samedi 29 décembre 2012

Territoire de fièvre

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Territoire de fièvre de Serge Brussolo

Hypocondriaques s’abstenir

Imaginez un animal gigantesque, en hibernation, à la dérive dans l’espace. Un animal-planète que l’on explore tel un astre inconnu. Une bête en boule sécrétant sa propre atmosphère et sa propre pesanteur. Son épine dorsale dessinant une chaîne de montagnes d’un millier de kilomètres, des verrues géantes formant des collines, les poils constituant des plaines d’herbe folle, la toison une véritable jungle. Un animal qui dort d’un sommeil millénaire en vivant sur sa graisse. Pour la jeune Liza, impossible d’ignorer qu’elle a posé les pieds sur un être vivant. Le sol rose est souple et gras. L’atmosphère est lourde comme dans une serre. L’air sent l’animal, les effluves de transpiration. Contrôleur pour le ministère de la Recherche, Liza doit récolter les travaux d’une équipe composée de deux cents scientifiques dépêchés sur place pour étudier le spécimen. Mais, la quasi-totalité de ses membres est atteinte de mutations aussi étonnantes qu'horribles. Par exemple, certains de ces scientifiques bardés de diplômes se prennent pour des globules blancs et dévorent tout ce qui passe, prenant autrui pour des microbes à éliminer ! Divisés en clans, les scientifiques mènent une guerre permanente. Certains en symbiose avec l’animal ont perdu leur individualité et sont devenus des serviteurs de la bête. D’autres, veulent sa mort en lui infligeant un maximum de blessures. Il y a aussi les adeptes de l'écartèlement (amputation d'un organe pour continuer à vivre dessus à la dérive dans l'espace), les tenants de l'expansion etc. D'ailleurs, la bête-monde n’est-elle pas entrain de tomber malade… de mourir ?

Avec une précision toute scientifique, l’auteur dresse une carte anatomique à la fois délirante et répugnante. On retrouve les obsessions habituelles chez lui comme la claustrophobie, avec ici, une variante mémorable de « La Grande évasion » où la graisse aurait remplacé la terre. Les déplacements sur le corps démesuré de l’animal, ses manifestations physiques (une goutte de sueur provoque une avalanche liquide, etc.), les rencontres avec les scientifiques dégénérés plus ou moins hostiles et leurs croyances fantaisistes rendent l’aventure palpitante. Mais surtout, Brussolo fidèle à lui-même va de plus en plus loin dans sa logique et termine son roman en apothéose.
 
Ma note : 8/10

samedi 1 décembre 2012

Les lutteurs immobiles

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Les lutteurs immobiles de Serge Brussolo

Objet divin

Une fois de plus, Serge Brussolo extrapole les conséquences de nos comportements, ici le gaspillage, pour créer un avenir de cauchemar. Désormais, la Société Protectrice des Objets lutte contre le gâchis… à sa manière. Les objets (y compris les habits) sont munis d’une plaque d’identification avec une date de péremption. Aucun d’entre eux ne doit être détruit, jeté, cassé avant cette date. En cas d’infraction, les contrevenants s’exposent à des corvées pendant quelques week-ends ou pire à un séjour dans un camp de rééducation. Fini l’ère du jetable, de l’éphémère, on est dans le culte de l’objet. Cela n’est pas sans conséquences sur le comportement des citoyens. Ainsi, les mères considèrent leurs progénitures comme des vandales. Elles sont plus inquiètes de l’état des jouets que de leurs enfants. Les voitures ne sont quasiment plus utilisées de peur des accidents. La SPO se radicalise et de nouveaux capteurs apparaissent. Les objets de valeur, jusqu’alors préservés, sont désormais piégés. Ainsi, un homme fortuné est retrouvé sur son balcon, entièrement nu, faisant du feu avec des pierres après avoir déserté son appartement cossu devenu un vrai champ de mines. Il suffit qu’une tasse raffinée soit ébréchée pour que la sanction tombe ; d’autant plus lourde que l’objet est précieux. Les lutteurs immobiles du titre, ce sont les objets.

On suit un artiste doué pour magnifier sur ses toiles les objets les plus banals. Sa vie change le jour où il peint une pomme à côté d’un couteau. La pomme n’est pas un objet manufacturé mais un produit naturel donc subversif. Mais surtout, il approche une tribu d’opposants naturistes pour aider un ami…. Devenu un ennemi du système, le département recherche de la SPO l’utilise comme cobaye en expérimentant sur lui un dispositif encore plus répressif que les balises incorporées aux objets. Et là, l’imagination de l’auteur est sans limites :
« Devenir le frère siamois d’une tasse à thé vous tente-il ? Pas vraiment, surtout si la moindre fêlure de la porcelaine se décalque aussitôt sur votre propre squelette en une superbe fracture ouverte. »

Dans un village expérimental, notre artiste fait la connaissance d’autres cobayes dont une femme physiquement en symbiose avec une montagne de vêtements. Elle vit un enfer en luttant contre les plis, le repassage à mauvaise température, les moisissures, les mites et les rongeurs dont les effets se calquent sur son propre corps (arthrite, brûlures, mycoses, morsures). À quel objet est couplé notre héros ? Pourquoi des vandales (les pires ennemis de la SPO) s’attaquent-ils aux cobayes ? Là, Brussolo se surpasse et étonne vraiment le lecteur en explorant de nouvelles pistes…

Voilà encore une histoire insolite comme sait si bien les raconter l’auteur. Bien que ce ne soit pas son roman le mieux écrit, il fait partie comme tous les « Brussolo » du top de la défunte collection « Anticipation » aux éditions Fleuve noir.
 
Ma note : 9/10

Opération "Serrures carnivores"

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Opération "Serrures carnivores" de Serge Brussolo

Le casse du siècle

Ce roman très inventif a reçu le Grand Prix de la Science-fiction Française 1988. Dans ses livres de SF, Brussolo nous a souvent fait voyager dans des mondes aussi délirants qu’effrayants, des mondes pas si éloignés du notre que cela. Ici, la société paranoïaque qu’il décrit fait froid dans le dos. Comme tous les Brussolo de cette période, l’écriture est riche et très imagée. Dès les premières lignes, l’auteur se surpasse. On a l’impression qu’il veut battre un record : celui du plus grand nombre d’idées par page. En effet, elles fourmillent tout au long du récit jusqu'au mot FIN.

Ainsi, en quelques pages seulement on a droit :

- à des prêtres qui brandissent des bibles de fer pesant plus de vingt-cinq kilos (en dessous de seize kilos, un prêtre n’est pas respecté !). La pratique constante de la prière transforme ces prêcheurs en athlètes aux biceps hypertrophiés et les églises en salles de gymnastique…

- à des flics devenus de simples éclaireurs remplacés par les unités de justice autonome. Sorte d’hybride entre un char d’assaut et une pelleteuse, elles saisissent les délinquants et les déposent dans un caisson de justice, en réalité un four à chaleur variable suivant la faute (des cloques pour les délits mineurs à la crémation). Elles font office de police, tribunal et prison en réponse au désir sécuritaire de la population…

- à des super-criminels comme ce Armless, sans bras et le crâne rasé couvert d’une pellicule de cals, qui n’hésite pas à défoncer la vitrine d’une bijouterie à l'aide de sa tête pour attraper les bijoux avec sa bouche. Il charge les passants avec sa tête à la chair durcie par l’entrainement contre des sacs de sable. Et ce faisant, brise les os et colonnes vertébrales d’une dizaine de passants…

- au succès grandissant des scaphandres de protection urbaine qui permettent aux citoyens les plus peureux de vaquer sans peur dans le métro. De plus en plus à la mode (de nombreux modèles sont vantés dans les catalogues), ces carapaces à l’épreuve des balles et des explosions évitent à ceux qui les portent d’être à la merci d’une agression ou d’un attentat. Mais les néo-civilisés adeptes de la défense passive ne quittent quasiment plus leurs armures de plus en plus confortables et perfectionnées. Certains finissent par habiter dedans comme des tortues…

- à beaucoup d’autres merveilles scientifiques à double tranchant comme les crèmes « de sculpture anatomique » (un jour votre femme a une poitrine d’adolescente et le lendemain des mamelles hypertrophiées), les peintures anti-graffiti sur les wagons qui obligent les voyageurs à se vêtir de « blouses de transport » (au contact de ces parois auto-nettoyantes les enzymes incorporés au revêtement digèrent la couleur des habits !), les magazines protoplasmiques illustrés d’images constituées de bactéries colorées. Une fois ces BD vivantes (au goût sucré) arrivées à la date de péremption, il n’est pas rare de voir les enfants les dévorer…

Voilà pour le contexte, parlons un peu de l’histoire. On suit un flic viré, au bout du rouleau, qui est engagé par une compagnie d’assurance pour ausculter le système de sécurité d’une banque privée. Il décide de voler le magot et de quitter la ville pour rejoindre un des pays du tiers monde. En effet, ces pays encore préservés des effets pervers du modernisme font figure de paradis. Mais pour cela, l'ex-policier doit s'attaquer à des coffres-forts d’un nouveau genre. Des animaux de synthèse vivants (ressemblant à d’énormes crapauds), cannibales et bâtis comme de véritables machines de guerre. Pénétrer dans leur estomac relève du suicide...

Les derniers chapitres sont proprement hallucinants et dantesques.

C'est un bouquin tout simplement génial.
 
Ma note : 10/10

lundi 5 novembre 2012

L'ombre des gnomes

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L'ombre des gnomes de Serge Brussolo

Un Brussolo de la grande époque

Avec ses romans des années 80/90, Serge Brussolo nous a offert le meilleur de la collection « Anticipation ». Dans celui-ci, il abandonne les mondes futuristes cauchemardesques pour une histoire d'épouvante et de SF, non moins tortueuse, se déroulant en Amérique du Sud.

