dimanche 29 décembre 2013

Mesdames, vous aimez "ça" !

couverture


Mesdames, vous aimez "ça" ! de San-Antonio

Les romans les plus récents de l’auteur sont mes préférés. Je les trouve encore plus fous et osés que ses livres plus anciens. Une fois de plus, avec ce bouquin datant de 1994, j’ai bu chaque phrase comme du petit lait.

A cause d’une gentille opticienne qui n’avait pas mis de culotte pour faire sa vitrine, San-Antonio se trouve entraîné dans une dangereuse aventure en Thaïlande (et en Malaisie). C’est à Bangkok que débute l’enquête pour retrouver la demi-sœur disparue de l’opticienne déculottée. Notre policier est accompagné d’Achille, Directeur de la police, ex-patron de San-Antonio devenu son alter ego, vieux débris impuissant qui n’a qu’une idée en tête : profiter du voyage pour retrouver sa virilité perdue. Et effectivement, ce San-Antonio est particulièrement tourné vers la bagatelle. Plus encore que d’habitude, je trouve. A tel point, qu’avec ses exploits sexuels, le héros en oublie sa mission. Cependant, il finit par avoir toute la pègre thaïlandaise à ses trousses. Comme il le dit si bien : « Ce que j’estime, assez exceptionnel dans mon cas, c’est que, plus ma position est critique, plus je trouve des occasions de me vider les burnes, à croire que le désespoir de ma situation est générateur de coups de bite. »

Le premier chapitre allie le burlesque à la pornographie. Chez Frédéric Dard, le sexe est toujours joyeux, jamais glauque : « Je me laissais polir le chinois à la salive d’opticienne » ; « Gloutonne à souhait, la chère sans-culotte m’engouffrait avec cette détermination des luronnes mouilleuses qui préfèrent détourner à leur profit le paf de passage, plutôt que de le laisser s’aller exploser chez la voisine. » Et ce n’est là qu’un début. Thaïlandaises, Danoises en vacances ainsi qu’une petite française énergique agrémentent le voyage. Il ne faut pas oublier non plus le « Vieux », devenu étalon grâce à un remède miracle. 

Au ton très coquin s’ajoute les jeux de mots de l’auteur : « balbutié-je (éjectable) », « …les marches de pierre (Paul, Jacques) », « Je la plante (grimpante) sans attendre une confirmation », « C’est la France avec tous ses cons et tribuables qui paie. », « Ce qui me raie-con-forte », « Con descendant » etc. Il y aussi les patronymes rigolos : « Annie Versère », « Rose Déprez », « Mao Tsé Rien », « Chi O Po », « le buldingue de la compagnie Tes Ti Kul » etc. ainsi que les descriptions très imagées : « …avec la voix soumise d’une gagneuse en chômage technique pour cause de ragnagnas inattendus… », ces « regards énamourés qui irriguent le slip » ou ce « bâtiment en cils de travelo » etc.

Si le dépaysement, l’action et l’humour sont au rendez-vous ; l’enquête piétine. Qu’importe, aucun risque de s’ennuyer sous la plume de Frédéric Dard ; que ce soit avec les questions existentielles du narrateur (ici, notre héros tolère « la laideur des bouddhas à l’obésité triomphante » tout en préférant notre « Seigneur qui ressemble à un garçon coiffeur pour Dames… ») ou lorsqu’il interpelle rudement le lecteur avec ses « Tu peux comprendre ça ? T’es sûr ? Avec toi, j’ai toujours peur. » 

J’adore également le regard désinvolte que notre policier porte sur ses contemporains : « Ils espèrent quoi les touristes, en venant galérer dans ce pays de mes fesses ? Se prennent pour Marco Polo. Polo mon cul oui ! De quoi se pignoler dans l’une des vitrines des Galeries Foufounette ! » ou encore « Bien entendu, les touristes se sont crus obligés de tracer leurs blases sur les blocs de roches. C’est une constante de la sottise universelle : écrire son nom sur ce qui paraît plus durable que soi. Ça le rassure le glandu de savoir son blase associé à un minéral, ou à un végétal à longue durée. Il se croit charrié un peu plus loin dans le temps. Ces roches rassemblées par les phénomènes géologiques forment des écritoires propices aux graffitis. Aussi s’en sont-ils payé à cœur joie, les Toto, les Nanar, les Lolotte de la planète : Riton aime Lélette, John loves Barbara. Des bouffées d’amours touristiques. Ils ont baisé à l’hôtel en rentrant d’excursion. Les voyages dépaysent. Dans une chambre de passage, tu brosses ta gerce comme si elle était une autre, une malconnue. Sa chatte est transcendée par une sensation d’aventure. Ses poils en sont moins cons (si j’ose de la sorte parler), son pubis plus renflé. Peut-être aussi qu’elle mouille mieux à l’hôtel des « Flots Bleus » qu’à la maison où elle a dû terminer son repassage (après le repas sage) pour avoir le droit de dérouiller dans ses miches lasses, la verge plus lasse encore de son ténor de clapier. » 

Mais comme souvent, l’auteur se rappelle qu’il a une histoire en cours. Tout s’accélère à l’approche du dénouement. Le nombre de morts grimpe en flèche. Le sang gicle dans la bonne humeur. Et la vérité éclate, surprenante comme souvent. Voilà encore un San-Antonio qui n’est pas piqué des vers.
 
Ma note : 9/10

vendredi 13 décembre 2013

La matrone des sleepinges

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La matrone des sleepinges de San-Antonio

J’adore le style d’écriture de Frédéric Dard (et également celui de son fils, Patrice). Peut-être même plus que les aventures de San-Antonio elles-mêmes. Le vocabulaire argotique, les jeux de mots, les digressions irrévérencieuses de l’auteur m’enchantent au plus au point. 

Justement, ce roman est particulièrement gratiné. L’auteur est ici au top de sa forme. Il interpelle fréquemment le lecteur sur tout et n’importe quoi, par exemple sur l’existence de Dieu (sa version est très personnelle...) ou sur la frigidité de certaines femmes en les comparant à... Ces confidences à tendance philosophique sont à mourir de rire et non dénuées d’un fond de vérité. Comme toujours, on retrouve le langage basé sur les calembours et les inventions orthographiques osés des principaux protagonistes (« les bandes des six nez », « l’con, la broute et l’trou rond », « les œufs bredouillés au balcon », « en l’eau cul rance », « deux coups de cul hier à Pau », « la raie au porc », « ça paraîtrait suce-pet », « Je panse, donc j’essuie comme disait un palefrenier que j’ai beaucoup aimé », « sans la moindre difficultance » etc.). Il y en a comme ça à toutes les pages. Que du bonheur ! Sans parler des quelques notes de bas de page du genre : « Les chleuhs décaféinés : c’est ainsi que j’ai baptisé les Autrichiens, gens qui parlent l’allemand en étant plus « gentils » que les Allemands, mais qui nous ont tout de même pondu Hitler… ».

