mercredi 17 mai 2023

Hector Servadac

Je viens de relire ce livre que j’avais lu dans mon enfance. Avec mes yeux d’adulte, j'ai été gêné par tous les clichés sur les peuples : les Anglais orgueilleux et têtus ; les Espagnols pauvres, fainéants, toujours joyeux, et quelque peu simplets ; le Français paternaliste ; le Russe argenté… Mais la caricature vraiment perturbante est celle du personnage du juif allemand Isac Hakhabut dépeint à longueur de lignes comme ayant tous les vices (en premier lieu celui de l’avarice) et affublé d'un physique disgracieux (nez crochu…). Le personnage est tellement déconsidéré qu’on a l’impression que Jules Verne ne le considère même plus comme un être humain. Je sais que le livre est paru en 1877, une autre époque, mais tout de même… Je préfère garder en mémoire ce que j'ai toujours aimé chez l'auteur, à savoir une aventure rocambolesque (ici dans le monde solaire !), des données scientifiques joliment surannées, et une écriture à la portée de tous mais de qualité notamment dans ses descriptions telles celles-ci :

"Oui, c'était bien l'Europe qui s'étalait visiblement sous leurs yeux ! Ils voyaient ses divers États avec la configuration bizarre que la nature ou les conventions internationales leur ont donnée. L'Angleterre, une lady qui marche vers l'est, dans sa robe aux plis tourmentés et sa tête coiffée d'îlots et d'îles. La Suède et la Norvège, un lion magnifique, développant son échine de montagnes et se précipitant sur l'Europe du sein des contrées hyperboréennes. La Russie, un énorme ours polaire, la tète tournée vers le continent asiatique, la patte gauche appuyée sur la Turquie, la patte droite sur le Caucase. L'Autriche, un gros chat pelotonné sur lui-même et dormant d'un sommeil agité. L'Espagne, déployée comme un pavillon au bout de l'Europe et dont le Portugal semble former le yacht. La Turquie, un coq qui se rebiffe, se cramponnant d'une griffe au littoral asiatique, de l'autre étreignant la Grèce. L'Italie, une botte élégante et fine qui semble jongler avec la Sicile, la Sardaigne et la Corse. La Prusse, une hache formidable profondément enfoncée dans l'empire allemand et dont le tranchant effleure la France. La France enfin, un torse vigoureux, avec Paris au cœur."

Ma note : 8/10

dimanche 2 mai 2021

Natacha hôtesse de l'air








Ce premier album de la série des « Natacha », qui en compte vingt-trois à ce jour, est le seul que j’ai lu. Dès cet album paru en 1971, les dessins de François Walthéry s’imposent dans un style semi-réaliste classique mais efficace. Le clou de cette bande dessinée est bien évidemment notre charmante hôtesse de l’air. Pour les plus observateurs, il y a un détail amusant : la jupe de son uniforme raccourcit au fil des pages, du niveau des genoux pour finir à la moitié des cuisses… En revanche, sans préjuger de la qualité des albums ultérieurs, je suis plus critique sur le fond. Le scénario fait la part belle à l’action, sûrement trop. L’avantage de la situation passant d’un camp à l’autre plusieurs fois de suite, c’est un peu redondant. J’aurais aimé plus de psychologie, des personnages plus consistants, moins caricaturaux, bref plusieurs niveaux de lecture à même de satisfaire les plus jeunes sans oublier les adultes. J’ai trouvé cet album plaisant à lire mais trop gentillet. Pour l’anecdote, la couverture que vous avez sous les yeux a été retravaillée par Walthéry à la demande des responsables commerciaux de l’éditeur de l’époque. La première version jugée trop osée montrait Natacha avec des lèvres pulpeuses, une poitrine généreuse et tombante dorénavant en partie coupée et cachée par la main gantée de l’héroïne.