San Carmino, sa chaleur insupportable, sa jungle environnante, ses riches retraités dans la ville moderne, son bidonville peuplé de miséreux… et ses singes. Des singes de plus en plus envahissants, n’appartenant à aucune espèce connue, dépourvus de pelage, à la peau affreusement rose. Des singes qui déterrent les défunts du cimetière pour les manger et qui s’accouplent en public. Les meurtres récents sont-ils perpétrés par les étranges primates ? Quelle est l'origine de ces êtres ? La peur et la folie gagnent les habitants de la ville qui commencent à s’auto-dévorer…

Comme beaucoup de romans de l’auteur de cette période, c’est du tout bon. Que c’est bien écrit ! Le style métaphorique de Brussolo est des plus agréable.
Je me suis surpris à relire plusieurs fois un même passage rien que pour le plaisir. Les personnages à la dérive englués dans une atmosphère d'une moiteur étouffante et le suspense bien présent rendent ce livre absolument captivant. Le récit alterne entre les riches vieillards enfermés dans leurs appartements et les bandes de voyous du bidonville, deux mondes unis par la peur. Les descriptions précises du cheminement mental menant aux automutilations font froid dans le dos. Certains passages sont très gore comme celui où un petit chien se dévore une patte et s'arrache les testicules pendant que sa maîtresse déguste un thé avec des petits gâteaux. L'auteur crée une fois de plus un univers très personnel, sans influence extérieure. En cherchant la petite bête, la fin est peut-être trop énigmatique… quoique.
 
Ma note : 9/10

samedi 29 septembre 2012

Un ange s'est pendu

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Un ange s'est pendu de Roland C. Wagner

Jeu de go

« Un ange s’est pendu » est l’un des premiers romans de l’écrivain français Roland C. Wagner, malheureusement décédé récemment. Le sujet de ce roman est l’errance d’une bande de copains perdue dans des univers parallèles.

C’est au retour d’une soirée bien arrosée qu’un groupe d’amis est confronté à des événements étranges. L’un d’entre eux voit un ange pendu à un réverbère et ne retrouve pas son immeuble car le paysage a changé. Les autres sont accostés par Isaac, un vieux juif, qui cherche un chien jaune…

Les protagonistes errent à l’intérieur du « Faisceau », sorte d’arc-en-ciel circulaire, somme de tous les univers. L’histoire débute dans notre monde (le vert) puis glisse vers le bleu, l’indigo et le violet, des univers de plus en plus étranges et dangereux. Nos naufragés traversent ainsi un univers peuplé de voleurs de visages qui se déplacent en dragsters dans un monde désertique. Dans un autre univers, ils côtoient les Cybs, des humanoïdes constitués de chair et de métal, technologiquement très avancés. Et dans une autre couleur, ils échappent aux Livides, des êtres cannibales.

Si la théorie du « Faisceau » est passionnante, le résultat est légèrement décevant. Malgré tout son potentiel, « Un ange s’est pendu » reste un simple roman d’aventures, certes distrayant, mais pas assez approfondi. L’auteur se débrouille bien avec ses personnages, intéressants et très ancrés dans les années 80. Dans le premier chapitre du bar, il prend tout son temps pour nous les présenter. En revanche les descriptions des univers ne sont pas assez détaillées. Certaines situations et certains personnages sont assez déconcertants voire ridicules (Vlad le vampire d'opérette...).

Bref, c’est une œuvre mineure de Wagner mais un roman « Anticipation » largement supérieur à la qualité moyenne de la collection.

ATTENTION : ne pas lire ci-dessous si vous envisagez de lire ce livre.

Le « Faisceau » est en réalité un terrain de jeu cosmique dans lequel s’affrontent deux joueurs, Isaac et Vlad. Le jeu est arbitré par un chien jaune qui parle nommé Nathanaël.
 
Ma note : 7/10

Billevesées et Calembredaines

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Billevesées et Calembredaines de Christopher Stork

Tissu de sornettes

Comme souvent chez Stork, le personnage principal de ce livre est un écrivain de SF. Mais là, l’auteur va plus loin puisqu’il prénomme son héros de papier… Christopher Stork ! Celui-ci se préparait un café lorsque sa machine à écrire (surnommée Gertrude) a écrit toute seule sur une page blanche le titre « Billevesées et Calembredaines ». Notre héros entend alors deux voix dans ses oreilles. Dans la gauche, c’est Billevesées et dans la droite, Calembredaines. Il s’agit de deux extraterrestres venus de Zigh (?) défendre le sort des insectes de notre planète et révéler aux humains, les greuarks (??), les pouvoirs psy qui sommeillent en eux. Et voilà notre écrivain réduit à la taille d’un insecte, installé sur une touche de sa machine à écrire en pleine discussion philosophico-existentielle avec Billevesées et Calembredaines matérialisés en fourmis. Il entraîne sa jolie compagne (stripteaseuse) et son psy dans une aventure délirante et coquine (coït en apesanteur etc.). Les pages s'accumulent à côté de la machine à écrire. Tout ce qu'elles racontent se réalise... La visite d’une fourmilière en compagnie de nos héros, des terriens piqués par les fourmis afin d’établir un contact télépathique, une guerre apocalyptique entre insectes et humains..., c’est du Stork pur jus. On retrouve les thèmes récurrents chez l’auteur : la matérialisation des fantasmes, faites l’amour pas la guerre ainsi que ses digressions (parfois amusantes) : « Une seconde passe. C’est long, une seconde, quand on sait, d’après la 13ème Conférence générale des Poids et Mesures, 1967, qu’elle représente la durée de 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux hyperfins de l’état fondamental de l’atome de césium 133. Penser qu’il y en a, comme ça, 3600 par heure ! ».

Une fois de plus, je ne sais pas ce qu’ont consommé nos deux auteurs belges (Christopher Stork est un pseudonyme) en écrivant ce roman mais ça devait être puissant. Le grotesque côtoie le mauvais goût (des fourmis transformées en spéléologues pour un rapport sexuel inédit avec une humaine…). Seuls quelques passages réellement comiques sauvent ce livre du néant. Le titre résume tout.
 
Ma note : 3/10

jeudi 13 septembre 2012

Les petites femmes vertes

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Les petites femmes vertes de Christopher Stork

Tombées du ciel

Ici ce ne sont pas des petits hommes verts qui débarquent sur Terre dans leurs soucoupes volantes mais des petites femmes vertes (PFV). Elles n’ont aucune intention belliqueuse envers les terriens. Les PFV ont déclaré la guerre à une autre planète et, comme elles n'ont pas la moindre idée de ce que peut bien être une guerre, elles sont venues recruter des spécialistes sur la Terre, bien connue pour sa compétence millénaire dans ce domaine. Entourées d’un étrange halo vert, elles sont l’incarnation des fantasmes les plus intimes des êtres humains qu’elles croisent (grandes, petites, blondes, brunes, en mini-jupes ou tenues moulantes…). Un général du Pentagone, d’anciens soldats, un truand et un ancien correspondant de guerre devenu écrivain de SF sont les premières « victimes » de ces extra-terrestres très sexy. Le mode de recrutement réserve bien des surprises pour le plus grand plaisir des recrutés comme des recruteuses…

Christopher Stork, alias Stephan Jouravieff et José-andré Lacour, deux auteurs belges, nous livrent là un livre typiquement de leur cru : une histoire loufoque, sans suspense, grivoise et un peu vulgaire. Les termes de « salope », « gouine »… auraient pu être évités. Les dialogues sont souvent grotesques. L’imagination sans limite des auteurs fait parfois sombrer le récit dans le ridicule. Par exemple, les ennemis des PFV ressembleraient à des chevaux à trois pattes dotés d’une grosse tête cylindrique et d’un tout petit corps avec des yeux tout autour (??). Les quiproquos engendrés par la matérialisation des fantasmes (les doubles des stars) et le trafic de diamants (conséquence d’un des nombreux talents de nos PFV) sont abandonnés en cours de route. D'ailleurs, ces passages s'avèrent superflus. Vers la fin du roman les auteurs abordent dans un élan de générosité brouillonne : la diminution de la couche d’ozone (effet pervers des PFV), la reproduction entre terriens et PFV, l’infidélité (avec le temps même les fantasmes peuvent lasser) etc. Il n'y a pas grand-chose à sauver excepté ce brin de folie, de naïveté et d’humour (inégal) propre aux Stork.

Extraits :
« De vrais champions ! C’est curieux d’ailleurs. Pour tout le reste, vous êtes très en retard et même carrément sous-développés… Mais pour la guerre, vous pulvérisez tous les records ! Tiens ! Je vais te donner un chiffre que tu ne connaissais sans doute pas : en deux mille de vos années, votre planète n’a connu que cent quarante-deux jours de paix ! Ce n’est pas extraordinaire ? ».

« Je tiens à noter toutefois la présence assez déconcertante de Minnie, la compagne de Mickey Mouse. J’aurais voulu connaître l’homme dont Minnie était le fantasme… que dire de celui qui, dans le secret de son cœur, nourrissait une passion dévorante pour Bécassine ? ».
 
Ma note : 4/10

jeudi 30 août 2012

L'envers vaut l'endroit

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L'envers vaut l'endroit de Christopher Stork

Point d’armes, moins d’enfants

« L'envers vaut l'endroit » est l’un des nombreux romans de Christopher Stork, alias Stephan Jouravieff et José-André Lacour, deux auteurs belges, dans la collection « Anticipation » aux éditions Fleuve noir.

Les centaines de milliards de morts depuis l’apparition de l’Homme sur Terre n’en peuvent plus de l’augmentation alarmante de leur effectif. L’explosion démographique et les guerres de plus en plus meurtrières accélèrent le phénomène. C’est pourquoi les morts s’adressent aux vivants et demandent un désarmement mondial accompagné d'une baisse de la natalité.

Les intrusions dans les réseaux informatiques du Pentagone et de la CIA, la disparition d’un tiers de la pyramide de Chéops et la restauration du Sphinx, la destruction d’un complexe soviétique de fabrication d’armes chimiques, la panne totale en pleine mer d’un porte-avions US ne sont que quelques-uns des messages des morts destinés aux vivants. Mais le ton monte entre les deux blocs et le risque de guerre n’a jamais été aussi grand. Les actions désordonnées et non revendiquées des morts risquent ainsi de produire l’effet inverse de celui recherché. Les morts ont besoin d’un intermédiaire chez les vivants. Ce sera Antonio Alvarez, un haut responsable de l’O.N.U. qui semble le plus réceptif. Dans un premier temps, il communiquera avec les morts par l’intermédiaire de sa secrétaire (et maîtresse). Mais seulement lorsque cette dernière se trouve dans un état de jouissance physique (??).

