Pour
une fois chez Zola, je trouve que la documentation accumulée par
l'auteur (les noms des villages, la topographie, les dates des
évènements, les mouvements de troupes, les noms des généraux, les
noms et les numéros des corps d'armée, des divisions, des
régiments…) étouffe par moments la fiction. Cependant, les
descriptions minutieuses de la composition des batteries et du
fonctionnement de chaque arme (infanterie, cavalerie, artillerie…)
s’avèrent des plus passionnantes. Le destin des personnages
fictifs ou, et c’est l’originalité ici, historiques, est comme
toujours chez Zola émouvant. Si au début, je me suis un peu
retrouvé dans la position des soldats français : c’est-à-dire
dans l’attente d’action ; dès que l’enfer des combats
commence, impossible pour moi de quitter le livre. D’autant que
Zola tire à boulets rouges (c’est le cas de le dire) sur l’armée
française, loin de son ancienne gloire (notamment de la Grande Armée
de Napoléon 1er). La comparaison avec l’armée allemande ne joue
vraiment pas en notre faveur. Les passages sanglants sur les
atrocités des champs de bataille sont de plus en plus nombreux au
fil du récit. Le chapitre six de la deuxième partie du roman qui
décrit en détail les horreurs de l’ambulance avec ses blessés à
soigner m’a particulièrement marqué (descriptions crues des
blessures, amputations, charnier…). Même la bataille de Sedan
terminée, les détails macabres continuent comme ces soldats
semblant de loin festoyer autour d’une table mais en réalité
cadavres atrocement mutilés, probablement ramassés et disposés
ainsi par les Prussiens « par moquerie de la vieille gaieté
française ». L’auteur évoque la terre infestée par les morts
vite enterrés ou La Meuse empoisonnée pour longtemps par les corps
gonflés des chevaux et des hommes en putréfaction. Puis vient
l’horreur de la captivité des soldats français sur la presqu’île
d’Iges (faim, maladies, cruautés et humiliations), suivie du siège
de Paris et de la Commune (l’incendie de la capitale, les
exécutions arbitraires…) jusqu’à la magnifique conclusion de
Zola à la fois douloureuse, fataliste, et pleine d’espoir.
Ma note : 10/10