San-Antonio et Bérurier se trouvent embarqués dans un voyage mouvementé à bord de l’Orient-Express. Leur mission ? : protéger une baronne menacée de mort. Bérurier quitte précocement la scène. Mais San-Antonio trouve un nouveau coéquipier en la personne de Jérémie Blanc (qui est noir). Les petites passes d'armes entre les deux policiers valent leur pesant de cacahuètes. D'autant que Jérémie regrette d'avoir défoncé le crâne d'un méchant avec une pioche. Depuis, il désapprouve ouvertement les méthodes de San-Antonio. Les réflexions grivoises et les passages sexuels gentiment vulgaires dans le pur style de l'auteur agrémentent l'aventure à travers l’Autriche, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie. Ainsi, sur le Danube, un capitaine de bateau prend la relève d’un coït en cours entre notre directeur de la police française et sa dernière conquête ! Ou encore, Bérurier en pleine action à la faveur des secousses du train, envoie malencontreusement sa semence en direction d’un homme d’église ! Sous la plume de Frédéric Dard, le scabreux et le gênant deviennent comiques. Sur le sol hongrois ça défouraille et canarde à tout-va. Les cadavres s’amoncellent dans la bonne humeur. Le mystère s’épaissit. Au final, pour un coup de théâtre, c’est un coup de théâtre ! L’un des plus beaux de la carrière de San-Antonio. Surprise garantie, même pour les habitués !

Bref, il s’agit là d’un San-Antonio du meilleur cru.
 
Ma note : 10/10

L'attaque des Titans 2

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L'Attaque des Titans T02 de Hajime Isayama

Comme tous les mangas, celui-ci se lit dans le sens inverse de nos BD occidentales : de droite à gauche ; ce qui correspond au sens de lecture japonais. Visuellement, les mangas ne m’ont jamais attiré. Pourtant, ces publications possèdent d'indéniables qualités. Après, on aime ou pas... Les dessins en noir et blanc sont dynamiques. Les traits expriment bien l’impression de vitesse lors des scènes d’action. Le découpage du récit est très cinématographique. Malgré des décors peu fouillés (quoique...), les personnages sont à l’honneur grâce aux expressions des visages (les gros plans sur les yeux…). Utile, quand on sait que l’histoire joue beaucoup sur les sentiments. La richesse de l’univers de cette série devrait la conduire aux alentours d’une vingtaine d’épisodes.

Voilà une centaine d’années, les derniers rescapés du genre humain érigèrent trois épaisses murailles concentriques de cinquante mètres de haut censées les mettre durablement à l’abri des Titans. Hélas, ce rempart s’avéra insuffisant lorsque cinq ans auparavant, surgit un spécimen d’une taille inouïe (et manifestement doué d’intelligence contrairement aux autres Titans). En défonçant une partie de la première enceinte, il permit à ses congénères de s’engouffrer dans la cité, contraignant les habitants à l’abandonner et à se retrancher derrière le deuxième mur, le « mur Rose ». Lors d'une nouvelle attaque, Eren et sa sœur adoptive Mikasa défendent la zone envahie afin de laisser le temps aux civils de se mettre à l’abri à l'intérieur du mur précédent. Mais, comme bon nombre de ses compagnons, Eren est avalé par un Titan en sauvant Armin, son ami d'enfance, d'une mort certaine. 

Avec la disparition du héros, le lecteur se sent un peu orphelin en débutant ce deuxième épisode. L’atmosphère y est hystérique. Les soldats survivants craquent en voyant leurs camarades dévorés tout cru par les géants. Les dessins allient gore et émotion. Ainsi, une jeune fille en pleurs essaie désespérément de réanimer un ami en lui faisant un massage cardiaque. Un plan large nous montre qu’il a le corps coupé en deux… Plus loin, les Titans s'agglutinent autour d’un bâtiment, une « maison de poupée » pour eux. Ils passent leurs immenses bras et leurs têtes géantes par les ouvertures pour manger les minuscules êtres humains assiégés. Les derniers soldats emmenés par Mikasa ne doivent leur survie qu’à un fait incroyable. Un Titan tue ses semblables en ignorant les humains ! Et si je vous disais que cela a un rapport avec Eren... Les dernières planches sont tellement peu cartésiennes qu’elles ne peuvent que sortir de l’esprit d’un Japonais…

L’auteur dynamise son récit en utilisant fréquemment les flash-back. Le moment fort de cet épisode étant l’expérience traumatisante vécue par Mikasa qui a vu ses parents massacrés. Kidnappée, elle a été libérée par Eren qui, malgré son jeune âge, a réussi à tuer les assassins. Du fait de la jeunesse des deux protagonistes, ce passage extrêmement violent est assez choquant. 

Comme dans le précédent volet, on retrouve au milieu du récit des notes d’information qui viennent enrichir l’univers de la série. Après l’unique point faible des monstres et la seule arme efficace pour les tuer, on a droit ici à une vue d’ensemble du territoire occupé par l’humanité, une description des pièces d’artillerie de la muraille et une échelle de grandeur des différents types de Titans (4, 5, 7, 15, 60 mètres). 

Sans faiblir, l’aventure continue, avec peut-être un espoir pour la survie de l’Humanité…
 
Ma note : 8/10

lundi 25 novembre 2013

L'attaque des Titans 1


couverture

L'Attaque des Titans T01 de Hajime Isayama

Nourri aux BD occidentales et plutôt réticent envers les mangas, j’ai fini par sauter le pas avec ce premier volume de « L’attaque des Titans » du mangaka (auteur de manga) Hajime Isayama. Pour les novices comme moi, la prise en main est assez déroutante. Comme pour la presque totalité des mangas publiés en France, le sens de lecture japonais est respecté. Ainsi, le livre se lit de droite à gauche. On commence par la dernière page (qui est en fait la première) et on lit les pages en commençant en haut à droite. Les dessins sont en noir et blanc, les traits épais. Moi qui suis attaché à la présentation, j’aime dans ces publications le format de poche, la couverture doublée d'une protection glacée et les feuilles épaisses. La présente série est actuellement composée de onze volumes. Mais comme les mangas s’écrivent en fonction de l’accueil du public ; bien malin qui dira quand elle s’arrêtera précisément. L’auteur évoque une vingtaine d’épisodes...