Si l’idée de départ est saugrenue, le résultat est... quelconque. A cause sans doute d’une qualité d’écriture discutable. Les auteurs cèdent à la facilité lors des passages érotiques (la secrétaire sans culotte, les relations sexuelles avec les incubes et les succubes pour passer dans le monde des morts etc.). S’il est vrai que l’amour et la mort, Eros et Thanatos sont étroitement liés, plus de finesse aurait été bienvenue. Enfin, les nombreux clichés, aujourd’hui datés, sur la rivalité Est-Ouest limitent les quelques prétentions de ce livre. La fin est d’une naïveté confondante.
 
Ma note : 4/10

jeudi 16 août 2012

Les démons d'Abidjan

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Les démons d'Abidjan de Richard D. Nolane


Dernier Gore


« Les démons d’Abidjan » est le 118ème et dernier roman publié dans la collection Gore (et accessoirement ma dernière critique Gore sur CL).

A Abidjan, six masques africains sont envoyés à autant de destinataires. Le nom de chacun est gravé à l’intérieur désignant ainsi la future victime. Selon une légende, on se sert de ces antiquités comme d’une arme pour se venger de ses ennemis. Chaque masque est une porte d’entrée dans notre monde pour un génie maléfique. Ici, l’apparition au corps nu et translucide, pourvu de dents et de griffes n’a rien du génie de « la lampe d’Aladin ».

L’histoire démarre à toute allure avec dès le prologue de l’humour et du gore : « …son agresseur se servit du crépi comme d’une râpe, pour y user son visage réduit en bouillie. Le nez et les lèvres du boy partirent en lambeaux les premiers et deux incisives s’accrochèrent aux aspérités du mur avant de casser net. Puis ce fut au tour du muscle frontal et de ceux des joues de disparaître sous forme de magma rougeâtre. Lorsque le mouvement cessa, la figure de Sébastien M’Koto ressemblait à une pizza aux fruits de mer dont la garniture glaireuse aurait laissé transparaître par endroits le blanc d’une pâte mal cuite. Le blanc blafard des os et des dents mis à nu. »

L’ex-petit ami de l'une des victimes (éviscérée par l’anus !) mène l’enquête.

L’histoire manque de finesse et l’écriture trop épurée n’arrange rien. Par contre, les personnages sont sympathiques. Le principal intérêt de ce livre réside dans la découverte du mobile et de l’identité du commanditaire qui se cache derrière les envois mortels.

Voilà donc un petit roman Gore d'un niveau tout juste satisfaisant.

Pour la petite histoire, Richard D. Nolane (pseudonyme d’Olivier Raynaud) dédie ce livre à S.K. Sheldon alias Elisabeth Campos sa compagne et également auteur du roman Gore « Musée des horreurs ».

Ma note : 6/10


samedi 11 août 2012

Le démon des âges troubles

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Le démon des âges troubles de Ivor Watkins

VF pas fameuse

« Le Démon des âges troubles » (« Demon » - 1983) est le seul roman signé Ivor Watkins dans la collection Gore.

Des trombes d’eau s’abattent sur le Pays de Galles. Les mouvements de terrain dégagent un puits et réveillent un démon ancestral. L’ingénieur de l’Office Central de l’Electricité, John Casson défie les éléments pour rejoindre la centrale électrique dont il doit assurer la relève. Bientôt, John se retrouve seul au monde. Toutes les routes de la région sont inondées et donc devenues impraticables. La prison des environs est dévastée par les inondations. De dangereux assassins se sont évadés et probablement éparpillés dans les montagnes…

Parallèlement, un certain Dewi a le pouvoir de commander les éléments naturels. Après avoir éliminé le pasteur du village en l’écrasant sous un bloc de pierre pendant une tempête, Dewi prend sa place. Il veut faire renaître les anciennes croyances celtiques et leurs sacrifices. A l’aide de son pouvoir mystérieux, il tue tous ses ennemis (le responsable de la mine d’ardoise et le patron du bar de strip-tease du coin, un agent de police…). Bien sûr, officiellement, tous sont morts accidentellement…

Dewi, le fanatique, affronte John, l’ingénieur, au sein de l’immense centrale électrique déserte.

Voilà encore un roman d’épouvante anglais de facture très classique, avare en scènes gore. Je suis assez friand de ces récits à l’atmosphère mystérieuse et angoissante. Dans le cas présent, l’histoire baigne (si j’ose dire) dans la pluie, la boue et le vent. Le décor propice à l’horreur est donc planté…

Il est regrettable que l’histoire parte dans tous les sens. Certaines pistes semblent inachevées et des passages incomplets. Je pense que ce livre a été victime de coupes drastiques lors de sa traduction afin de respecter le format (très) court de la collection Gore.

Ce roman perd donc une grande partie de son intérêt en version française.

Ma note : 6/10

mercredi 8 août 2012

La marée purulente

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La marée purulente de Daniel Walther


Corrosif

« La marée purulente » est l’unique roman de l’auteur français Daniel Walther (bien connu des amateurs de SF) dans la collection Gore. A l’époque, il s’essayait au genre tout comme Georges-Jean Arnaud, Jean-Pierre Andrevon, Pierre Pelot et quelques autres.

Waloo-Waloo est une île perdue du Pacifique sur laquelle vivent des lépreux et deux blancs en mission humanitaire, le docteur Warren Paulson et la belle Marietta, son infirmière. Suite à une dispute avec le médecin et par provocation, cette dernière s’exhibe nue devant les lépreux. L’étrange comportement de Marietta coïncide avec de curieuses turpitudes atmosphériques. En effet, les communications entre les différentes îles de l’archipel mélanésien sont devenues pratiquement impossibles. Une vedette de l’armée accoste sur l’île pour évacuer Warren et Marietta. Le médecin refuse car il ne veut pas abandonner son personnel canaque et ses malades. Quelle est la nature de la menace ? L’un des lépreux parle à une ancienne idole, l’Esprit des Eaux. C’est alors que l’entité, à l’odeur de sel, d’iode et de varech, viole et féconde Marietta. Un flot d’atrocités déferle d’abord sur Waloo-Waloo puis sur la ville. Une lèpre d’un genre nouveau désagrège les corps, châtre les organes génitaux, rend les malades fous furieux…

Daniel Walther, livre là un récit au climat malsain et obsessionnel, intelligent dans sa construction pour un roman de ce genre. C’est peut-être son unique et tout relatif défaut. Par moments, j’ai trouvé l’écriture un peu trop sophistiquée avec ses nombreuses métaphores, ses phrases parfois compliquées, très longues qui alourdissent le récit : « Quant au ciel, il ressemblait à un formidable camaïeu entrecoupé de concrétions déliquescentes, figées dans un écoulement d’indigo frangé de bavures sanglantes, partiellement recouvertes des longs glissements des chabraques dorées dont reluisait le soleil enfoui dans une muqueuse d’encre violette. » Curieusement, cela n’empêche pas l’auteur d’utiliser un vocabulaire très cru dans ses passages gore (à la limite de l’insoutenable) et sexuels (avec une fixation ici pour les sécrétions vaginales).

Voilà donc un roman qui allie efficacement qualité littéraire, gore et sexe. Bien évidemment, il est absolument déconseillé aux âmes sensibles.

Ma note : 8/10

mardi 31 juillet 2012

Rites d'infamie

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Rites d'infamie de George Mc Kenna



Dépaysant et sensuel


Pas gore pour un sou (sauf une scène à la fin et encore…) ni vraiment fantastique, « Rites d’infamie » (« Rites » - 1981) est un roman inhabituel dans la collection Gore. Toutefois, il se rattrape avec le sexe. Son atmosphère érotico-exotique est envoûtante et les scènes pornographiques (pas si nombreuses) évitent la vulgarité. Il faut dire que sur la forme, le livre est loin d’être mauvais avec son écriture assez raffinée.

Comme dans plusieurs autres romans Gore, il est question de rites vaudous et de divinités païennes sur l’île d’Haïti. Cependant, dans le cas présent, les descriptions minutieuses des us et coutumes du pays maintiennent l’intérêt et parfois même choquent le lecteur (la place des femmes haïtiennes, la vie des bossals du Massif et leur rapport à la mort).

Ben, un jeune homme désireux de fuir le monde « civilisé » débarque sur l’île d’Haïti. Un vieil ami de Port-au-Prince lui a légué un comptoir de commerce sur l’île. Ben prend possession de ses biens en compagnie de deux (très) jeunes filles qui lui sont entièrement dévouées (« ses placées »). Bien malgré lui, il devient polygame. Le jeune homme est confronté au riche et dangereux Chenier qui outre ses nombreux gardes du corps vénère la divinité Ogun Badagris, le dieu de la guerre. Chenier est le propriétaire de tous les comptoirs de l’île avec lesquels il ruine les autochtones. Pour asseoir son monopole, il veut acheter le comptoir de Ben contre une somme exorbitante avec en prime sa plus belle « placée ». Mais le jeune homme refuse l'offre...

Hélas, si la volupté et l’érotisme transpirent à chaque page, l’histoire manque un peu de consistance. De plus, les cérémonies païennes qui parsèment le récit sont légèrement redondantes.

A noter que les dernières pages révèlent une traîtrise vraiment inattendue.

Globalement, c’est un roman Gore très particulier qui m’a plutôt conquis.

Ma note : 7/10

samedi 28 juillet 2012

Supplices vaudous

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Supplices vaudous de W.A. Ballinger

Cousu de fil blanc

« Supplices vaudous » (« Drums of the dark gods » - 1966) est l’unique roman de l’écrivain écossais W. A. Ballinger publié dans la collection Gore. Avec cette parution datant de 1987, le directeur de la collection, Daniel Riche, souhaitait faire connaître au public français cet auteur très prolifique dans les pays anglo-saxons. Ce livre fait partie d’une série fantastico-policière dont le héros récurrent est le détective spécialisé dans les phénomènes paranormaux, Richard Quintain.

