Je viens de relire ce livre que j’avais lu dans mon enfance. Avec mes yeux d’adulte, j'ai été gêné par tous les clichés sur les peuples : les Anglais orgueilleux et têtus ; les Espagnols pauvres, fainéants, toujours joyeux, et quelque peu simplets ; le Français paternaliste ; le Russe argenté… Mais la caricature vraiment perturbante est celle du personnage du juif allemand Isac Hakhabut dépeint à longueur de lignes comme ayant tous les vices (en premier lieu celui de l’avarice) et affublé d'un physique disgracieux (nez crochu…). Le personnage est tellement déconsidéré qu’on a l’impression que Jules Verne ne le considère même plus comme un être humain. Je sais que le livre est paru en 1877, une autre époque, mais tout de même… Je préfère garder en mémoire ce que j'ai toujours aimé chez l'auteur, à savoir une aventure rocambolesque (ici dans le monde solaire !), des données scientifiques joliment surannées, et une écriture à la portée de tous mais de qualité notamment dans ses descriptions telles celles-ci :
"Oui, c'était bien l'Europe qui s'étalait visiblement sous leurs yeux ! Ils voyaient ses divers États avec la configuration bizarre que la nature ou les conventions internationales leur ont donnée. L'Angleterre, une lady qui marche vers l'est, dans sa robe aux plis tourmentés et sa tête coiffée d'îlots et d'îles. La Suède et la Norvège, un lion magnifique, développant son échine de montagnes et se précipitant sur l'Europe du sein des contrées hyperboréennes. La Russie, un énorme ours polaire, la tète tournée vers le continent asiatique, la patte gauche appuyée sur la Turquie, la patte droite sur le Caucase. L'Autriche, un gros chat pelotonné sur lui-même et dormant d'un sommeil agité. L'Espagne, déployée comme un pavillon au bout de l'Europe et dont le Portugal semble former le yacht. La Turquie, un coq qui se rebiffe, se cramponnant d'une griffe au littoral asiatique, de l'autre étreignant la Grèce. L'Italie, une botte élégante et fine qui semble jongler avec la Sicile, la Sardaigne et la Corse. La Prusse, une hache formidable profondément enfoncée dans l'empire allemand et dont le tranchant effleure la France. La France enfin, un torse vigoureux, avec Paris au cœur."
Ma note : 8/10
