dimanche 31 mars 2013

Les Bleus de la marine

couverture


Les Bleus de la marine de Raoul Cauvin (Scénario), Willy Lambil (Dessin)

Du 22ème de cavalerie à la marine

Pour les amateurs de BD intéressés par la guerre de Sécession, cet album de la série « Les tuniques bleues » vaut vraiment le coup d’œil.

Le sergent Chesterfield et le caporal Blutch sont renvoyés de la cavalerie, l’un pour insubordination et l‘autre pour lâcheté. C’est l’occasion pour les auteurs de passer en revue les différents corps d'armée de l’Union. En effet, nos deux compères sont successivement mutés chez les fantassins, dans l’artillerie et à l’infirmerie. Cette dernière affectation montre une fois de plus l’esprit humaniste de la série (nordistes ou sudistes peu importe quand les hommes souffrent). Toutes ces péripéties pour arriver dans la marine. Chaque corps se considérant comme le plus « noble », cela donne lieu à des scènes assez cocasses (un marin en présence d'un cavalier : « ça sent le crottin de cheval ici... » etc.).

Donc, nos deux héros se retrouvent sur un voilier en bois qui ne pèse pas lourd face au « Davidley » un sous-marin sudiste. De même, le « Merrimac », un redoutable cuirassé de la Confédération ne fait qu’une bouchée des voiliers nordistes. Seul son homologue de l’Union, le « Monitor » peut faire jeu égal avec lui. Un terrible combat s’engage alors entre les deux cuirassés, des navires révolutionnaires pour l’époque. Au passage, le lecteur apprend que la flotte sudiste devait faire preuve d’ingéniosité technologique pour contrer la supériorité navale nordiste et ses moyens industriels importants.

Sinon, avec ses jolis dessins Lambil a trouvé son style. Ici, les différentes batailles navales sont particulièrement bien dessinées.

Voilà un album mouvementé, varié et drôle à choisir en priorité parmi les (trop) nombreux albums de la série.
 
Ma note : 8/10


La prison de Robertsonville

couverture


La prison de Robertsonville
de Raoul Cauvin (Scénario), Willy Lambil (Dessin)


Des prisonniers de guerre pas comme les autres

« La prison de Robertsonville » fait partie de mes albums préférés de la série « Les tuniques bleues ». Sur la longueur, il faut bien reconnaître que cette série s'avère de qualité scénaristique inégale (redondances, histoires faiblardes). Mais ici, les auteurs se sont inspirés d’un site historique de la guerre de Sécession : le camp d’Andersonville de triste mémoire. Sur quarante-cinq mille soldats de l’Union emprisonnés dans les années 1864 et 1865, presque treize mille y sont morts de malnutrition, de faim ou des suites de maladies, sans parler des exécutions sommaires… Bien sûr, s’agissant d’une BD humoristique, les conditions de détention sont ici abordées de façon très soft. Même si le sergent Chesterfield et le caporal Blutch, tous deux capturés par les Confédérés et emprisonnés dans la terrible prison (fictive) de Robertsonville, n’échappent pas aux travaux forcés et aux punitions (le sergent Chesterfield enfermé dans « la caisse » en plein soleil sans boire ni manger). Les mauvais traitements et les sanctions n’ont d’ailleurs aucun effet sur nos deux compères. L’histoire se concentre sur les multiples tentatives d’évasion des deux soldats nordistes. Et là, j’avoue que les stratagèmes utilisés sont souvent drôles. Le retour en territoire yankee avec ses quiproquos est carrément hilarant. Les dessins de Lambil sont toujours aussi clairs, précis et colorés même lors des scènes de bataille. Mais, c’est plus le contexte de la guerre civile qui m’attire dans cette BD que les protagonistes parfois trop enfermés dans leurs stéréotypes respectifs.
 
Ma note : 7/10

 

lundi 25 mars 2013

Le monstre aux deux têtes


couverture

Le monstre aux deux têtes de Philippe Ebly

Du bon fantastique pour la jeunesse

Philippe Ebly, déjà connu pour sa série « Les conquérants de l’impossible », est aussi l’auteur d’une autre série : « Les évadés du temps » (neuf titres de la Bibliothèque verte dans les années 70/80).