Dans cette aventure, Richard et Julie sa belle associée dotée de pouvoirs parapsychiques (et vierge, cela a son importance…) vont tenter de démanteler le réseau d’une drogue très dangereuse produite en Haïti. Sur place, Julie est émerveillée par les paysages de carte postale (la mer, les plages et le soleil). Richard, lui, est plus soucieux. Car Haïti est un pays où les sorciers ont le droit de vie ou de mort sur les êtres humains, un pays qui vit dans la peur et dans la magie, un pays où survivent les plus sombres superstitions : le pays des rites vaudous. Et effectivement, les sacrifices destinés au baron Samedi - durant lesquels les victimes assistent vivantes au découpage de leur corps - et autres zombies, sont bien présents. Plus terre-à-terre, Richard est également confronté aux « tontons macoutes », les assassins personnels du président.

On a droit à un petit cours sur l’évolution de la population haïtienne et la naissance du Vaudou. Du massacre des indiens Caraïbes par les successeurs de Christophe Colomb aux français qui ont introduit les Réformistes Vaudois sur l’île. Ces derniers, des chrétiens, au contact des esclaves païens donnèrent naissance au… Vaudou.

Globalement, le récit n’est pas transcendant. Dès l’arrivée du détective et sa compagne en Haïti, les péripéties s’enchaînent rapidement mais sont trop prévisibles et naïves. Naturellement, il y a un fou qui veut dominer le monde derrière tout ça. Les personnages ne sont pas assez approfondis et pas suffisamment attachants. Même le héros ne nous manque pas une fois l’aventure terminée.

Selon moi, c’est un roman Gore de qualité moyenne.

Ma note : 6/10

Néophyte

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Néophyte de Guy N. Smith

Sale coin pour y vivre, et encore plus pour y mourir

« Néophyte » (« The neophyte » - 1986) est le troisième et dernier roman de l’écrivain anglais Guy N. Smith publié dans la collection Gore.

Arthur Tarrat vit sous la domination d’Hildat sa femme, une véritable sorcière, crainte et haïe dans tout le village d’Hope. Le couple s’adonne à la magie noire dans le grenier de leur domicile. Lorsqu’Hildat découvre l’infidélité de son mari, elle lui jette un sort. Peu après, Arthur est tué sur son lieu de travail par un taureau dans la ferme des Morris. Il a une ultime pensée pour son jeune fils, Joby, qui désormais sera sous l’emprise totale de sa mère. Mais Hildat se sacrifie dans le bois des Anciens où les personnes accusées de sorcellerie au moyen-âge étaient exécutées. Elle offre ainsi sa vie aux forces occultes contre la protection de son fils. Hope est maudit depuis qu’Arthur Tarrat a trompé sa femme dans la forêt druidique. Les amants ont réveillé la colère des Anciens…

Joby grandit sous les quolibets des enfants du village « Ta mère a tué ton père en ensorcelant le taureau, et Dieu la punie en la frappant de sa foudre. Et à toi, que va-t-il t’arriver ? Fils de sorcière… ». Il voudrait quitter le village et ses habitants, fuir ses terreurs nocturnes (les bruits dans le grenier et l’odeur de mort provenant du placard). Mais pour aller où ? L’adolescent découvre (avec le lecteur) l’identité de la maîtresse de son père ainsi que l’existence d’une demi-sœur, la troublante Sally Ann. Une relation ambiguë s’installe entre eux. Sally Ann semble posséder des pouvoirs terrifiants. Mais, elle a besoin de Joby pour ses desseins. Des morts violentes, à priori accidentelles et naturelles, frappent le village (en premier lieu la ferme des Morris avec la maladie d’Amy Morris, et pour cause…).

C’est un livre qui se situe dans la lignée des précédentes parutions de l’auteur. Il s’agit là encore d’une histoire de sorcellerie. Mais les personnages ont de l’épaisseur et leur situation suscite l’émotion chez le lecteur. L’écriture est de bonne qualité (pour ce genre de littérature), surtout comparée à certains romans Gore français trop succincts. D’ailleurs, les lignes serrées sont le signe que le récit est à l’étroit dans le format réduit de la collection Gore. Les peurs de Joby enfant, sa solitude, ses premiers émois d’adolescent avec cette étrange fille aux yeux verts (plus proche de lui qu’il ne le croit), leurs relations dominé/dominant, haine/amour (incestueux) sont autant de passages passionnants.

Voilà donc un très bon roman fantastique au climat malsain, émaillé de scènes bien gore (collection oblige), avec des personnages marquants. C’est mon livre préféré de l'auteur.

Ma note : 8/10

vendredi 20 juillet 2012

Paradis sur mesure


couverture


Paradis sur mesure de Bernard Werber

SF de grande consommation

J'ai vraiment beaucoup de mal avec les livres de WERBER. Je n'ai jamais pu finir "Le jour des fourmis". L'absence de style, la pauvreté du vocabulaire, des personnages stéréotypés, une naïveté déconcertante ont eu raison de moi. Pourtant, j'ai récidivé en lisant ce recueil de nouvelles. Elles sont pour la plupart mal écrites et inintéressantes (12/17). La pire étant à mon avis "Paradis sur mesure" : totalement ridicule. Quelques-unes m'ont intéressé par leur originalité ("Là où naissent les blagues"). Mais, il manque souvent la poésie nécessaire pour faire passer la pilule (les mouches/caméras envoyées dans le passé pour filmer les humains avant le cataclysme dans "Le maître du cinéma", les catapultes qui envoient les banlieusards travailler à la capitale, moyen de transport des plus écologique dans "Et l'on pendra tous les pollueurs", etc.).
L'auteur résume plus ses récits qu'il ne les fait vivre (les fins du monde décrites en quatre lignes). Et toujours son vocabulaire basique : "le plaisir de faire vroum vroum sera toujours supérieur au désir de sauver nos enfants" et les citations archi-connues : "les banques ne prêtent qu'aux riches".
Certains sujets sont redondants comme les nouvelles avec les fourmis et "Demain les femmes" (voir la BD "Les enfants d'Eve tome 1 Genèse" dont WERBER est scénariste).

Bref, l'ensemble n'est pas terrible.

Ma note : 3/10

Sabat n°1

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Sabat n°1 de Guy N. Smith


Bondieuseries


« Sabat n°1 - Le cimetière des vautours » (« The graveyard vultures » - 1982) est le deuxième roman de l’écrivain anglais Guy N. Smith publié dans la collection Gore.

Mark Sabat est un ancien prêtre exorciste en guerre contre les forces du Mal. Il combat toutes sortes de démons (le Baron Cimeterre, Erzulie la Vénus Noire…). Son ennemi le plus redoutable, l’Antéchrist, a pris possession de son frère Quentin, corps et âme. Une longue traque autour du monde s'achève par la mort de ce dernier. Malheureusement, la victoire de Mark n’est pas totale car désormais le Malin a pris possession d’une partie de lui-même.

Au début du livre, l’Archevêque fait appel à Mark concernant des cérémonies obscènes organisées dans une église et son cimetière. Dernièrement, une jeune femme présumée vierge a été déterrée puis violée par un animal (un bouc d’après la police). Notre exorciste mène l’enquête auprès des villageois. Ses armes : une étoile à cinq branches, un crucifix, de l’ail, un revolver (on ne sait jamais) et surtout le pouvoir de voyager dans le temps et l’espace avec son corps astral.

Le récit mélange pêle-mêle magie noire, nécromancie, messes noires, sacrifices et nécrophilie, rites vaudous, christianisme et j’en passe. A noter qu’ici les scènes sexuelles (notamment la masturbation) sont systématiquement associées au Mal. Cette énième histoire de lutte entre le Bien (les dieux Rada) et le Mal (les dieux Petro) peut paraître confuse et ennuyeuse. Le style d’écriture ampoulé peut aussi rebuter. Malgré tout et sans trop savoir pourquoi, je n’ai pas trouvé ce roman Gore mauvais.

Pour information, il n’y a jamais eu de « Sabat n°2 ».

Ma note : 5/10

mardi 17 juillet 2012

Le spectre insatiable

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Le spectre insatiable de Guy N. Smith

Solide mais sans surprise

« Le spectre insatiable » (« The undead » - 1983) est le premier roman de l’auteur anglais Guy N. Smith publié dans la collection Gore. L'histoire est très classique. Ici, l’atmosphère l'emporte sur les débordements sanglants. La collection Gore possède quelques pépites dans le genre.

En l’an 1775, Bémorra, le simplet du village est pendu sur la place de Gabor. Il est accusé d'avoir noyé dans une mare réputée maléfique, la petite Isabelle Mainwaring. Deux siècles plus tard, un couple et leur fille sourde, Amanda, viennent habiter la région. Ils s’installent dans la maison des Mainwaring. Au village, la légende de Bémorra est encore dans les mémoires. D’autant que la mare maudite existe toujours. L’histoire se répète. Béguildy, un vagabond, rôde dans les bois et tourne autour d’Amanda. Sur fond de tensions entre villageois et gitans, les disparitions se multiplient. Evidemment, les destins d’Isabelle et d'Amanda, de Bémorra et de Béguildy sont liés.

C’est un roman agréable à lire avec son climat angoissant et ses personnages aux multiples facettes. Cependant, les nombreux poncifs du genre (un lieu hanté, des apparitions, une vengeance à travers le temps…) en diminuent quelque peu l’intérêt.

Ma note : 6/10

lundi 16 juillet 2012

Kali-Yuga, le relief de la mort

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Kali-Yuga, le relief de la mort de Reg Sardanti



Sans queue ni tête


« Kali-Yuga, le relief de la mort » est le deuxième et dernier roman signé Reg Sardanti dans la collection Gore. Après le Shintoïsme dans « Cadavres laqués, sévices gratuits », l’Hindouisme est ici prétexte à des scènes aussi sanglantes qu’invraisemblables.

