mercredi 2 mai 2012

Eventrations

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Eventrations de Gilles Santini


Roumanie, Ceausescu et autres vampires

« Éventrations » est le deuxième et dernier roman signé Gilles Santini publié dans la collection Gore. Ce livre a pour contexte la révolution roumaine et l‘exécution du couple Ceausescu en décembre 1989.

Six mois après les évènements de cette fin d’année 89, deux jeunes roumains recherchent les prétendues richesses de Ceausescu dans les souterrains abandonnés par la Securitate. Involontairement, ils libèrent le vampire Mordechaï Von Kradula. C’est le début d’une courte cavale extrêmement sanglante. Notre vampire est arrêté (ivre de sang) par des membres de la Securitate lancés à sa poursuite. En fait, selon les plans du Conducător édictés avant sa mort, le comte Mordechaï Von Kradula doit devenir le Chef de l’Armée de Libération des Vampires (?).

On suit alors les tribulations d’un détective privé (personnage déjà présent dans « Morte chair » du même auteur) coincé entre l’armée régulière, la Securitate et une armée hétéroclite de cinq cents vampires (armée composée notamment de Jack l‘éventreur, Goebbels, Landru, Frankenstein, docteur Guillotin, Erik Satie (?), Nosferatu, le Boucher de Hambourg, l’Étrangleur de Chicago et… de Ceausescu lui-même). Heureusement, notre détective dispose d'un atout décisif auprès des femmes vampires ou roumaines : il est français…

Le récit est une parodie des histoires de vampires. Ainsi, on peut lire : « le sang roumain semblait avoir gagné en qualité. Il était devenu nerveux en jambe, rond en bouche, plus franc en robe avec un léger pétillant qui lui donnait de la robustesse. 90 sera un bon cru, songea-t-il… ». Certaines réflexions m’ont fait sourire : « Les Roumains sont au confluent de deux civilisations. Ils ont hérité de la paresse des Latins et de l’inefficacité des Slaves. Bien sûr, ils sont bourrés de qualités. Mais, comme tout le monde, ils gardent le meilleur pour la fin. »

Tout est prétexte à la rigolade malgré de nombreux passages gore. Dommage que le manque de sérieux désamorce toute tension dont le lecteur est en droit d’attendre de ce genre de livre.

Ma note : 7/10



Le manoir des tortures

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Le manoir des tortures de R. L. Fanthorpe



Mystère et boule de gomme

« Le manoir des tortures » (« The Unconfined » - 1966) est le seul roman de l’écrivain anglais Robert Lionel Fanthorpe publié dans la collection Gore. Cet auteur, très prolifique dans son pays, a publié sous de nombreux pseudonymes.

Je préviens tout de suite que ce roman, très peu sanglant, n’est absolument pas représentatif de la collection Gore.

Une jeune femme, Marion Sanderson, est en vacances au « Château Ténébreuse », une sinistre demeure nichée entre les sommets déchiquetés des Alpes Suisse. Seul un téléphérique permet d’accéder au lieu. Marion y rencontre Paul Janvier un poète et dramaturge venu interviewer une célébrité qui s’est désistée… La demeure est occupée par une certaine Olga Voyageur, la très désagréable maitresse de maison, aux mains disproportionnées dont la principale activité est de tricoter (?). Il y a aussi Pierre Sombre, un vieil homme aux grands ongles crochus qui joue de la harpe. Au fil du récit, Marion et Paul vont faire la connaissance d’autres personnes toutes plus bizarres les unes que les autres.

Dès son arrivée, Marion se sent oppressée. Il faut dire qu’avec ses ours et son loup taxidermisés, plus vrais que nature, la salle de réception impressionne. Et que dire de la chambre de Marion avec ses petits montagnards sculptés des plus inquiétants, la bibliothèque avec ses livres maudits et son jeu d’échecs dont les pièces se déplacent toutes seules. Cette dernière dissimule un passage secret qui mène à un véritable labyrinthe où se trouve une chambre des tortures avec ses instruments rouillés et une salle pleine de sarcophages. Et que dire de cette odeur de décomposition qui semble provenir d’une Chose répugnante rôdant dans le labyrinthe…

Marion se découvre un point commun avec Paul et émet une première hypothèse sur la raison de leur présence au « Château Ténébreuse ».