Dans ces romans, quatre adolescents vivent des aventures dominées par le surnaturel et les mondes parallèles. Si les livres de la série « Les conquérants de l’impossible » sont du domaine de la SF ; ceux de la série « Les évadés du temps » appartiennent plutôt au Fantastique. La bande est composée de Thierry, un garçon rigolard, spontané et serviable. Il est physiquement plus fragile que ses compagnons. Kouroun, lui, est musclé, débrouillard et sérieux. C’est lui qui prend souvent les décisions. Noïm est une créature originaire du monde invisible. Il peut lire dans les pensées et prévenir l’avenir. Noïm a pris une apparence humaine et plus précisément celle de David avec qui il communique souvent par la pensée.

Dans cette aventure, nos héros se retrouvent en l’an 719 pour venir en aide à d’anciennes connaissances confrontées à un danger mortel. Danger matérialisé par un monstre d’une hauteur d’environ vingt-cinq mètres qui sème la mort sur son passage. On dit que son haleine rend fou (?). Partout où il passe, l’herbe meurt faisant fuir les animaux de la Grande Forêt et entraînant la famine au sein de la population. Grâce à leurs connaissances des techniques modernes, nos évadés du temps trouveront-ils un moyen pour tuer le monstre apparemment invincible ? Effectivement, ils ont une idée et partent en quête des composants d’une « arme » censée ne faire son apparition que dans de nombreuses années.

Comme à son habitude, l’écriture soignée de l’auteur, son imagination débordante, son talent pour raconter les histoires montrent que la littérature jeunesse n’est pas forcément synonyme de facilité.
 
Ma note : 7/10

Panique sur Londres

couverture

Panique sur Londres de Edward Jones

Plus que léger…

La série « Le trio de la Tamise », c’est une dizaine de titres de la Bibliothèque verte publiés dans les années 80. Ne vous fiez pas aux apparences. Cette série n’a rien à voir avec le pays de Shakespeare malgré le plan de Londres sur deux pages en début et fin de livre ainsi que le nom de l’auteur, Edward Jones. En réalité, il s’agit d’une série italienne (I Pimlico Boys). Le nom de l’auteur est un pseudonyme à consonance volontairement britannique pour coller au contexte. En effet, le théâtre des aventures de nos détectives est la capitale londonienne. Les monuments, le métro, les rues et les squares y sont souvent à l’honneur. Notre bande est composée de trois adolescents Dave, Ted et Cathy, ces derniers étant frère et sœur. Avec la bénédiction du Surintendant de la police londonienne, ils aident Scotland Yard qui les considère comme des auxiliaires bénévoles. Ils ont même un laissez-passer pour faciliter leurs enquêtes.

Dans « Panique sur Londres », nos héros se trouvent face à une énigme apparemment insoluble. Au départ, cela ressemble à une farce. Imaginez l’énorme horloge Big Ben avec les aiguilles tordues en forme de moustaches, la hampe du drapeau de Buckingham Palace pliée en accordéon, les deux pans métalliques du Tower Bridge raccourcis. Sommes-nous en présence d'une gigantesque farce, d'un acte de vandalisme ou d'une manifestation extraterrestre ?

En choisissant de relire « Panique sur Londres », j’ai sûrement fait un mauvais choix. Cet épisode est probablement l’un des plus mauvais de la série. Les détails puérils et inutiles sont légion. Par exemple, lorsque Cathy fait un croche-pied à Dave pour s’amuser ; l’incident prend une demi-page ! De même, les dialogues tournent souvent en rond pour au final, ne rien dire. Une fois les bases de l’histoire posées, il ne se passe rien. Sauf l’hypothèse ridicule d’une intervention extraterrestre qui revient continuellement sans véritable raison. La mascarade finale est d’une bêtise incommensurable.

Je pense que la traduction est en partie responsable de la médiocrité de l’écriture, du manque de finesse et des ellipses qui caractérisent ce livre. Attention, pour autant que je m’en souvienne, cet épisode ne reflète pas le niveau général de cette série pour la jeunesse.
 