Franck O’Shannon est un réalisateur de films d’horreur, détesté des critiques et adulé dans le milieu underground par quelques fans. A l’issue de la projection de son dernier film à Londres, une jeune indienne, attachée de Production, l’invite à travailler sur une superproduction à Calcutta. Bien sûr, notre réalisateur accepte d’autant que la belle, peu farouche, lui fait revisiter le premier chapitre du Kâmasûtra…

En Inde, Franck n’est pas au bout de ses surprises. Le synopsis du film raconte l’histoire de Mahakali la Destructrice qui revient parmi les vivants. Elle envoie des hordes de morts-vivants à travers le monde pour le nettoyer de tous ses vices (Kali-Yuga) afin que la sagesse renaisse (Satya-Yuga). La distribution du film est bizarre. Au côté des vedettes locales figurent les noms de Bela Lugosi, Boris Karloff, Lon Chaney (Senior et Junior) etc. Etrange aussi ce richissime et excentrique producteur, un certain Shankar D. Stroy (?), qui se présente comme un collectionneur amoureux de cinéma fantastique. Autour du temple, sur le lieu du tournage en pleine jungle, les cadavres et les effets spéciaux semblent trop réels. En fait, le producteur, le scénariste et le régisseur (entre autres) sont des divinités indiennes ! Ainsi, Shankar D. Stroy est… Shiva, l’un des piliers de la mythologie hindoue. Dès lors que peuvent faire Franck et Satiajit (l’acteur principal du film), seuls mortels dans l’aventure ?

Au début du livre, l’histoire du vrai/faux tournage tient à peu près la route. Mais la suite est risible. Par exemple lorsque notre réalisateur papote avec le dieu Shiva. Il en est de même concernant le rôle réservé au film pour détruire notre monde. Mais le summum de l’idiotie est atteint dans les derniers chapitres avec l’apparition des grands comiques du cinéma (Laurel et Hardy, Buster Keaton, les Marx Brothers etc.) qui dament le pion aux armées de l’enfer à coups de tartes à la crème. Le style d’écriture assez pauvre n’arrange pas les choses. Par contre, la chute dans l’épilogue est plutôt réussie.

En conclusion, voilà un roman Gore à oublier bien vite.

Ma note : 3/10

jeudi 5 juillet 2012

Cadavres laqués, sévices gratuits

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Cadavres laqués, sévices gratuits de Reg Sardanti


Magie, Kung-fu et chinoiseries


Dans « Cadavres laqués, sévices gratuits » (voilà un titre qui annonce la couleur) une vieille chinoise veut s’emparer du pouvoir en faisant appel aux crimes rituels et à la magie noire. L’inspecteur Kaddhour a du pain sur la planche avec ses indics découpés en morceaux sur fond de trafic de drogue. Une piste le mène au « Dragon de Corail » un restaurant chinois de Paris très côté. Il tombe dans les griffes de la méchante sorcière qui pratique les rites de transformation issus du Shinto. Ses trois fils peuvent ainsi se transformer en cochon, crocodile et rat, chaque animal correspondant à leur signe astral (année du serpent pour le crocodile).

Ce roman est truffé d’invraisemblances. Que penser de l’attaque d'un commissariat et du vol de documents par… un cochon ? Ridicule. L’auteur inflige également au lecteur des scènes obscènes. Par exemple, une femme est violée par le cochon cité plus haut pendant que le crocodile lui lèche le corps. En plein coït, la sorcière émet un long pet immonde sur notre pauvre inspecteur. Écœurant. Sur la forme, Reg Sardanti a opté pour un style branché, sûrement afin de masquer la pauvreté de l’écriture.

C’est dommage car l’attrait irrésistible que procure le « Dragon de Corail » sur ses clients réserve des passages cruellement ironiques lorsque l’on connaît la nature des mets servis. Comme ce policier qui déguste les testicules d’un collègue sans le savoir...

Le récit, souvent poussif et décousu, s’anime dans un dernier chapitre pour le moins explosif. Les explications finales basées sur des croyances asiatiques farfelues et des thèmes fantastiques plus classiques sont originales. A noter que l’épilogue aurait pu être le début d’un nouveau livre à lui tout seul.

Mais cela ne sauve pas ce roman Gore de la médiocrité.

Ma note : 4/10

Les portes de l'effroi

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Les portes de l'effroi de Lewis Mallory



Manichéen


« Les portes de l’effroi » (« Gate of Fear » - 1981) est le troisième et dernier roman de l’auteur anglais Lewis Mallory publié dans la collection Gore.

Tout commence par l’agression dont est victime Martin Sorrel dans une rue de New-York alors qu’il rejoignait son hôtel tard le soir. Cet évènement semble avoir réveillé quelque chose de très sombre. Dès lors, les morts violentes s’accumulent autour de Martin (deux policiers, son patron etc.). A chaque fois, une spirale de vapeur ou une épaisse fumée noire s’élève dans le ciel… Fraîchement arrivé de New-York, Martin apprend du gardien de son immeuble qu’il est déjà venu à son domicile une heure plus tôt (!). Effectivement, quelqu'un est entré dans son appartement… Martin est-il atteint de schizophrénie, d’un dédoublement de la personnalité ?

Plus loin dans le récit, le lecteur se retrouve en septembre 1934. Hans Klemperer, un nazi homosexuel et travesti, se réveille dans le lit d’un général des SA après une nuit d'amour. Surpris par les SS en présence d’Hitler et Goebbels (rien de moins), le compagnon d’Hans, considéré comme un traitre dégénéré et pervers par le Reich, est tué. Hans réussit à s’enfuir. Mais il est abattu et tombe dans l’eau d’un lac. En s’enfonçant dans les profondeurs, un long ruban noir s’enroule autour de son corps…

« Il existe une théorie très manichéiste, selon laquelle chaque corps possède deux âmes, une bonne et une mauvaise. L’homme vit avec la bonne, mais sous l’effet d’une peur intense une porte s’ouvre et libère l’âme dévouée au Malin. Elle revient alors sur terre. Le diable lui a promis la vie à condition qu’elle lui donne l’autre en échange. »

Notre héros est confronté à Hans, son double maléfique assoiffé de sang, complice des pires tortures envers les opposants au Nazisme. A noter que l'auteur en profite pour prêter aux officiers de l'Allemagne hitlérienne des penchants homosexuels, ce qui est assez inédit.

Les conflits intérieurs, l’opposition entre le Bien et le Mal qui assaillent Martin, confèrent une dimension psychologique encore jamais atteinte chez l’auteur (du moins dans ses deux précédents romans Gore). Ce livre, plus complexe et sophistiqué que les publications habituelles de la collection Gore, ne plaira pas à tous. Personnellement, j’ai beaucoup aimé.

Ma note : 7/10

mardi 26 juin 2012

Cauchemar qui tue

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Cauchemar qui tue de Lewis Mallory

Un malin plaisir à faire le mal

« Cauchemar qui tue » (« Nightmare » - 1984) est le deuxième roman de l’écrivain anglais Lewis Mallory publié dans la collection Gore. Tout comme son précédent « Fleurs d’épouvante », ce présent livre est assez classique. Il est aussi beaucoup plus sage que la plupart des autres romans de la collection (ici pas de sexe).

Gidéon est un enfant solitaire et taciturne. A sa naissance, Theresa, sa sœur alors âgée de huit ans, a cessé subitement de faire des cauchemars toutes les nuits. A douze ans, Gidéon passe ses journées dans sa chambre ou à la cave. Il met tout le monde mal à l’aise (y compris ses parents et sa sœur). Il a été renvoyé de son école après avoir tué, sans que l’on sache comment, tous les animaux de la salle de biologie, pièce pourtant fermée à clef. Le jour de son douzième anniversaire, les poissons du bassin extérieur (animaux préférés de la femme de ménage) sont retrouvés flottant le ventre à l’air. Gidéon défie ses proches en reconnaissant avoir causé leur mort. Ignorant la mise en garde du jeune garçon, son père excédé le gifle. Par sa seule force mentale, Gidéon provoque l'incendie de sa maison, dans lequel périssent ses parents. Au fil du récit, il se débarrasse ainsi de toutes les personnes qui lui ont causé du tort. Pour cela, l'enfant se sert des phobies de ses victimes comme une arme (araignées, chiens, oiseaux, rats, feu, eau etc.). Jusqu'au jour où il se trouve confronté à sa sœur...

« Chacun a son cauchemar, sa peur secrète soigneusement enfouie. Chez certains, elle est si profondément cachée qu’ils n’en sont même pas conscients. »

Voilà un récit fantastique d’un bon niveau, avec des personnages intéressants et du suspense. Les « hallucinations » sont très convaincantes et la fin du livre habile. Ce roman Gore aurait très bien pu être publié dans une collection plus large public (au côté d’un Graham Masterton par exemple).

Ma note : 7/10

vendredi 15 juin 2012

Fleurs d'épouvante

couverture


Fleurs d'épouvante de Lewis Mallory

Dites-le avec des fleurs

« Fleurs d’épouvante » (« The Nursery » - 1981) est le premier roman de l’anglais Lewis Mallory publié dans la collection Gore. Comme souvent chez lui, cette histoire d’orchidées se nourrissant de chair humaine relève de l’épouvante traditionnelle. Le sujet n’est pas sans rappeler « La petite boutique des horreurs ».

Un professeur, inventeur de fleurs monstrueuses, est tué par ses créatures. Son domaine, « Kelsted Hall », est légué à un cousin. L’héritier s’installe donc avec sa famille dans la propriété, transformée en un orphelinat… sans enfants. On suit également, Belinda, une jeune femme embauchée dans ledit orphelinat. Tout ce petit monde va être confronté à l’effrayant directeur de l’établissement (l’ancien assistant du professeur) et son personnel (une légion de nurses et de jardiniers muets). Et si les vrais propriétaires des lieux étaient d’origine végétale ?

En réalité, le laboratoire du professeur est devenu une horrible pouponnière : « Les corps des bébés étaient encerclés de fines racines de fleurs… Les bébés étaient donc dévorés vivants. Le lent processus de croissance des plantes les assimilait comme aliments. »

Plutôt bien écrit (et traduit), ce roman au climat angoissant m’a plu. Si le rythme est assez lent durant la majeure partie du récit, l’atmosphère inquiétante procure quelques frissons. Les scènes sanglantes et sexuelles, bien que peu nombreuses, sont impressionnantes. La lente altération de la santé mentale de la fille aînée et sa fin tragique, la mort du petit frère (d’une violence inouïe pour un enfant) ainsi que celle des parents sont des moments forts du livre. La fin est très ouverte...

