lundi 24 juin 2013

La Schtroumpfette

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 La Schtroumpfette de Yvan Delporte (Scénario), Peyo (Scénario et dessin)

Une entrée remarquée

Comme souvent dans cette série, l’album est composé de plusieurs histoires. Dans le cas présent, elles sont au nombre de deux : « La Schtroumpfette » et « La faim des Schtroumpfs ». Publié en 1967, ce troisième album fait date puisque la Schtroumpfette, personnage central de la série, y fait sa première apparition.

Une fois de plus, la vie harmonieuse des Schtroumpfs est bouleversée par le méchant sorcier Gargamel. Ce dernier a trouvé une arme imparable capable d’anéantir nos gentils lutins. Plutôt que de mettre le feu à toute la forêt, il crée… la Schtroumpfette ! A cette occasion, la formule magique utilisée par Gargamel est bien trouvée : « un brin de coquetterie, une solide couche de parti pris, trois larmes de crocodile, une cervelle de linotte, de la poudre de langue de vipère, …, un doigt de tissu de mensonge, …, un quarteron de mauvaise foi, …, un zeste de sensiblerie, une part de sottise et une part de ruse, beaucoup d’esprit volatil et beaucoup d’obstination… » ; une femme quoi.

Chez les Schtroumpfs, la surprise est totale. Au début, ils pensent que la Schtroumpfette est un Schtroumpf vêtu d'une robe. Capricieuse, elle ne tarde pas à semer la zizanie dans la communauté. La Schtroumpfette bénéficie alors d'une transformation de taille (cheveux noirs de la version Gargamel à la chevelure blonde, longs cils et chaussures à talons de la version Grand Schtroumpf). Son caractère typiquement féminin et sa singularité parmi tous les petits bonhommes bleus (mais asexués) sont à l'origine de situations comico-tragiques. Amoureux fous de la Schtroumpfette, les Schtroumpfs sont comme hypnotisés. Le village est sens dessus dessous. Consciente que les Schtroumpfs ne connaitront pas la paix tant qu’elle sera là, la Schtroumpfette s’en va, laissant la porte ouverte à un possible retour…

Sans être aussi marquante pour la série, la seconde histoire intitulée « La faim des Schtroumpfs » est tout de même agréable à lire.

C’est l’hiver. La forêt est couverte de neige. Un incendie détruit entièrement la réserve de nourriture amassée durant l’automne par les Schtroumpfs. Menacés par la famine, ils sont contraints de quitter leur village pour rechercher de quoi se nourrir. Heureusement, nos petits bonhommes bleus vont faire une rencontre salvatrice…

Cette histoire courte s’adresse aux plus jeunes. La quête de nourriture se déroule sans heurts. La situation pourtant dramatique se résout avec une facilité déconcertante pour nous les adultes. Les jeux dans la neige et même la tentative pour maîtriser l’incendie de la réserve sont empreints d'une charmante naïveté.

Les dessins de Peyo sont toujours aussi mignons, plus particulièrement ceux représentant ses petits personnages. Les décors sont simples, sans détails superflus mais soignés.

En conclusion, je dirais qu’avec la première histoire, cette BD est incontournable pour parfaire sa connaissance de la série.
 
Ma note : 8/10

samedi 8 juin 2013

Daisy town

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Daisy town de René Goscinny (Scénario), Morris (Dessin)

Un album de choix
 
Le sujet de cet album, à savoir la construction d’une ville du Far West (Daisy Town) en territoire vierge, permet à Morris et Goscinny d’introduire toute l’imagerie du western : le saloon avec ses bagarres, les desperados et le shérif, gardien de l'ordre, ici en la personne de Lucky Luke qui accepte le job. Sans oublier les indiens, les premiers habitants des lieux qui voient leurs terrains de chasse envahis par les visages pâles. Afin de se sortir d'une situation délicate, les Dalton vont tenter de monter les indiens contre Daisy Town. J’adore le passage où Joe Dalton décrit au chef indien l’avenir de sa race réduite aux boutiques de souvenirs à cause du progrès destructeur de prairie. Les auteurs utilisent de savoureux anachronismes comme les automobiles, les autoroutes et les buildings pour illustrer les explications visionnaires de Joe.

Morris, le créateur et dessinateur de Lucky Luke, fait vivre l’histoire sous nos yeux avec ses dessins indissociables de la série tant au niveau des couleurs que des formes. C’est du tout bon comme d’habitude.

Voilà peut-être l'album le plus représentatif de la série.

Ma note : 10/10

dimanche 2 juin 2013

Je pense donc génie !