Cette BD est classée shōnen, c'est-à-dire ciblée pour « jeunes garçons ». Pourtant, l’histoire m’a frappé par sa noirceur et son pessimisme. Elle est entrecoupée de flash-back poignants. Le découpage est très cinématographique. Cet aspect est renforcé par la construction des dessins : les effets de plongée et de contre-plongée, les gros plans sur les yeux, les expressions des visages… Une seule scène d’action peut prendre plusieurs pages car dessinée sous tous les angles. Cela n’empêche pas les longs dialogues un peu plus loin. Visuellement, la position de certaines cases et quelques dessins peuvent paraître confus pour les non-initiés.

Il est ici question d’un monde dominé par les Titans, des êtres gigantesques, d'une quinzaine de mètres environ. Leur unique activité est de manger les humains. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? A ce stade de la série, on ne le sait pas (et l’auteur peut-être pas davantage…). Les humains survivants ont dû se réfugier derrière des murailles pour ne pas être croqués par les monstres. Seules les patrouilles d’exploration s’aventurent à l’extérieur pour combattre les Titans. A chaque fois, cela se solde par des sacrifices inutiles et lors du retour par les hurlements des mères. La BD commence par l’apparition d’un Titan colossal de plus de cinquante mètres, après une accalmie d’un siècle, les survivants étant jusqu’alors protégés par leurs hautes murailles. Eren, un jeune garçon qui rêve de rejoindre le bataillon d’exploration perd sa mère dans la gueule d’un Titan. Après cinq nouvelles années de tranquillité, Eren et sa sœur adoptive Mikasa ont achevé leur formation. Ayant terminé parmi les meilleurs, ils sont destinés aux « Brigades spéciales » près du centre donc planqués. Mais Eren veut toujours intégrer le « Bataillon d’exploration » avec le projet fou de reconquérir les territoires aux Titans. Le récit explore de nombreuses pistes sans pour l’instant donner de réponse : le rôle protecteur de Mikasa à l'égard d'Eren, les expériences du père de ce dernier et sa mystérieuse disparition, le monde inconnu au-delà des murailles, les pouvoirs des Titans…

Quelques notes d’information s’intercalent à l’histoire et viennent enrichir le contexte. C’est le cas par exemple des explications sur le système de défense de la population humaine avec les murs successifs entourant la ville. En effet, une zone conquise par les Titans suite à une brèche dans la muraille est abandonnée. Les humains sont condamnés à se retrancher derrière le mur précédent et ainsi de suite. L'espace vital ne cesse donc de diminuer pour les survivants. Bien sûr, on pense ici aux contraintes géographiques propres au "pays du soleil levant".

Il m’a fallu un petit temps d’adaptation pour entrer dans l’histoire. Mais la destinée des personnages dans cet univers désespérant et violent m’a convaincu. Les scènes où les proches du héros se font croquer par les Titans sont horribles, limite obscènes. Dans les dernières planches, l’auteur s’est appliqué à anéantir de façon brutale le mince espoir que représentait le jeune héros dans cet océan de désolation. Pour mieux repartir dans le second volume peut-être ? Arrivé à ce niveau, impossible de ne pas enchaîner sur le deuxième épisode qui je l’espère répondra en partie à mes nombreuses interrogations.

Ma note : 8/10

lundi 4 novembre 2013

Best of Gaston : Gaffes au volant

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Best of Gaston : Gaffes au volant de André Franquin

Danger de la route

Ce best of est composé d’une sélection de gags extraits des numéros 5 à 17 de la série des « Gaston ». Comme l’indique son titre, le fil entre les histoires est l’automobile de notre employé de bureau : une Fiat 509 des années 20. Elle est présente tout le long de l’album. La chronologie est respectée. Dès la première histoire, Gaston annonce à Fantasio l’acquisition de la « bête ». Dans la seconde, il lui donne un aspect sportif à l’aide de grilles de mots croisés ! Si la conduite de Gaston est assez spéciale ; il arrive toujours à destination… même sur le toit ! Les gags font tous au moins sourire. Au hasard de l’album, on trouve quelques pépites. Comme page 5 : Franquin à Lagaffe « Jamais vous n’avez fait une moyenne aussi remarquable, Gaston… C’est bien simple : nous suivons depuis deux heures une Morris Cooper. Elle n’a pas gagné un pouce sur nous ! Et cependant, j’éprouve une sensation de sécurité inhabituelle… ». Un plan large nous explique le pourquoi du comment. Très drôle ! Naturellement, l’agent de police Longtarin est en première ligne. Son intégrité physique est parfois mise à rude épreuve. Excès de lenteur, problèmes d’orientation, de stationnement, améliorations techniques surprenantes (dont un perroquet en guise d’avertisseur sonore), conduite (sportive) par tout temps, explosions et fumées à faire bondir les écologistes sont au programme. 

Même les dessins des histoires plus anciennes d'une demi-page avec Fantasio sont réussis. Cette bonne impression est renforcée par la qualité de la présente édition (papier légèrement glacé, couleurs vives). Mais, je trouve toujours les péripéties de la période Prunelle plus riches (avec Jules-de-chez-Smith-en-face, Bertrand Labévue, le dessinateur Yves Lebrac, Mademoiselle Jeanne, M. De Mesmaeker, etc.) que celles de l'époque Fantasio. 

Bref, cet album reconstitué se lit avec plaisir grâce à ses situations déjantées et variées.
 
Ma note : 8/10

samedi 19 octobre 2013

L'An II de la Mafia



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L'An II de la Mafia de Christopher Stork


Un petit Stork pour la route…

Sous le pseudonyme collectif de Christopher Stork, Stéphane Jourat et José-André Lacour, deux auteurs belges, ont publié un grand nombre de romans de SF dans la défunte collection « Anticipation » aux éditions Fleuve Noir. De mon point de vue, leurs textes sont de piètre qualité littéraire (pauvreté du vocabulaire et de la syntaxe) et leurs histoires souvent sans queue ni tête, simplistes et d’une naïveté confondante. 