Ma note : 7/10

samedi 2 juin 2012

Morte chair

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Morte chair de Gilles Santini



Une histoire saugrenue

« Morte chair » est le premier roman signé Gilles Santini publié dans la collection Gore. Les quelques pages du prologue, sur le thème archiconnu des zombies, font froid dans le dos. Par contre, la suite mélange enquête policière et horreur avec plus ou moins de bonheur.

Sherman, un détective privé, s’inquiète de la disparition de sa dernière conquête, une charmante journaliste. La belle était sur un scoop à peine croyable : l’apparition de zombies près d’un cimetière à la frontière franco-suisse. Depuis, plus de nouvelles...

L’enquête de Sherman est assez banale et bourrée de clichés. A noter que notre héros ne porte pas chance aux femmes, journalistes ou policière, très sexy et peu farouches, qui finissent toutes par mourir…

En revanche, les passages avec les morts-vivants sont efficaces (dans les habitations abandonnées du plateau de Glasswiller et dans le cimetière proche).

Malheureusement, l’histoire n’évite pas le ridicule avec ses excès dignes des pires séries Z. Le méchant Freudenstein (?), à la fois chirurgien et chercheur, trafiquant et assassin, est à la tête d'un trafic d'organes particulièrement lucratif entre la France et la Suisse. Cette activité lui permet de financer ses recherches. Ainsi, il peut réanimer des cadavres déterrés à l'aide d'un sang synthétique de son invention...

En étant indulgent, disons que j’ai trouvé ce roman Gore moyen.

Ma note : 5/10

mercredi 2 mai 2012

Eventrations

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Eventrations de Gilles Santini


Roumanie, Ceausescu et autres vampires

« Éventrations » est le deuxième et dernier roman signé Gilles Santini publié dans la collection Gore. Ce livre a pour contexte la révolution roumaine et l‘exécution du couple Ceausescu en décembre 1989.

Six mois après les évènements de cette fin d’année 89, deux jeunes roumains recherchent les prétendues richesses de Ceausescu dans les souterrains abandonnés par la Securitate. Involontairement, ils libèrent le vampire Mordechaï Von Kradula. C’est le début d’une courte cavale extrêmement sanglante. Notre vampire est arrêté (ivre de sang) par des membres de la Securitate lancés à sa poursuite. En fait, selon les plans du Conducător édictés avant sa mort, le comte Mordechaï Von Kradula doit devenir le Chef de l’Armée de Libération des Vampires (?).

On suit alors les tribulations d’un détective privé (personnage déjà présent dans « Morte chair » du même auteur) coincé entre l’armée régulière, la Securitate et une armée hétéroclite de cinq cents vampires (armée composée notamment de Jack l‘éventreur, Goebbels, Landru, Frankenstein, docteur Guillotin, Erik Satie (?), Nosferatu, le Boucher de Hambourg, l’Étrangleur de Chicago et… de Ceausescu lui-même). Heureusement, notre détective dispose d'un atout décisif auprès des femmes vampires ou roumaines : il est français…

Le récit est une parodie des histoires de vampires. Ainsi, on peut lire : « le sang roumain semblait avoir gagné en qualité. Il était devenu nerveux en jambe, rond en bouche, plus franc en robe avec un léger pétillant qui lui donnait de la robustesse. 90 sera un bon cru, songea-t-il… ». Certaines réflexions m’ont fait sourire : « Les Roumains sont au confluent de deux civilisations. Ils ont hérité de la paresse des Latins et de l’inefficacité des Slaves. Bien sûr, ils sont bourrés de qualités. Mais, comme tout le monde, ils gardent le meilleur pour la fin. »

Tout est prétexte à la rigolade malgré de nombreux passages gore. Dommage que le manque de sérieux désamorce toute tension dont le lecteur est en droit d’attendre de ce genre de livre.

Ma note : 7/10



Le manoir des tortures

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Le manoir des tortures de R. L. Fanthorpe



Mystère et boule de gomme

« Le manoir des tortures » (« The Unconfined » - 1966) est le seul roman de l’écrivain anglais Robert Lionel Fanthorpe publié dans la collection Gore. Cet auteur, très prolifique dans son pays, a publié sous de nombreux pseudonymes.

Je préviens tout de suite que ce roman, très peu sanglant, n’est absolument pas représentatif de la collection Gore.

Une jeune femme, Marion Sanderson, est en vacances au « Château Ténébreuse », une sinistre demeure nichée entre les sommets déchiquetés des Alpes Suisse. Seul un téléphérique permet d’accéder au lieu. Marion y rencontre Paul Janvier un poète et dramaturge venu interviewer une célébrité qui s’est désistée… La demeure est occupée par une certaine Olga Voyageur, la très désagréable maitresse de maison, aux mains disproportionnées dont la principale activité est de tricoter (?). Il y a aussi Pierre Sombre, un vieil homme aux grands ongles crochus qui joue de la harpe. Au fil du récit, Marion et Paul vont faire la connaissance d’autres personnes toutes plus bizarres les unes que les autres.

Dès son arrivée, Marion se sent oppressée. Il faut dire qu’avec ses ours et son loup taxidermisés, plus vrais que nature, la salle de réception impressionne. Et que dire de la chambre de Marion avec ses petits montagnards sculptés des plus inquiétants, la bibliothèque avec ses livres maudits et son jeu d’échecs dont les pièces se déplacent toutes seules. Cette dernière dissimule un passage secret qui mène à un véritable labyrinthe où se trouve une chambre des tortures avec ses instruments rouillés et une salle pleine de sarcophages. Et que dire de cette odeur de décomposition qui semble provenir d’une Chose répugnante rôdant dans le labyrinthe…

Marion se découvre un point commun avec Paul et émet une première hypothèse sur la raison de leur présence au « Château Ténébreuse ».

Voilà le début de ce livre étonnamment riche au vu de son faible nombre de pages. Il ne paraît pas avoir beaucoup souffert de la traduction.

L’auteur pratique l’autodérision : « quelles sont les circonstances qui vous ont amenée en ces lieux ? On ne vante pas ce château dans les dépliants touristiques, que je sache !... Est-ce une supercherie ? Réfléchissez : où, si ce n’est dans un mauvais roman fantastique, trouveriez-vous un tel rassemblement de personnages ? Un bossu chauve, un barbu jouant sur une harpe une musique ensorcelante, une Mme Olga Voyageur ?... Et écoutez-moi ces noms Voyageur, Sombre ! A quoi peut bien rimer tout ce cirque ? ». Ou encore : « Appelez-moi monsieur Trois - Encore un nom à coucher dehors ! s’exclama Paul… ».

Les premiers chapitres tiennent le lecteur en haleine grâce aux nombreuses interrogations qu’ils soulèvent. L’accumulation de lieux et de personnages intrigants éveille forcément la curiosité du lecteur. Les réparties de Paul Janvier et ses réflexions philosophiques sur la religion, le Mal et les croyances sont aussi intéressantes qu’amusantes.

En revanche, la fin du roman ne plaira qu’aux lecteurs dotés d’une imagination débridée. Personnellement, j’avoue avoir légèrement décroché lorsque des forces maléfiques, une entité extra-terrestre et un moine guerrier sont entrés en scène.

Ma note : 6/10

Fureur cannibale

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Fureur cannibale de Glenn Chandler

Choc culturel

« Fureur cannibale » (« The Tribe » - 1981) est l’unique roman de l’écrivain écossais Glenn Chandler publié dans la collection Gore. Le cannibalisme, sujet de ce livre, est un thème récurrent dans cette collection (« Grillades au feu de bois », « La chair sous les ongles », « Rêve de chair », etc.). Ce roman a l’avantage d’apporter une touche d’exotisme et un soupçon de vérité scientifique.

Tout commence par la disparition d’un assistant universitaire en anthropologie. A son domicile, sa femme est retrouvée morte gavée d’une nourriture suspecte. Le corps éviscéré, cuit et à moitié consommé d’une fillette est allongé sur la table de la cuisine. Il s’agit de l’enfant du couple. Une photographie sur un placard représente la fillette d’une douzaine d’années se tenant fièrement entre son père et sa mère. Qu’est-il arrivé à cette famille unie et visiblement heureuse de l’être ?

Le disparu est un ancien élève du professeur, Allen Braithwaite, un anthropologue reconnu. Plusieurs de ses étudiants cachent un terrible secret qui trouve son origine en Papouasie à la fin des années 60. Lors d’une expédition avec leur professeur, ils ont vécu une expérience traumatisante dans une tribu cannibale. Selon la coutume, ses membres mangeaient aussi bien de la chair d’hommes blancs (par gourmandise) que leurs malades et leurs morts (par amour).

Dans ses valises, Allen a ramené cinq têtes réduites, aux longs cheveux noirs, vivantes ! Sous leur influence, notre professeur et ses anciens étudiants ont des pulsions incontrôlables. Par exemple, la seule femme du groupe pousse son fiancé dans une baignoire remplie d’eau bouillante avant de le manger !

Allen Braithwaite a reconstitué un morceau de jungle dans une immense verrière chez lui en Angleterre pour perpétuer les pratiques tribales anthropophages…

Il ressort du récit une forme d’ironie et de cruauté à la limite de l’absurde. Ainsi, écœuré par la viande, l’inspecteur chargé de l’enquête devient végétarien. Ou encore, l’un des anciens étudiants croise sa mère inquiète de son manque d’appétit. Il la rassure en lui annonçant qu’il vient de manger. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il a rôti la tête de son petit frère au four et fait griller son appareil génital avant de déguster le tout !

C'est un très bon roman Gore mais vraiment à déconseiller aux âmes sensibles.

Ma note : 8/10

samedi 14 avril 2012

Horreurs mentales

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Horreurs mentales de Bruce Jones



Cartésiens s’abstenir

Tarotown est une ville étrange, à commencer par ses habitantes, toutes jeunes et belles. C’est là qu’un jeune couple de Noirs achète la maison de leur rêve à un prix dérisoire. L’agent immobilier du coin est un bien curieux personnage qui déclare d’emblée vendre ses biens immobiliers à la tête du client car il n'y a pas que l’argent dans la vie (?). Bien sûr, la maison est hantée et recèle un terrible secret : la disparition des précédents propriétaires dans de curieuses circonstances…

Au début, « Horreurs mentales » (« Tarotown » - 1982) semble n’être qu’une histoire de maison hantée de plus. Mais, rapidement le récit change de thème et devient plus complexe et original. En effet, aux cauchemars et autres hallucinations, dominés par les premiers émois, les fantasmes sexuels, l’homosexualité refoulée des habitantes, vient s’ajouter une confrontation entre voyants doués de pouvoirs mentaux hors du commun.