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Petite encyclopédie des inventions de maître Léonard : Je pense donc génie !
de Bob De Groot (Scénario), Turk (Dessin)

On n'arrête pas le progrès

Quel plaisir de relire quelques histoires de Léonard et son fidèle disciple ! La dernière fois, c’était il y a plus de trente ans dans le magazine Pif Gadget. Difficile de choisir parmi la quarantaine d’albums publiés depuis 1977. Celui-ci est un bon compromis. En effet, il s’agit d’une compilation composée de trente-quatre histoires extraites des albums n°1 à 39 (dont une inédite) présentées par ordre alphabétique des noms des inventions (de A comme Appeau à W comme Wagon-restaurant).

Chaque histoire est constituée d'une (D comme Douche) à dix pages (J comme Jeux vidéo). Leur construction est souvent identique.

Premièrement : Léonard réveille brutalement Basile son disciple, véritable faire-valoir. Les histoires pourraient parfois s’arrêter là. Car Léonard utilise mille et une façons différentes pour lever son disciple.

Deuxièmement : l’expérimentation de la dernière invention du génie. Ses inventions sont souvent visionnaires (M comme Machine à laver, V comme Voiture turbo…), parfois culinaires (N comme Nougat…). Certaines sont totalement farfelues. Comme l’invention qui permet de pénétrer dans un livre ! (C comme Ceinture métaphysicosinusoïdale). Une autre (I comme Internet) dans laquelle on voit nos deux compères circuler sur les autoroutes de l’information est complètement surréaliste. Mais les inventions les plus simples sont souvent les meilleures (B comme Bouée de sauvetage, P comme Poker…).

Troisièmement : les conséquences catastrophiques sur le disciple. Le pauvre est régulièrement écrasé, coupé, haché menu, brûlé, carbonisé, explosé, etc. Cela fait penser aux gags de Tex Avery. Même une invention à priori inoffensive (H comme Hamac) n’est pas de tout repos pour Basile. Il faut dire que le maître fait souvent preuve de méchanceté gratuite. Cela en devient même gênant à la longue.

Les seconds rôles sont également tordants. Principalement le chat tigré qui apporte à l’action une touche de philosophie personnelle avec ses bons mots. D’autres observateurs (une souris et un crâne) font aussi des commentaires hilarants en arrière-plan. Les auteurs utilisent souvent des astuces visuelles, notamment dans les bulles, pour générer le rire chez le lecteur (le ZZZ du dormeur se transformant en XXX suite à une remarque de Léonard, les bulles dactylographiées lors de l’invention de la machine à écrire, etc.). A noter que Léonard se sert souvent des noms de membres de la famille de son disciple pour désigner ses inventions. Ainsi, le grand-père s’appelait Ettore Trampoline (T comme Trampoline), la maman AZERTY car d’ascendance tchèque (M comme Machine à écrire).

Je n’ai pas trouvé les histoires trop répétitives. Les inventions sont variées et amusantes. Mes préférées sont l’invention du chèque, des frites (idée abandonnée par Léonard car trop dangereuse mais un belge passant par là…) et de la bande dessinée. Mais je pourrais presque toutes les citer !

Enfin, les dessins humoristiques sont sympathiques. Les décors et les vêtements italiens du XVème siècle s'inspirent de l'époque du vrai Léonard de Vinci.

Je relirais probablement ce best of à l'avenir. Cependant, j'arrête là avec cette série pour le moment afin d'éviter l'overdose.
 
Ma note : 9/10

samedi 1 juin 2013

22/11/63

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22/11/63 de Stephen King

Bon début, passage à vide, très jolie fin

« Dôme » devait être mon dernier livre de Stephen King. Mais difficile de résister quand on est un fidèle lecteur comme moi. Surtout qu’une histoire de voyage dans le temps est assez rare chez l’auteur. Ajouter à cela la très belle couverture des éditions Albin Michel composée de coupures de journaux relatant l'affaire de Dallas selon deux réalités alternatives...

J'ai trouvé le début de ce « 22/11/63 » pas mal. Sans être surprenant, il y a de bonnes idées. Ainsi, à chaque voyage dans le passé, il est toujours 11H58 le matin du 09 septembre 1958. De même, chaque voyage est toujours le premier. Et le temps écoulé dans le passé (un an ou dix ans) ne dure que quelques minutes en 2011. Cependant, dès le départ, on comprend que l’auteur s’intéresse peu à JFK. Tout comme son héros qui pour un américain est plutôt ignorant des détails de l'assassinat du Président. Il y a un peu tromperie sur la marchandise. Heureusement, les actions réparatrices de notre voyageur temporel sont suffisamment émouvantes pour toucher le lecteur (s’agissant de jeunes victimes…). Même si l’auteur utilise ses artifices habituels pour nous apitoyer (le copain cancéreux…).

Hélas, à partir de l’installation du personnage principal à Jodie, je me suis ennuyé ferme. Pire, après cent cinquante pages sur la vie d’un professeur dans une petite ville américaine, ses rituels d’intégration, ses fêtes locales et l'organisation de pièces de théâtre, j’ai baissé les bras.