Le récit raconté ici, peu original de par son sujet, s’avère moins ubuesque que de coutume. Il s’agit d’une énième histoire de futur apocalyptique. Suite à la Troisième guerre mondiale de 1992 (le livre date de 1982), la Mafia est en passe de régner sur la planète en cette année 1998. A travers les notes d’un écrivain frustré, chargé d’écrire les mémoires du mafioso devenu maître des USA (le capo dei capi), on suit l’ascension de la Mafia avant, pendant et après la guerre grâce à ses services rendus aux citoyens (marché noir, bonnes œuvres…) et au discrédit de la démocratie. Plus doué avec un stylo qu’avec un pistolet, notre scribe est surnommé « le Scribouillard » par son protecteur. Pour une raison obscure mais finalement peu surprenante, le chef de la Mafia le protège malgré son inutilité dans l’organisation. Pourtant, « le Scribouillard » finit par être utile à la Mafia dans le domaine de la propagande. Il prend même du galon en étant (un temps seulement) le gendre du maître. Devenu veuf et mis à l’écart par le capo dei capi, notre héros de l’ombre part vers des territoires libres et viables à la rencontre des mystérieux « no-men » (Qui sont-ils ? Que manigancent-ils ?). 

Les auteurs ont tendance à abuser de généralités en mélangeant tout (guerre nucléaire, catastrophe écologique, guerre des clans…). Comment croire un instant que tous les membres d'une Mafia maîtresse des USA et quasiment du monde, soient d’origine italienne ? Quid de la Mafia russe, des Triades chinoises etc. ? De plus, les personnages manquent de profondeur. Décrits en quelques mots, les membres de la Mafia sont tous des brutes épaisses, interchangeables et sans personnalité. 

La dernière partie, c'est du Christopher Stork pur jus. La rencontre du narrateur avec les « no-men » hors de New York, le plan d’attaque de la ville et plus particulièrement de l’Empire State Building devenu le QG de la Mafia, sont aussi invraisemblables que ridicules. On se croirait dans un mauvais polar. L’idylle entre la fille d’une ancienne prostituée exploitée par la Mafia et notre narrateur est au mieux gentillette. 

Lors d’un déplacement en train, ce roman très superficiel peut éventuellement remplacer quelques grilles de Sudoku...
 
Ma note : 3/10

Les p'tits Schtroumpfs

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Les p'tits Schtroumpfs, le Schtroumpf Robot de Peyo
 
 
Un album plein d'idées innovantes

Pour une fois, cet album de la série est composé de deux histoires de longueurs et d’un intérêt quasiment identiques.

« Les p’tits Schtroumpfs » : 

Pour s’être enfermés dans une horloge dont les aiguilles tournent à l’envers (?), le Schtroumpf Nature, le Schtroumpf Colérique et le Schtroumpf Mollasson ont rajeuni. Même le papillon qui les accompagnait est redevenu une chenille ! En apportant un vent de jeunesse au village, ils vont bousculer bien des habitudes. Les « Un peu de respect pour vos aînés », « De mon temps… », « Quel langage ! » fusent. Même le Schtroumpf Tailleur doit se mettre à la page en apportant de la fantaisie au look des trois jeunes. Finalement, les p’tits Schtroumpfs mettent tout le monde d’accord lors d’un concert organisé dans le village. Leur création musicale innovante bouscule la musique classique de l’orchestre du Schtroumpf à lunettes. Les p’tits Schtroumpfs vont même résoudre le problème de la Schtroumpfette qui s’ennuie sans amie. Au péril de leurs vies, ils vont voler la formule nécessaire à la création d’une Schtroumpfette chez Gargamel. Ainsi, une petite rouquine à couettes devient la copine de notre Schtroumpfette. J’ai bien ri. D’autant que Peyo insère des courts gags à l’histoire : le quiproquo entre le Schtroumpf Tailleur… de pierre et le Schtroumpf Tailleur… de vêtements ou au concert du Schtroumpf à lunettes : « Schtroumpf Paresseux ! Réveille-toi ! Tu ronfles ! » « Hein ? Quoi ? Mais, je ne suis pas le Schtroumpf Paresseux moi !… ».

« Le Schtroumpf Robot » : 

Afin d’en finir avec les corvées ménagères, le Schtroumpf Bricoleur fabrique un Schtroumpf Robot. Ce dernier fait l’unanimité dans le village grâce à… sa soupe. Le méchant sorcier Gargamel va saisir l’occasion pour empoisonner les petits lutins bleus. Ils vont se réveiller transformés en monstres : le corps vert, jaune, violet ou orange ; poilu ou couvert de verrues, la queue en tire-bouchon, muni de cornes ou de crocs. Sauf le Grand Schtroumpf qui n’a rien consommé. Tout le village se rend chez Gargamel et son chat Azraël pour trouver un antidote et rendre la monnaie de sa pièce au sorcier.

Comme d’habitude, les adorables petites créatures bénéficient des jolis dessins de Peyo. Dans ces deux histoires datant de 1988, les cases me paraissent plus détaillées et les traits plus sûrs que dans les premiers albums. Et les histoires sont suffisamment riches pour plaire à tous.
 
Ma note : 8/10

Rambo First Blood



couverture

  
Rambo First Blood de David Morrell


Original méconnu

Contrairement à ce que l’on pourrait croire (et le laisse entendre la couverture), ce roman n’est pas une simple novélisation du film « Rambo » réalisé par Ted Kotcheff avec Sylvester Stallone. En effet, David Morrell a publié son livre en 1972, dix ans avant la sortie du film. Je conseille aux sceptiques de lire sa nouvelle « Orange pour l’angoisse, bleu pour la folie » afin de mesurer la qualité d’écriture de l'auteur. Dans cette nouvelle, l'écrivain mêle art, folie, horreur et SF à travers une intrigue passionnante. Bien que plus classique, on retrouve dans ce « Rambo First Blood » la force de la version filmée (difficultés d’intégration des anciens combattants, brutalités policières…), bien sûr sans Stallone ni l'excellent Brian Dennehy en shérif. La plus grosse différence entre le livre et le film se trouve à la fin. Le dénouement du roman est plus brutal et réaliste mais potentiellement moins rentable : Rambo meurt.