Ma note : 2/10

Les six compagnons à Scotland Yard

couverture

Les six compagnons à Scotland Yard de Paul-Jacques Bonzon
 
Une série culte pour la jeunesse

La série « Les six compagnons », créée par Paul-Jacques Bonzon, a diverti plusieurs générations de lecteurs de la Bibliothèque verte. Cette bande de jeunes lyonnais à laquelle se joignent une fille, Mady et Kafi, un chien au flair redoutable, vivent des aventures policières mouvementées. Malgré le nombre, chacun garde sa spécificité au sein du groupe. « Les six compagnons à Scotland Yard », publié en 1968, est le 14ème roman de la série.

Tout commence lorsque nos héros découvrent, près de l’aérodrome de Lyon-Bron, un anglais blessé près d’une voiture renversée au bord d’un talus. L’homme est vivant mais partiellement amnésique. Est-ce un banal accident de la route ? En trouvant divers indices, comme cette montre fabriquée à Londres, les jeunes gens en doutent. Montre qui manifestement n’appartient pas à la victime. Les six compagnons sont persuadés que l’homme n’était pas seul. Dans ce cas où est passé l'autre ? C’est le début d’une aventure qui conduira nos gones de Lyon à Londres jusque dans les bureaux de Scotland Yard.

Comme la plupart des titres de la série, celui-ci bénéficie d’une écriture soignée et assez détaillée (les rues de Londres) à même de satisfaire le public visé. A noter qu’aujourd’hui, la Bibliothèque rose réédite la série dans une version modernisée et simplifiée…
 
Ma note : 7/10

vendredi 1 mars 2013

Catacombes

medium

Catacombes de Serge Brussolo


Une version démentielle de la maison hantée

Dès les premières pages avec la description métaphorique de l’hôtel particulier, l'élément clé du récit, comparé à une verrue, à un chou-fleur colossal, à la bouffissure d’une énorme meringue, à une baleine crevée et j’en passe ; le lecteur est happé par le style de l’auteur, ici au top de sa forme. Dans la ruelle face à la demeure, le malaise qui s'abat sur l'héroïne donne le ton du livre.

Jeanne, une jeune femme affamée, est engagée par un sculpteur comme modèle dans une grande maison de sinistre réputation. Le sculpteur, une masseuse et un concierge toujours sur le qui-vive sont les seuls occupants du lieu. Bien sûr, Jeanne a vaguement entendu parler de la légende (?) sur la mort du précédent propriétaire découpé par sa famille pour respecter ses dernières volontés et donné comme pâtée aux fauves du zoo qui jouxte la maison (un clin d’œil ironique aux premiers chrétiens morts dans les arènes). Il en est de même concernant les scandales qui ont émaillé la vie du vieux (ses statues moulées dans des squelettes, les trois jeunes modèles qui se sont suicidées chez lui). Rapidement, l’obscurité totale entre le quatrième et le sixième étage (les appartements de l’ancien propriétaire) intrigue Jeanne. Elle fait des cauchemars dans lesquels elle se voit dans la peau du précédent propriétaire découpé en morceaux par ses enfants et petits-enfants. A son réveil, elle a le corps couvert de stigmates… Dès lors, la jeune femme fuit le sommeil pour ne pas se réveiller amputée. Elle finit par s’endormir dans l’une des chambres des suicidées, vêtue des sous-vêtements moisis d’une des mortes… La jeune modèle découvre la véritable identité des occupants de la maison. Une maison hantée qui réclame annuellement son cadavre frais pour en faire de la poudre d'os. Une maison construite sur des catacombes. Une maison dont la poussière d’os de squelettes broyés par une meule a été mêlée à la construction par l’ancien propriétaire illuminé. Une maison qui abrite des gnomes créés par le vieux fou…

L’auteur manie le doute à merveille. L’héroïne est en permanence dans l’incertitude. Elle échafaude une multitude d’hypothèses contradictoires (des plus folles aux plus rationnelles). Magnifiquement bien écrite, chaque phrase de ce roman est un véritable bonheur qui contribue à susciter un sentiment de peur.
 
Ma note : 9/10