Ma note : 6/10

mercredi 12 août 2020

Millénium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

 couverture

« Millénium » a ouvert la porte à de nombreux polars nordiques (suédois, norvégiens, finlandais, islandais et même… groenlandais !) dans nos contrées. J’ai bien aimé l’histoire pleine de suspense. Certes, elle est un peu longue à démarrer mais ce qui précède n’est pas inintéressant. De même, le roman continue bien après les révélations finales mais là également sans ennui. J’ai souri devant la liberté sexuelle propre aux pays du nord. Ainsi, le personnage principal qui est déjà l’amant d’une femme mariée sans que cela n’indispose le mari, se tape une des suspectes, une femme d’âge mûr, mais aussi sa jeune assistante, Lisbeth Salander. Ce genre de situation serait inimaginable dans un polar américain où tout adultère se termine devant les tribunaux… 

Ma note : 8/10

Bilbo le Hobbit

couverture

Ce premier roman de J.R.R. Tolkien est d’une lecture facile et n’est pas trop long. J’ai apprécié l’ironie sous-jacente, principalement à l’égard de Bilbo, notre apprenti aventurier. Malgré le filtre de la traduction, j’ai trouvé l’écriture de qualité. J’ai aimé les fois où l’auteur s’adresse directement au lecteur. Cependant, le rythme est moins soutenu que dans les films de Peter Jackson fidèles dans les grandes lignes au livre.

Ma note : 7/10

samedi 9 mars 2019

La débâcle


couverture

Pour une fois chez Zola, je trouve que la documentation accumulée par l'auteur (les noms des villages, la topographie, les dates des évènements, les mouvements de troupes, les noms des généraux, les noms et les numéros des corps d'armée, des divisions, des régiments…) étouffe par moments la fiction. Cependant, les descriptions minutieuses de la composition des batteries et du fonctionnement de chaque arme (infanterie, cavalerie, artillerie…) s’avèrent des plus passionnantes. Le destin des personnages fictifs ou, et c’est l’originalité ici, historiques, est comme toujours chez Zola émouvant. Si au début, je me suis un peu retrouvé dans la position des soldats français : c’est-à-dire dans l’attente d’action ; dès que l’enfer des combats commence, impossible pour moi de quitter le livre. D’autant que Zola tire à boulets rouges (c’est le cas de le dire) sur l’armée française, loin de son ancienne gloire (notamment de la Grande Armée de Napoléon 1er). La comparaison avec l’armée allemande ne joue vraiment pas en notre faveur. Les passages sanglants sur les atrocités des champs de bataille sont de plus en plus nombreux au fil du récit. Le chapitre six de la deuxième partie du roman qui décrit en détail les horreurs de l’ambulance avec ses blessés à soigner m’a particulièrement marqué (descriptions crues des blessures, amputations, charnier…). Même la bataille de Sedan terminée, les détails macabres continuent comme ces soldats semblant de loin festoyer autour d’une table mais en réalité cadavres atrocement mutilés, probablement ramassés et disposés ainsi par les Prussiens « par moquerie de la vieille gaieté française ». L’auteur évoque la terre infestée par les morts vite enterrés ou La Meuse empoisonnée pour longtemps par les corps gonflés des chevaux et des hommes en putréfaction. Puis vient l’horreur de la captivité des soldats français sur la presqu’île d’Iges (faim, maladies, cruautés et humiliations), suivie du siège de Paris et de la Commune (l’incendie de la capitale, les exécutions arbitraires…) jusqu’à la magnifique conclusion de Zola à la fois douloureuse, fataliste, et pleine d’espoir.

Ma note : 10/10


samedi 22 décembre 2018

Le chat et les pigeons


couverture

Selon moi, il s'agit d'un roman mineur d'Agatha Christie. C'est dommage car le contexte typiquement anglais promettait. Je sais que l'auteure n'est pas une adepte des longues descriptions mais là elles manquent vraiment. L'immersion du lecteur dans l'école n'est pas totale. D'ailleurs, je trouve que ce livre est loin d'être un modèle d'écriture. Cela doit venir de la traduction. Heureusement, comme toujours chez Agatha Christie, le suspense est bien présent. L'intervention d'Hercule Poirot, brève et tardive, est un peu frustrante. Cependant, la solution de l'énigme, de bonne facture, ne m'a pas déçu. 

Ma note : 6/10 

jeudi 2 août 2018

Blake et Mortimer, tome 6 : La marque jaune

couverture

J'ai choisi cet album pour découvrir « Blake et Mortimer » car il s'agit du plus célèbre de la série. D'abord réticent à cause des dessins classiques voire surannés et des textes abondants, bref de son apparente austérité, j'ai trouvé au final l'histoire racontée dans cette BD pleine de suspense et peu avare en péripéties absolument passionnante.

Ma note : 9/10