Ma note : 7/10

Les dents de la mer

 

couverture

   
Les dents de la mer de Peter Benchley

Décevant par rapport au film

Ce roman a connu un certain succès avant que le film de Steven Spielberg ne devienne le premier blockbuster de l'histoire du cinéma. Aurais-je eu le même avis si je n'avais pas vu le film ? Toujours est-il que je me suis ennuyé ferme en lisant ce livre. Les frustrations sexuelles d'Ellen Brody (personnage secondaire dans le film) me sont passées au-dessus de la tête. Sa relation amoureuse (absente dans le film) avec Matt Hooper, l’océanologue, passe au premier plan au détriment de la chasse au requin (intelligemment mise en scène dans le film). Certes, le réalisateur a gommé une bonne partie de la psychologie des personnages du roman. Mais, c'est pour mieux se concentrer sur son sujet. Curieusement, Peter Benchley s'attarde sur des descriptions gore alors que Steven Spielberg joue la carte de la suggestion. Le film n'en est que plus effrayant. En revanche, dans l’adaptation cinématographique, la mort du requin est beaucoup plus spectaculaire (explosion d'une bouteille de plongée). Peter Benchley semble avoir négligé la fin de son livre. Comme si le requin ne l’intéressait pas... Là où le film est concis tout en faisant travailler notre imagination ; la version écrite est pesante avec ses personnages bavards. En nettoyant le livre de tous ses scories, l’adaptation filmée lui est bien supérieure.
 
Ma note : 3/10
 
 

lundi 14 octobre 2013

Le Cosmoschtroumpf


medium


Le Cosmoschtroumpf de Peyo


La tête dans les étoiles

Dans le village de nos petits lutins bleus, il y a un Schtroumpf qui rêve d'aller sur une autre planète. Après avoir gambergé sur le moyen de voyager dans l’espace, il passe aux travaux pratiques en fabriquant une fusée avec les outils du Schtroumpf Bricoleur. Le jour du décollage, c’est l'échec. Il faut dire que le mode de propulsion basé sur une hélice actionnée par un pédalier est très rudimentaire. Le Cosmoschtroumpf sort de sa machine épuisé et démoralisé. Dès lors, le village se mobilise pour réaliser le rêve du malheureux Schtroumpf. La suite est une énorme supercherie, une gigantesque mise en scène mais… pour la bonne cause. Prenez le cratère d’un volcan éteint, une potion magique transformant les Schtroumpfs en Schlips sorte de petit homme des cavernes (parlant le Schlips) et le tour est joué.

Peyo greffe à son histoire de nombreux de gags amusants (la curiosité des Schtroumpfs pendant la construction de la fusée, les réflexions du Cosmoschtroumpf aux Schlips sur les Schtroumpfs sans savoir que ce sont eux - à cette occasion le Grand Schtroumpf et le Schtroumpf à lunettes en prennent pour leur grade - etc.). Voulant rester chez les Schlips, le Cosmoschtroumpf doit subir des épreuves qu’il réussit haut la main au grand désespoir des Schlips/Schtroumpfs qui veulent retrouver leur village au plus vite. Ce passage est vraiment drôle car le Grand Schtroumpf commence à perdre patience.

Les dessins de Peyo sont toujours aussi réussis, simples mais mignons tout plein. Même en l’absence de plusieurs niveaux de lecture, cette BD pour petits et grands (enfants) reste agréable à lire.

Quelques histoires courtes terminent l’album. On y retrouve le Schtroumpf Paysan et le Schtroumpf Poète, le Schtroumpf Grognon, le Schtroumpf Maladroit et le Schtroumpf à lunettes dans des gags destinés aux plus jeunes.

Ma note : 8/10

mardi 17 septembre 2013

La ville qui n'existait pas



La ville qui n'existait pas de Pierre Christin (Scénario), Enki Bilal (Dessin)

Conte pour adulte

Avec ses habitants exploités et menacés de perdre leurs emplois, le quotidien à Jadencourt ne respire pas la joie de vivre. Dans cette région du nord économiquement sinistrée, constamment balayée par la pluie, la mère de Paulo travaille pour Fildor une entreprise de prêt-à-porter et le père du gamin aux fonderies Hannard occupées par les grévistes. Paulo et ses camarades de classe sont humiliés par leur instituteur qui les menace de finir O.S. comme leurs parents, des fainéants. Le vieux Hannard qui a construit sa richesse sur le dos de générations de travailleurs meurt subitement. Sa petite-fille, seule héritière, décide d’expier les péchés de sa famille. En utilisant les vices des actionnaires intéressés uniquement par l’argent et non par le sort de la population, elle va réaliser un projet fou : la construction d’une ville idéale. Avec la participation des habitants de Jadencourt, la cité sort de terre au bout d’un an. Une ancienne cimenterie familiale a laissé place à une ville sous cloche coupée du monde extérieur, loin de la crasse, de la bêtise humaine et du temps. Mais n’est-ce pas en réalité une prison dorée où tout n’est qu’ennui ? Comme dit le père de Paulo à son fils : « On ne peut pas se foutre entre parenthèses du monde mon gars ». Voilà pourquoi il n'a pas rejoint Paulo et sa femme dans « La ville qui n’existait pas ». Les départs de certains habitants semblent lui donner raison. La liberté offerte sur un plateau, sans efforts n’est-elle pas vouée à l’échec ?

Comme toutes les utopies, cette histoire sur fond de lutte des classes est belle. Le rêve devenant réalité puis désillusion montre l’incapacité des hommes à vivre heureux. Cependant, j’ai regretté les positions radicales, peu nuancées présentes dans l'album (le discours antibourgeois entendu mille fois, les grévistes assimilés à de la racaille…).

Bien que différents de ses œuvres plus récentes, les dessins de Bilal sont réussis. Détaillés et réalistes, ils collent parfaitement à l’histoire racontée ici.
 
Ma note : 7/10

Exterminateur 17


couverture

Exterminateur 17 de Jean-Pierre Dionnet (Scénario), Enki Bilal (Dessin)

Libérez les androïdes !

J’avais adoré la trilogie Nikopol et la tétralogie du monstre d’Enki Bilal (dessinateur et scénariste). Là, je suis un peu déçu. Pas mauvais pour autant, le scénario de Dionnet sur le thème de la révolte des machines n’est pas aussi innovant et visionnaire que celui des œuvres citées plus haut. Concernant les dessins, on est loin de la qualité graphique proche de la peinture de ces mêmes œuvres. Réalistes, ils sont assez détaillés durant une douzaine de planches avant de devenir de plus en plus succincts et inesthétiques. Plus on avance dans l’album, plus les cases sont épurées et vides. J’ai l’impression que les dessins n’arrivent pas à suivre le rythme des idées, plutôt bonnes au demeurant (les néo-manichéens, le vaisseau Génétic qui erre dans l’espace au hasard des mondes, l’astéroïde avec sa ville style western peuplée de cow-boys, etc.). Ne vous fiez pas à la très belle couverture. Elle est postérieure à l'édition originale.