Voilà le début de ce livre étonnamment riche au vu de son faible nombre de pages. Il ne paraît pas avoir beaucoup souffert de la traduction.

L’auteur pratique l’autodérision : « quelles sont les circonstances qui vous ont amenée en ces lieux ? On ne vante pas ce château dans les dépliants touristiques, que je sache !... Est-ce une supercherie ? Réfléchissez : où, si ce n’est dans un mauvais roman fantastique, trouveriez-vous un tel rassemblement de personnages ? Un bossu chauve, un barbu jouant sur une harpe une musique ensorcelante, une Mme Olga Voyageur ?... Et écoutez-moi ces noms Voyageur, Sombre ! A quoi peut bien rimer tout ce cirque ? ». Ou encore : « Appelez-moi monsieur Trois - Encore un nom à coucher dehors ! s’exclama Paul… ».

Les premiers chapitres tiennent le lecteur en haleine grâce aux nombreuses interrogations qu’ils soulèvent. L’accumulation de lieux et de personnages intrigants éveille forcément la curiosité du lecteur. Les réparties de Paul Janvier et ses réflexions philosophiques sur la religion, le Mal et les croyances sont aussi intéressantes qu’amusantes.

En revanche, la fin du roman ne plaira qu’aux lecteurs dotés d’une imagination débridée. Personnellement, j’avoue avoir légèrement décroché lorsque des forces maléfiques, une entité extra-terrestre et un moine guerrier sont entrés en scène.

Ma note : 6/10

Fureur cannibale

couverture

Fureur cannibale de Glenn Chandler

Choc culturel

« Fureur cannibale » (« The Tribe » - 1981) est l’unique roman de l’écrivain écossais Glenn Chandler publié dans la collection Gore. Le cannibalisme, sujet de ce livre, est un thème récurrent dans cette collection (« Grillades au feu de bois », « La chair sous les ongles », « Rêve de chair », etc.). Ce roman a l’avantage d’apporter une touche d’exotisme et un soupçon de vérité scientifique.

Tout commence par la disparition d’un assistant universitaire en anthropologie. A son domicile, sa femme est retrouvée morte gavée d’une nourriture suspecte. Le corps éviscéré, cuit et à moitié consommé d’une fillette est allongé sur la table de la cuisine. Il s’agit de l’enfant du couple. Une photographie sur un placard représente la fillette d’une douzaine d’années se tenant fièrement entre son père et sa mère. Qu’est-il arrivé à cette famille unie et visiblement heureuse de l’être ?

Le disparu est un ancien élève du professeur, Allen Braithwaite, un anthropologue reconnu. Plusieurs de ses étudiants cachent un terrible secret qui trouve son origine en Papouasie à la fin des années 60. Lors d’une expédition avec leur professeur, ils ont vécu une expérience traumatisante dans une tribu cannibale. Selon la coutume, ses membres mangeaient aussi bien de la chair d’hommes blancs (par gourmandise) que leurs malades et leurs morts (par amour).

Dans ses valises, Allen a ramené cinq têtes réduites, aux longs cheveux noirs, vivantes ! Sous leur influence, notre professeur et ses anciens étudiants ont des pulsions incontrôlables. Par exemple, la seule femme du groupe pousse son fiancé dans une baignoire remplie d’eau bouillante avant de le manger !

Allen Braithwaite a reconstitué un morceau de jungle dans une immense verrière chez lui en Angleterre pour perpétuer les pratiques tribales anthropophages…

Il ressort du récit une forme d’ironie et de cruauté à la limite de l’absurde. Ainsi, écœuré par la viande, l’inspecteur chargé de l’enquête devient végétarien. Ou encore, l’un des anciens étudiants croise sa mère inquiète de son manque d’appétit. Il la rassure en lui annonçant qu’il vient de manger. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il a rôti la tête de son petit frère au four et fait griller son appareil génital avant de déguster le tout !

C'est un très bon roman Gore mais vraiment à déconseiller aux âmes sensibles.

Ma note : 8/10