Une personne à Tarotown est capable de prendre le contrôle de l’esprit d’autrui, de transformer ses rêves en cauchemars et même de tuer les gêneurs.

L’explication finale « à la Hercule Poirot » lève le voile sur toutes les zones d’ombre : l’identité du/des assassins, le mobile des crimes (un peu faible) et le mode opératoire (invraisemblable).

Ce roman mêle habilement érotisme et gore, réalité et cauchemars, voyance et télépathie. Il plaira aux lecteurs qui ne seront pas rebutés par son étrangeté.

Ma note : 7/10

Le retour des morts vivants

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Le retour des morts vivants de John A. Russo

Dommage collatéral

Ce roman est la dernière novélisation de la trilogie des morts-vivants publiée dans la collection Gore. Comme sur le film « La nuit des morts-vivants », John Russo revient en tant que co-scénariste sur « Le retour des morts-vivants » réalisé par Dan O’Bannon en 1985.

Le ton volontairement parodique et révolutionnaire de ce volet (les morts-vivants courent et parlent) a déçu les puristes. Personnellement, j’ai beaucoup aimé.

Tout commence par une maladresse lourde de conséquences. Des fûts stockés clandestinement par l’Armée, un nuage toxique, une pluie malvenue sur la morgue et le cimetière proche font le malheur d’une bande de punks puis des habitants des alentours.

A la fin du récit, l’intervention de l'Armée (qui mérite ici son surnom de grande muette) fait sourire.

Naturellement, dans cette version écrite, il manque la bande son du film, très Rock'n'roll (
« Surfin' Dead »  des Cramps).

Ma note : 7/10

Le réveil des morts vivants

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Le réveil des morts vivants de John A. Russo

Une suite effrayante

John Russo (co-scénariste avec G.A. Romero du film « La nuit des morts-vivants ») a écrit cette suite qui n’a jamais vu le jour sous forme cinématographique à cause d’un différent entre les deux hommes. De son côté, G.A. Romero a réalisé en 1978 sa propre suite : le célèbre film « Zombie » avec en filigrane une critique de notre société de consommation. Bien que différent, ce livre est néanmoins une réussite.

Pour une raison mystérieuse, les personnes décédées récemment reviennent à la vie. Il est inutile de communiquer avec elles. Généralement plus faibles qu’un adulte, ces êtres semblent dénués d’intelligence mais capable de gestes simples comme tenir un gourdin. Ils sont guidés par l’instinct de se nourrir... de chair humaine. Notre seule chance est de les détruire (les brûler, les découper ou leur tirer une balle dans la tête). Isolés ou en groupes, les morts-vivants envahissent les villes et les campagnes...

L'auteur insiste sur les travers du genre humain face au danger (l’individualisme, la bêtise…). « Le réveil des morts-vivants » aurait fait un très bon film.

Ma note : 8/10

La nuit des vers voraces

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La nuit des vers voraces de John Halkin


Idée fixe

« La nuit des vers voraces » (« Slither » - 1980) fait partie de la dizaine d’histoires (souvent anglo-saxonnes) de bestioles hypertrophiées et sanguinaires publiées dans la collection Gore.

Matt, opérateur à la télévision est attaqué par des vers (en fait des reptiles sans pattes), dotés de dents acérées, lors d’un reportage dans les égouts de Londres. Il s’en sort vivant mais amputé et défiguré. Le récit tourne autour de son obsession pour les vers qui n’est pas sans rappeler celle du capitaine Achab dans « Moby Dick ». Malheureusement, cet aspect du livre manque de subtilité. Il en est de même concernant la description que fait l’auteur du monde des médias avec ses journalistes prêts à tout pour un scoop au détriment de la vie humaine.

Ici, pas d’invasion de grande ampleur. Par contre, on suit Matt dans sa tentative d’élever des vers pour en faire le commerce de peaux (?). Deux ou trois personnes dévorées vivantes donnent lieu à quelques passages très gore. Mais la plupart du temps les attaques des vers ne sont pas crédibles et les réactions des futures victimes trop passives.

Dans le même genre, la collection Gore propose mieux (« La mort visqueuse » 1 et 2).

Ma note : 5/10

Les griffes de la mort


couverture

Les griffes de la mort de Michael Wolfitt

Gentil minou

« Les griffes de la mort » (« Night-Shriek » - 1983) est le seul roman de l’anglais Michael Wolfitt publié dans la collection Gore. Ce livre plaira aux amis des bêtes et plus particulièrement des chats. En effet, le petit félin occupe une place de choix dans cette histoire Fantastique. L'action se déroule à notre époque en Angleterre mais elle trouve ses racines dans la mythologie égyptienne.

Roger et sa femme enceinte, Hilary, sont victimes d’un accident de la route. Arrivée à l’hôpital, une voix qui s'exprime dans une langue étrangère recommande à Hilary de préserver son enfant, d'empêcher « les autres » de le tuer. Mais, la jeune femme perd son bébé, en fait une chose monstrueuse mi-humaine, mi-animale (chat ?), en accouchant.

A partir de ce moment-là, d’étranges phénomènes se manifestent. Le fœtus conservé par le Docteur Willis disparaît de l’hôpital. La peur gagne le médecin. Il fait des cauchemars et se sent épié par les chats qu’il croise. Bientôt des crimes horribles frappent tous les acteurs de l’accouchement.

Les relations entre Hilary et Roger se dégradent. Hilary a besoin d’indépendance. Le Docteur Willis lui a annoncé qu’elle ne pourra plus avoir d’enfant. Pourtant, inconsciemment, elle est persuadée du contraire. Roger semble avoir un rôle à jouer dans cette future naissance…

Une nuit, Roger est choqué pendant l’acte sexuel par sa femme qu’il compare à un animal en chaleur. Quand Hilary entre dans une animalerie les chats sont déchaînés. Et elle erre de plus en plus toute seule la nuit.

Roger empoisonne le chat (Râ) qu’Hilary a ramené dont ne sait d'où. Griffé à la main, Roger voit son corps et son esprit se transformer. Il commet alors des actes irrésistibles et humiliants (le vol d’une cuisse de poulet dans l’assiette de sa femme, le poisson dévoré dans la poubelle des voisins).

Le livre se termine par une plongée dans l'Egypte des pharaons, en compagnie de Bast la déesse mi-humaine, mi-animale et Râ, le Dieu-Roi. C'est là que l’histoire trouve toute son explication.

Le récit, bien ficelé, reste assez classique (à l’exception du dénouement). Mais l’atmosphère oppressante, le mystère et le suspense crescendo font de ce livre un roman Gore intéressant et angoissant. Seuls les amateurs de scènes débordantes d’hémoglobine à chaque page seront déçus.

Ma note : 7/10

Ordinator-Labyrinthus

couverture


Ordinator-Labyrinthus d'André Caroff

Au cœur de la machine

Dans les années 80, l’écrivain français André Caroff (de son vrai nom André Carpouzis) a publié une série policière futuriste comprenant huit romans : « Ordinator-Labyrinthus », « Ordinator-Macchabées », « Ordinator-Phantastikos », « Ordinator-Erôtikos », « Ordinator-Criminalis », « Ordinator-Ocularis », « Ordinator-Craignos » et enfin « Ordinator-Rapidos ». Ouf ! Ces aventures se situent en l’an 2300, dans un monde totalement informatisé.

Avec « Ordinator-Labyrinthus », nous découvrons le duo récurrent de la série : le policier Abel 6666.4bis-AG (6666 pour le QI et AG pour Agent du Gouvernement), véritable héros national, ainsi que son microprocesseur portatif TZO 88952 dit Babar.

Abel et Babar sont confrontés à l’hyperordinateur Attila, devenu incontrôlable, qui étend son territoire sur 90 km carrés (?). « D’une part était la Cité, avec sa bande de circulation, ses maisons-bulles, ses tours, son béton. De l’autre s’étalait le monstrueux Attila, son métal, ses voies télescopiques, ses passerelles, ses plateformes, les téléopérateurs téléguidés sans cesse en mouvement, des bruits de machines, des ronflements de moteurs. Attila perçait ses trous, ajustait ses connexions, rebouchait, construisait par-dessus en tenant la Cité sous la menace des armes lourdes sorties de ses arsenaux. »

Abel et Babar vont tenter de détruire la mémoire centrale de l’hyperordinateur en pénétrant dans le labyrinthe que constitue ses branchements et circuits. Mais ils doivent faire face à de nombreux pièges et ennemis plus surprenants les uns que les autres…

Et si en réalité Attila était manipulé par un être humain dans le but d’asservir la Cité ? Un homme très influent au sein même du Gouvernement…

Ce livre vaut surtout pour ses personnages sympathiques. Les dialogues entre Abel et Babar (avec son langage familier) sont drôles. Il y a également quelques détails futuristes intéressants : les noms avec les QI (les tueurs sont dans les 1000, les scientifiques plus de 9000, etc.), la Seine détournée et la Tour Eiffel en pièces détachées...

Pour le reste, la qualité de l’écriture est moyenne et l’histoire assez convenue. De même, les rats télépathes et les êtres humains télécommandés par Attila sont peu crédibles.

Voilà de la SF facilement accessible mais qui ne sort pas du lot des très nombreux romans publiés dans la défunte collection « Anticipation ».

Ma note : 6/10

Extermination

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Extermination d'André Caroff


Le poids du passé

« Extermination » est l’unique livre d’André Caroff publié dans la collection Gore. Cet auteur français, très prolifique et populaire, bien connu des amateurs de SF signe là un roman Gore de très grande qualité.

Dès le prologue, le lecteur est plongé dans l’horreur du camp d’extermination allemand de Friedhausen en décembre 1944 :

« Mais ici, à Friedhausen, la mort était au bout d’un soupir, d’un geste de trop, d’un regard plus appuyé que d’habitude ou, tout bêtement, d’une saute d’humeur chez le sinistre Kommandoführer Steinbauer… ».