Ma note : 5/10

mercredi 11 septembre 2013

Regrets éternels

couverture


Regrets éternels de Raoul Cauvin (Scénario), Marc Hardy (Dessin)

La faucheuse superstar

Cette série tourne autour du dernier tabou de notre époque (le sexe n’en étant plus un) : la mort. Par rapport aux premiers albums, elle est ici beaucoup plus présente. J’entends par là, la mort personnifiée en squelette munie d’une faux et couverte d’une robe. Dans cet album, elle squatte le cimetière d'un sympathique fossoyeur, le bien nommé Pierre Tombal. Depuis un bon nombre d’albums les personnages secondaires se sont étoffés. Il y a le marin qui pratique les immersions des corps et un entrepreneur des pompes funèbres qui se charge des incinérations. Tous ont des anecdotes à raconter à Pierre Tombal au bistrot du coin pendant leur traditionnelle partie de cartes.

La mort provoque des accidents mortels autour d’elle. Normal, c’est son rôle. Les gags mettent en scène des fins rapides comme ces kamikazes qui se font sauter en public ou lentes comme la vieillesse. La mort est surchargée de travail. Entre les catastrophes naturelles et les guerres, elle oublie les centenaires qui sont obligés de passer un mot à notre fossoyeur pour se faire rappeler à elle. Plus loin dans le cimetière, un visiteur achète un bouquin qui selon Pierre Tombal contient les noms des personnes qui vont mourir dans un avenir plus ou moins proche. Il s'agit du bottin téléphonique (ha ! ha !).

En ce qui concerne les dessins, les traits sont plus épais et les couleurs plus sombres qu'avant. Ils sont centrés sur les personnages qui évoluent le plus souvent dans des décors minimalistes.

Après avoir lu une douzaine d’albums, je trouve que la série s’essouffle. Si certaines histoires atteignent quatre pages contre une dans les premiers numéros ; elles ne sont pas forcément plus drôles. Les textes sont plus longs et les gags visuels moins présents. Les histoires sont souvent tirées par les cheveux, moins simples et directes que dans les premiers épisodes de la série. Je pense qu’avec ce 23ème album les auteurs ont fait le tour du sujet.

A noter la couverture trouée qui permet de personnaliser sa tombe en collant une photo à l’emplacement adéquat ! Solidaires dans la lutte contre le SIDA, les auteurs avaient déjà publié et vendu le numéro précédent avec un préservatif...
 
Ma note : 6/10

Les 44 premiers trous

couverture


Les 44 premiers trous de Raoul Cauvin (Scénario), Marc Hardy (Dessin)

Rire de la mort et mort de rire

Cette série apparue au début des années 80 raconte le quotidien de Pierre Tombal, le bien nommé, fossoyeur de son état. Une pelle à la main, une cigarette au bec, une casquette vissée sur la tête, il creuse des tombes pour enterrer les morts. Mais dans son cimetière, la mort ne s’arrête pas là. Pierre Tombal doit gérer les lubies des visiteurs mais aussi les excentricités post-mortems de ses pensionnaires.

Dans ce premier album, les gags d’une page sont tous drôles. Les auteurs évitent même le côté répétitif du sujet. Il faut dire qu’entre les dernières volontés des défunts, les exigences des héritiers et les manies des amis, il y a matière. Au détour d’une case, Cauvin et Hardy se permettent des clins d’œil sympathiques comme ces tombes à leurs noms. Quelques gags pris au hasard :

- Dans le cimetière, un petit vieux croise une multitude d’araignées qui se dirigent vers un lieu unique. Effrayé, il va voir notre fossoyeur. En fait, les petites bêtes se rendent toutes sur la (magnifique) tombe de… Spiderman.
- Devant les tombes de Blanche-neige et les sept nains, Pierre Tombal épuisé déclare à un témoin « Notez que je n’ai pas encore trop à me plaindre ! J’ai un copain qui a enterré Ali Baba avant-hier… ».
- Au fond d’un trou, notre fossoyeur réceptionne un à un des petits cercueils (jambes, bras, estomac, foie, amygdales, gros intestin). Furieux, il explose et demande à ce que la personne soit enterrée en une seule fois. Son interlocuteur répond : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Pierre Tombal de conclure : « Vous voulez que je vous dise : moi, l’acharnement thérapeutique, je ne trouve pas ça humain… ».

Au commun des mortels (riches ou pauvres) et aux personnages fictifs (Dracula, Popeye, Hulk, Spiderman…) s’ajoutent beaucoup d’animaux (de la puce à l’éléphant). Le rire laisse parfois place à l’émotion. Par exemple, lorsqu’entre la sépulture grandiose presque pharaonique d’un PDG et celle misérable (une simple croix en bois) d’un courageux travailleur, Pierre Tombal remet les pendules à l’heure… à sa manière.

Les dessins d’Hardy évolueront peu dans les prochains albums. Les bases de la série sont déjà bien présentes. Cependant, de nouveaux personnages (des confrères de Pierre Tombal) viendront progressivement enrichir la série. La bande se réunira au bistrot du coin où nos travailleurs de l'ombre partageront leurs souvenirs (professionnels) les plus cocasses. A noter dans ce premier album, l’apparition de l’épouse (plutôt rondelette) de notre fossoyeur. Il semblerait que ce personnage ait été abandonné par la suite.

En dédramatisant un sujet tabou, cette BD fait vraiment du bien.
 
Ma note : 8/10

dimanche 18 août 2013

La Belle Province

couverture


La Belle Province de Laurent Gerra (Scénario), Achdé (Dessin)
 
Chapeau bas !
 
