraisemblables et l’énigme assez tordue, l'ensemble est une fois de plus parfaitement maîtrisé.

A noter que les titres des chapitres reprennent les paroles d’une vieille complainte anglaise : Un, deux, je lace mes souliers ; Trois, quatre, je ferme la porte... Dix-neuf, vingt, mon assiette est vide !
 
Ma note : 8/10


Le témoin est à la noce

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Le témoin est à la noce de Alexandre Terrel

Que de clichés !

Ce petit polar a reçu le prix du roman d’aventures de la collection Le Masque 1984. Pourtant, rien de bien original ne distingue cette histoire de protection de témoin de la concurrence. C’est un roman très imprégné des années 80 avec son flic cool, aux opinions de gauche à l’opposé de ses collègues. D'ailleurs, j’ai senti que l’auteur ne portait pas la profession dans son cœur. Par contre, il doit aimer les voitures. Avec ses 2CV, R6, CX, BMW, Mercedes 480 SEL, ce n’est plus un roman mais un catalogue. Les situations sont terriblement prévisibles et sentent le « déjà-lu » (fuite du témoin avec le policier, amour naissant, enlèvement et libération de la belle, démission du policier, mariage). Seule l’identité du tueur surprend sur le coup mais à la réflexion s’avère assez classique pour les habitués du genre.

Un policier doit retrouver une belle américaine qui a été témoin du meurtre d’un officier des stups US tué de deux balles dans la tête et dans le cœur. Il doit faire vite car le tueur est déjà sur les traces de la jeune femme. Le récit entraîne le lecteur de Paris à Gênes.

C’est un livre qui a la saveur des films policiers français des années 70/80 avec Belmondo. Pour ceux que cela intéresse encore…

Ma note : 4/10

lundi 1 avril 2013

Les cavaliers du ciel

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Les cavaliers du ciel de Raoul Cauvin (Scénario), Willy Lambil (Dessin)

Acrophobes s’abstenir

Dans cet album, le lecteur découvre l’utilisation des ballons dirigeables durant la guerre de Sécession ; ceci à travers les tribulations du sergent Chesterfield et du caporal Blutch, nos deux inénarrables héros de la série « Les tuniques bleues ». Une fois de plus, le 22ème de cavalerie a été décimé. Pire, le capitaine Stark a été fait prisonnier. Tout cela à cause de son zèle à charger les troupes sudistes au mépris du danger. Sans sa cavalerie, l’infanterie et l’artillerie de l’Union sont à la merci de la rapidité des cavaliers sudistes. Mais, c’est sans compter une arme révolutionnaire venue directement de France. Une arme passive qui permet d’observer du ciel le mouvement des troupes et d’anticiper l’action de la cavalerie ennemie voire de libérer le capitaine Stark des mains des Confédérés. Il y a bien quelques réglages à effectuer mais que c’est beau le progrès !

L'album comporte beaucoup de gags surtout aux dépens de l’état-major nordiste. Ainsi, le général Pumpkin et le colonel Argusson sont dans le plâtre d’un bout à l’autre de l’histoire à cause de nos deux héros, certes courageux mais très maladroits. Voilà un épisode amusant qui bénéficie toujours des dessins mignons tout plein de Lambil avec en sus une touche historique méconnue de la guerre civile américaine. En effet, sept ballons dirigeables au sein de « L’Union Army Balloon Corps » ont été utilisés par l’armée de l’Union pour la reconnaissance aérienne de 1861 à 1863. Les tentatives sudistes dans ce domaine se sont soldées par des échecs.
 
Ma note : 7/10