Dans ce camp oublié de tous, près de la moitié des cinq mille prisonniers sont déjà morts. Sentant le vent tourner, les nazis massacrent précipitamment tous les survivants avant l’arrivée des Alliés. Le camp est rasé. Seul subsiste au milieu du carnage un mystérieux rocher en forme d’enclume. Ce météore était là avant la construction du camp et restera bien après sa destruction. C’est devant celui-ci que Moïse Katz, un diamantaire juif, est tué d’une balle dans la tête par le Kommandoführer Steinbauer.

De nos jours en Allemagne, sur les lieux où se trouvait le camp de Friedhausen, vivent des descendants de nazis dans un lotissement tout neuf, « La résidence de l’Enclume » du nom du météore. Une des résidentes, Margarete Muller est témoin depuis quelques temps de phénomènes étranges. Elle entend les bruits d’une troupe en marche et des ordres claquer (« Halt ! ») dans la rue déserte. Elle est victime d’hallucinations. L’ombre de sa fille, Steffi, correspond à quelqu’un de plus grand, portant une casquette à visière cirée noire et un pantalon enfilé dans des bottes. L'adolescente, délurée et manipulatrice, a des crises de somnambulisme. Ainsi, elle est retrouvée par ses parents endormie en chien de fusil sur l'étagère du haut de la penderie comme une prisonnière. Peter Muller, le mari, sent une odeur de cadavre dans la maison…

Le passé ressurgît et la famille Muller est au premier plan. Ce qui peut s’expliquer :

« Elle (Margarete Muller) était trop timide. Sa discrétion avait tout du syndrome congénital. Dans sa famille, son nom de jeune fille était Steinbauer, on ne disait jamais rien à temps. Comme si les Steinbauer étaient moins méritants que les autres, ou qu’ils aient quelque chose à se reprocher… ».

Dans le même lotissement vivent David Katz et sa famille. Ces temps-ci, David rêve de son grand-père Moïse…

Voilà le début de cet excellent roman qui aurait mérité une réédition. Il est dommage qu’à l’époque André Caroff n’ait pas récidivé dans cette collection.

Ma note : 9/10

L'éventreur

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L'éventreur de William Dobson

Apparences trompeuses

« L’éventreur » (« The Ripper » - 1981) est le seul roman de l’anglais William Dobson publié dans la collection Gore. A première vue rien de transcendant dans ce livre :

- Une histoire à priori d’une banalité désespérante. Un maniaque massacre à coups de couteau plusieurs victimes dans le Londres actuel, une histoire qui rappelle celle tristement célèbre d'un certain Jack l'Eventreur qui en avait fait autant un siècle plus tôt.

- Une couverture signée Marié dont la qualité se situe entre les illustrations, souvent excellentes, de Dugévoy et celles, assez mauvaises, de Topor. On notera la ressemblance entre le tueur et le Freddy Krueger des films (pourtant sans rapport avec ce livre).

Néanmoins, force est de reconnaître que l’histoire est bien construite. Elle est entrecoupée de soliloques de l'assassin qui nous révèlent ses états d'âme et ses conflits intérieurs. Ces soliloques, qui rompent la trame du récit, constituent sans doute l'un des points forts de ce livre, tant la dimension psychologique y est particulièrement intense.

L’auteur prend le temps de décrire la vie des victimes avant leur assassinat. Le lecteur a ainsi l’impression de lire plusieurs petites histoires, toutes intéressantes.

Le détective privé Jack Shepard essaie de trouver un élément qui relie les victimes. Mais tout semble les séparer (sexe, âge, milieu social). Et pourtant…

La chute finale concernant l’identité de l’assassin est très inattendue. Plus qu’un simple roman Gore, « L’éventreur » est un bon roman policier.

Ma note : 7/10

Carnaval des Vampires

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Carnaval des Vampires de Frank Henry

« Virus Carnaval »

Carnaval : le « jour des Fous » de l’ancien temps, la fête sauvage, le sabbat, défoulement où l’on perd tout, la dignité, la boule, et même, parfois, la vie !...

A quelques heures du Carnaval de Nice : deux macchabées, la gorge tranchée, l’un vidé de son sang et l’autre saignant encore. Ce dernier disparaît…

Catherine, une scientifique déchue, est sujette à des rêves prémonitoires depuis son enfance. Il s’agit plutôt de cauchemars car tous annoncent des accidents ou des décès, rien de positif. Mais cette fois-ci c’est l’humanité qui semble menacée...

Une épidémie se propage alors que le Carnaval de Nice bat son plein. Catherine connaît l’horrible vérité grâce à ses visions. Le phénomène qui s’apparente au vampirisme a pris naissance dans l’arrière-pays. C’est un virus ou une bactérie qui a muté. Ceux qui sont atteints ont besoin de se rassasier de sang humain. Certaines victimes meurent vidées de leur sang. Les autres, moribondes, grossissent les rangs des contaminés. Les autorités sont débordées par ces « morts-vivants » de plus en plus organisés. Est-il encore temps pour Catherine de trouver un remède ?

Plusieurs fois dans le récit, l’auteur adopte un point de vue original en plaçant le lecteur dans la peau d’un animal (chien, pigeon ou mouette), témoin privilégié du carnage. Ainsi, à la fin du premier chapitre, on peut lire : « Et pourtant, s’ils avaient su parler, que de réponses auraient-ils pu fournir aux malheureux humains pataugeant dans la boue et l’incertitude. S’ils pouvaient parler, quelles abominations ils éviteraient à ces bipèdes qui allaient bientôt plonger dans l’horreur ! Mais si le chien et le pigeon avaient pu parler, cela aurait été une tout autre histoire… ».

L'auteur dresse une description précise de la ville de Nice (ses rues et monuments). Les niçois apprécieront.

L’humour est présent avec des clins d’œil cinématographiques (« La nuit des morts-vivants », « Le cauchemar de Dracula »). Mais aussi dans quelques passages : « Ceux-ci portaient des masques parfaitement repoussants : Frankenstein, Dracula, Gremlin, Loup-garou, Khomeiny, Le Pen, d’autres encore, tous horribles. »

Ce qui arrive à la petite famille de Catherine apporte une touche d’émotion (ses enfants à la fin du récit…).

Malgré un sujet à priori banal, Franck Henry s’en tire très bien. Son écriture précise et agréable à lire fait de ce « Carnaval des Vampires » un bon roman Gore. On peut juste regretter une invraisemblance de taille : Catherine qui découvre le virus puis recherche un antidote, toute seule, dans son laboratoire personnel.

Ma note : 7/10

Rêve de chair

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Rêve de chair de Jacques Barbéri, Emmanuel Jouanne


Spécialités chinoises

Jacques Barbéri et Emmanuel Jouanne, deux écrivains français de SF, se sont associés pour écrire leur unique roman dans la collection Gore. Le ton volontairement loufoque de « Rêve de chair » ne plaira pas à tous et notamment aux amateurs d’un gore pur et dur. Personnellement, j’ai plutôt aimé ce roman Gore. Même si le trop grand nombre de personnages rend le récit confus.

Herb Duncan collectionne les puzzles et se porte acquéreur de la dépouille momifiée de Huang Kong Ten, victime près de trois siècles auparavant du supplice des cent morceaux (Leng-Tch’e). Huang Kong Ten était le Grand Cuisinier de l’empereur Li Chao-Kiun. Herb Duncan reconstitue donc son corps et réussit, grâce à une substance de son invention, à lui redonner vie. Un détail comique : Duncan a interverti les pieds de Huang Kon Ten en le remontant. Mais sa créature l'assomme et lui fait subir à son tour le supplice à l'aide d'un grand couteau à viande. La découverte de notre civilisation par Huang Kon Ten (la pollution, les voitures, le bruit, etc.) donne lieu à des passages cocasses. La momie finit par reprendre son ancien métier en ouvrant un restaurant chinois. Au menu, le chef propose des rats bouillis et pelés, des saucisses de chien, des salades aux oreilles de chat mais aussi des cervelles de singes vivants et pire encore…

Parallèlement, Michael, un jeune chercheur, bricole en secret, à la limite de la légalité, des cadavres afin de percer le mystère de la résurrection. Il lui manque la formule permettant de réussir ses greffes. Formule que détenait le défunt Herb Duncan. Voilà donc Michael sur les traces de Huang Kon Ten dont les meurtres rituels (les victimes des temps modernes ne savent pas apprécier cet honneur) défrayent la chronique.

La petite amie de Michael, une journaliste, enquête sur ses activités. Pour corser le tout, la secte des adorateurs de Li Chao-Kiun est aussi à la poursuite de Huang Kong Ten.

Ma note : 6/10

Piège à Djakarta

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Piège à Djakarta de Mort Humann



Pas terrible

« Piège à Djakarta » est le troisième et dernier roman signé Mort Humann dans la collection Gore.

L'ingénieur Yan Croley doit rejoindre un chantier en Australie. Lors de son escale à l’aéroport de Djakarta, il capte le regard paniqué d’une jeune femme. Avec son compagnon, c'est un couple qui semble totalement désœuvré. Croley leur donne de l’argent pour qu’ils puissent se loger dans un hôtel. Mais la fille est sujette à des crises de folie furieuse. De plus, les deux jeunes gens sont poursuivis par des personnes peu recommandables.

Que lui a-t-il pris de s’occuper d’eux ? Bon, c’est vrai qu’il a lui-même connu par le passé des périodes difficiles. Mais de là à se mettre dans un tel pétrin ! En croyant avoir affaire à une sombre histoire de trafic de drogue, notre ingénieur est loin de la vérité…

Les premiers chapitres m’ont intrigué (qui sont ces deux paumés ?, que craignent-ils ?). Malheureusement, les péripéties de Yan Croley à Djakarta sont ennuyantes. La trop longue poursuite dans les rues de la capitale ne fait pas avancer le récit. Les réponses aux interrogations du lecteur sont décevantes. La fin du livre est bâclée. Voire ridicule lorsqu’elle mélange chirurgie plastique « à l’envers » et snuff movie.

Seul point positif de ce roman Gore : les cogitations du personnage principal. C’est peu.

Ma note : 4/10