Quelle agréable surprise que cet album de Lucky Luke signé Achdé et Gerra ! Il s’inscrit dans la pure tradition de l’œuvre de Morris. Loin d’être juste « un épisode de plus », son histoire dépaysante et riche en détails comiques le place même parmi les meilleurs albums de la série. « La Belle Province » est le surnom du Québec mais aussi le nom de la jument dont Jolly Jumper est tombé amoureux. C’est à cause d’elle que notre cow-boy (vacher ou bouvier de ce côté-ci de la frontière) se retrouve au Québec, loin du Far West américain. L’Histoire vue par les auteurs de ce petit bout de France en terre anglophone, ses singularités linguistiques et culturelles (la langue de Molière quelque peu modifiée) m’ont beaucoup fait rire. Dans la lignée des Morris/Goscinny, on y trouve de sympathiques caricatures (Céline Dion en chanteuse de cabaret accompagnée de son René au piano, un certain Bernard Henry Levystrauss mélange du philosophe BHL et de Levi Strauss l’inventeur du blue-jeans). Au détour d’une case, on croise également Guy Lux en animateur de rodéo (évidemment), le chanteur Robert Charlebois (couleur locale oblige) ainsi qu’un lointain cousin Québécois de José Bové tout aussi attaché à sa terre. Même Rantanplan a sa part de gloire. En effet, un aubergiste, le voyant enroulé entre deux couvertures comme une saucisse, crée le célèbre hot-dog (chien-chaud) ! Comme de coutume, les auteurs ont aussi intégré au récit un personnage historique en la personne de Louis-Adélard Sénécal, promoteur du chemin de fer au Québec. Cependant, l'histoire du « méchant banquier et sa bande qui veulent faire main basse sur la vallée » est plus classique. Mais il fallait bien une trame pour lier le tout. Je n’ai pas lu d’autres albums post-Morris. Avec celui-ci, la relève est (très bien) assurée.

Ma note : 8/10

lundi 15 juillet 2013

La fugue du Scrameustache

couverture


La fugue du Scrameustache de Gos

Nous ne sommes pas seuls...

Ça devait arriver ! A force de rester cloîtré entre quatre murs pour ne pas se faire remarquer des terriens, le Scrameustache a fugué. En effet, il est difficile en cette période de noël de résister à la joie ambiante (ses courses de luges, sa crèche grandeur nature…). Seulement, sa fugue va entraîner une série d’événements catastrophiques. La rencontre du Scrameustache avec un fabriquant de jouets et sa petite famille intrigue son ami Khéna et oncle Georges. Et si notre extraterrestre cherchait à se faire de la publicité ? Histoire que la population ne se retourne plus sur son passage. En tout cas, les journalistes tiennent là le scoop de leur vie : une rencontre du troisième type ! Les amis du Scrameustache et les Galaxiens vont tenter de réparer les erreurs commises en faisant croire à un canular de plus sur les extraterrestres.

J’ai un faible pour les Galaxiens, ces petits bonhommes verts mignons tout plein, ainsi que pour le look du Scrameustache et sa soucoupe volante profilée sport. Les Galaxiens verts et leur organisation sociale (chacun est chef à tour de rôle), leur caractère finalement très humain (les relations conflictuelles comiques entre le toubib et le mécano) ne sont pas sans rappeler les Schtroumpfs bleus de Peyo. Ce n’est guère étonnant car Gos fut un temps l’assistant du créateur des Schtroumpfs. "Le Scrameustache" constitue pour le jeune public une introduction plaisante à la science-fiction. Sans prétention mais sympathique, « La fugue du Scrameustache » est le seul album de la série que j’ai lu.

Ma note : 7/10

Corrida pour une vache maigre

medium


Corrida pour une vache maigre de Christian Godard (Scénario), Mic Delinx (Dessin)


Ils sont fous ces animaux !

Voilà encore une BD de ma jeunesse qui paraissait, à l’époque, dans le magazine Pif Gadget. Les animaux de cette série font face à des situations absurdes souvent avec cynisme. Les auteurs prêtent à tout ce petit monde animalier des attitudes très humaines. Trop jeune, l’humour basé sur des jeux de mots souvent tirés par les cheveux me passait au-dessus de la tête. En fait, il y a plusieurs degrés de lecture dans ces petites histoires. Derrière l'apparente simplicité des situations, Mic Delinx et Christian Godard portent un regard critique sur nos menus travers. Attention !, ici l’humour est très spécial. Personnellement, je trouve les gags inégaux. En revanche, la physionomie et la personnalité des autochtones sont truculentes. Rien que pour la forme, cette BD vaut le coup d’œil.

Comme au début de chaque album, une carte plante le décor. La fameuse jungle est représentée par une tache verte avec pour légende « Tout plein d’habitants » au milieu d’une étendue jaune avec pour légende « Pas d’habitants du tout » représentant un « désert absolument désertique ». Pour compléter la position géographique, la longitude est mal définie, le méridien quelconque et le point cardinal vague… Plus loin, les principaux habitants de cet univers clos sont décrits sur deux pages : Joe le tigre végétarien amateur de pommes, Gros Rhino le Rhinocéros inculte et froussard, Auguste le crocodile poète totalement inoffensif, Potame l’hippopotame toubib spécialisé en tout et n’importe quoi, Mortimer le serpent « à sornettes » d’une naïveté déconcertante, les pies de bas de pages bavardes et moralisatrices spécialisées dans les calembours vaseux et autres jeux de mots (très) approximatifs…

Cet album est composé de huit histoires. Les plus longues sont : « Corrida pour une vache maigre » dans laquelle Vava la vachette a des soucis avec son lait. Heureusement, Potame le toubib a une solution... « Histoire d’un mauvais sujet », c’est celle de Jojo le chacal jamais à court de méfaits… « Salut la compagnie » où Lentourloup crée sa boîte d’assurance en tout genre. Reste à trouver les clients… « Une noce dans le fromage » dans laquelle Gros Rhino cherche l’âme sœur en s’inscrivant dans l’agence matrimoniale de Lentourloup. Mais les fichiers ne sont pas encore au point…

Bref, c'est une BD un peu oubliée de nos jours à (re)découvrir pour se faire une opinion.
 
Ma note : 7/10

dimanche 7 juillet 2013

L'intégrale Rahan, tome 7


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L'intégrale Rahan, tome 7 de Roger Lécureux (Scénario), André Chéret (Dessin)

Un héros altruiste, observateur et réfléchi
 
Mes premières lectures de Rahan remontent au magazine Pif Gadget de mon enfance. Mais, je me suis vraiment intéressé que plus tard aux aventures du fils de Craô dans un magazine qui lui était dédié (avec là aussi un gadget à chaque numéro). Ainsi, j’ai été l’heureux possesseur du collier de Rahan. N’ayant conservé aucun album de la série, j’ai acheté cette intégrale qui reprend des histoires de cette époque. D’ailleurs, l’album à peine ouvert, je me suis immédiatement rappelé de certains dessins.

Rappelons qu’il s’agit d’une BD aux dessins « réalistes » dont l’action se déroule pendant la préhistoire (« Il y a environ 500 000 saisons à l’aube des temps obscurs »). Rahan est le seul survivant de la horde de Craô-le-sage. Ce qui caractérise le personnage, c’est sa soif de connaissance (« Pourquoi le jour ? », « Pourquoi la nuit ? », « Dans quelle tanière se réfugiait le Dieu-Soleil ? », « Pourquoi la lune ronde ? », « Pourquoi la lune pointue ? », « Pourquoi le vent et pourquoi la pluie ? » etc.). Rahan rencontre de nombreuses tribus sans jamais se fixer. Il traverse des territoires hostiles tout en restant fondamentalement pacifique. En effet, fidèle au serment fait à son père, il n’affronte jamais « Ceux-qui-marchent-debout » : ses semblables. Tout en respectant leurs coutumes, Rahan apporte aux hommes ses connaissances nées de son sens aigu de l’observation. Rationaliste, il met à mal les croyances superstitieuses des hordes qu’il croise à force de démonstrations et d’explications. Il finit toujours par convaincre les cupides et les peureux. Ce qui lui vaut souvent la haine des détenteurs du pouvoir : les chefs de clans et les sorciers. Son fidèle coutelas d’ivoire permet à notre héros de sortir vainqueur de ses combats contre les animaux féroces : les « peaux-de-bois » (les crocodiles), les tigres-aux-dents-de-sabre, les « longs-nez » (les rhinocéros), les « longues-crinières » (les lions), les « peaux-tachetées » (les guépards), les « quatre-mains » (les singes), les ours, les buffles etc. Cette arme lui sert également de boussole. En la faisant tourner sur une pierre, elle lui indique la direction à prendre, son destin…

L’album comprend huit histoires qui mettent à l’épreuve l’intelligence, le courage et la force de Rahan. Dans « Les chasseurs de foudre », il enseigne aux membres d’une tribu comment faire du feu avec des silex. Il évite à ces hommes de prélever le feu directement au pied des volcans en éruption ou des arbres foudroyés au péril de leur vie. Dans la même histoire, Rahan invente le système du levier pour sortir de la « prison » où l'a jeté le sorcier de la tribu. Dans « Le retour des Goraks », grâce à un écureuil transpercé par une flèche qui est restée coincée entre deux branches ; notre chasseur invente le… grappin. Découverte qui va révolutionner la vie d’une tribu menacée par des tigres-aux-dents-de-sabre géants. Dans l’histoire suivante, c’est une « poudre-qui-lave » (l’ancêtre du savon) avec ses « larmes-qui-volent » (les bulles) que notre héros découvre par hasard. Il apprend à une tribu terrifiée par l’élément liquide à « ramper-sur-l’eau » (nager). Dans « Les coquillages bleus », en bouchant un lagon infesté de « peaux-bleues » (requins), il rend une matière précieuse, source de conflits entre clans, facilement accessible donc sans valeur. Dans une autre histoire, après avoir frappé d’énervement sa lance contre le fond d’une rivière et l’avoir abimée, Rahan crée involontairement une lance à trois pointes triplement efficace pour pêcher le poisson etc.

A travers ces aventures, les auteurs mettent en avant la tolérance, le respect d'autrui. Cependant, elles n'en demeurent pas moins fantaisistes, éloignées de toute vérité historique.

Les traits et les couleurs sont d'une qualité très variable selon les histoires. Certaines cases d’une grande précision sont magnifiques. D’autres sont plus brouillonnes. Graphiquement, « Les larmes-qui-volent » est mon histoire préférée. Dans l’ensemble, je trouve les dessins de cette intégrale supérieurs à ceux des autres tomes de la série.
 
Ma note : 8/10

lundi 24 juin 2013

La Schtroumpfette

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 La Schtroumpfette de Yvan Delporte (Scénario), Peyo (Scénario et dessin)

Une entrée remarquée

Comme souvent dans cette série, l’album est composé de plusieurs histoires. Dans le cas présent, elles sont au nombre de deux : « La Schtroumpfette » et « La faim des Schtroumpfs ». Publié en 1967, ce troisième album fait date puisque la Schtroumpfette, personnage central de la série, y fait sa première apparition.

Une fois de plus, la vie harmonieuse des Schtroumpfs est bouleversée par le méchant sorcier Gargamel. Ce dernier a trouvé une arme imparable capable d’anéantir nos gentils lutins. Plutôt que de mettre le feu à toute la forêt, il crée… la Schtroumpfette ! A cette occasion, la formule magique utilisée par Gargamel est bien trouvée : « un brin de coquetterie, une solide couche de parti pris, trois larmes de crocodile, une cervelle de linotte, de la poudre de langue de vipère, …, un doigt de tissu de mensonge, …, un quarteron de mauvaise foi, …, un zeste de sensiblerie, une part de sottise et une part de ruse, beaucoup d’esprit volatil et beaucoup d’obstination… » ; une femme quoi.

Chez les Schtroumpfs, la surprise est totale. Au début, ils pensent que la Schtroumpfette est un Schtroumpf vêtu d'une robe. Capricieuse, elle ne tarde pas à semer la zizanie dans la communauté. La Schtroumpfette bénéficie alors d'une transformation de taille (cheveux noirs de la version Gargamel à la chevelure blonde, longs cils et chaussures à talons de la version Grand Schtroumpf). Son caractère typiquement féminin et sa singularité parmi tous les petits bonhommes bleus (mais asexués) sont à l'origine de situations comico-tragiques. Amoureux fous de la Schtroumpfette, les Schtroumpfs sont comme hypnotisés. Le village est sens dessus dessous. Consciente que les Schtroumpfs ne connaitront pas la paix tant qu’elle sera là, la Schtroumpfette s’en va, laissant la porte ouverte à un possible retour…

Sans être aussi marquante pour la série, la seconde histoire intitulée « La faim des Schtroumpfs » est tout de même agréable à lire.

C’est l’hiver. La forêt est couverte de neige. Un incendie détruit entièrement la réserve de nourriture amassée durant l’automne par les Schtroumpfs. Menacés par la famine, ils sont contraints de quitter leur village pour rechercher de quoi se nourrir. Heureusement, nos petits bonhommes bleus vont faire une rencontre salvatrice…

Cette histoire courte s’adresse aux plus jeunes. La quête de nourriture se déroule sans heurts. La situation pourtant dramatique se résout avec une facilité déconcertante pour nous les adultes. Les jeux dans la neige et même la tentative pour maîtriser l’incendie de la réserve sont empreints d'une charmante naïveté.

Les dessins de Peyo sont toujours aussi mignons, plus particulièrement ceux représentant ses petits personnages. Les décors sont simples, sans détails superflus mais soignés.

En conclusion, je dirais qu’avec la première histoire, cette BD est incontournable pour parfaire sa connaissance de la série.
 
Ma note : 8/10