Après un blocage de deux semaines à la page 517 (une première pour moi !), j'ai repris la lecture du roman. Le récit s'accélère enfin. Le héros s'intéresse à Oswald, sa petite famille, ses fréquentations etc. Bref, à sa mission d'origine. Et Sadie, son amour de l'époque, refait son apparition... De quoi continuer à lire le roman d'une traite. Il est d'ailleurs difficile de rester insensible aux dernières pages du livre. Seulement, j'ai peiné pour en arriver là (lassitude de ma part à lire du King ?).
 
Ma note : 5/10

En remontant le Mississippi

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En remontant le Mississippi de René Goscinny (Scénario), Morris (Dessin)

Bienvenue à bord

Cet album paru en 1961 commence à La Nouvelle-Orléans. Une fois de plus, Lucky Luke est mêlé à un pari. Deux capitaines de bateau se font concurrence sur la ligne de La Nouvelle-Orléans/Minneapolis le long du Mississippi. L’un est un vrai pirate au passé chargé et l’autre un officier débonnaire. Le premier propose une course. Le gagnant aura l’exclusivité de la ligne. Evidemment, le méchant capitaine va employer tous les moyens malhonnêtes pour gagner. Lucky Luke quitte la terre ferme pour aider le gentil capitaine. Comme si cela ne suffisait pas, le Mississippi fait honneur à sa réputation de fleuve le plus capricieux du monde. Les crues, les inondations et les baisses soudaines du niveau des eaux avec ses redoutables bancs de sable sont du voyage, sans oublier les habitants naturels des lieux : les alligators.

On n’échappe pas aux stéréotypes sur les noirs du sud qui passent leur temps à dormir et à chanter. Mais cela fait partie du folklore… Les membres de l’équipage m’ont beaucoup amusé (surtout le vieux pilote avec ses anecdotes). Cependant, les tentatives de sabotage sont un peu répétitives. Les dessins de Morris sont encore un poil hésitant surtout concernant notre cow-boy et sa fidèle monture (mais moins que dans les tout premiers épisodes de la série). Cette BD n’en demeure pas moins dépaysante et d’une lecture agréable.
 
Ma note : 7/10

Le Daily Star

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Le Daily Star de Xavier Fauche (Scénario), Jean Léturgie (Scénario), Morris (Dessin)

Edition spéciale ! Edition spéciale !

Dans cet album, Lucky Luke se fait littéralement voler la vedette par Horace P. Greely, un journaliste intègre, fondateur du Daily Star et imprimeur. Avec sa presse, une Washington impériale n°3 offerte par ses parents, il sillonne l’Ouest américain pour vendre son journal. Il se fait expulser de plusieurs villes parce que la vérité n'est pas toujours bonne à écrire. Le goudron et les plumes, il connaît. Lucky Luke l’aide à s’installer Dead End City où une fois de plus, il ne tarde pas à se faire des ennemis.

Les détails amusants fourmillent dans cet épisode. Le personnage de Greely est vraiment truculent. Ainsi, enfant naturellement doué à l’école pour la rédaction, Horace vendait déjà ses copies en cour de récréation ! Si Lucky Luke tire plus vite que son ombre, Horace lui, donne les nouvelles quasiment en temps réel ! Il y a aussi sa manie d’interviewer systématiquement son prochain (même des bandits pour sa rubrique « Les hommes et leur métier » !). Le Daily Star doit trouver son public. Vendre le carnet de naissance du journal au croque-mort ou « comment réussir à tous les coups les beignets aux pommes » aux joueurs d’une table de poker n’est peut-être pas judicieux. Mais proposer à la place « rechute de scarlatine pour le doyen » ou « Mille et un trucs pour tricher sans être démasqué » et les ventes décollent. Il est alors temps de prendre des risques, de passer de 30 à 35 exemplaires ! Arrive le premier abonnement payé en nature (poules, pommes de terre etc.). Horace invente même une nouvelle forme de publicité avec les fers de son cheval gravés d’un « Lisez le Star » que ce dernier laisse sur son passage…

Mais l’intransigeance du Daily Star mécontente certains lecteurs. Les scandales éclatent comme le whisky frelaté du saloon ou les marges exorbitantes des tomates de l’épicerie. Aucune catégorie professionnelle n’échappe au sens de l’investigation du journaliste. Ces « victimes » vont tenter d’empêcher la publication du Daily Star en détruisant le papier servant au journal, en supprimant l’encre, en créant un nouveau journal ... Mais, il en faut plus pour stopper notre ardent défenseur de la liberté de la presse. A chaque fois, Lucky Luke et Horace font preuve d’ingéniosité pour que vive le Daily Star. Par exemple, ils remplacent l’encre par du café et Lucky Luke d’ajouter « Ouaip ! Et votre style y gagne en nervosité ». Sur la première page du journal dans la rubrique « Le conseil du jour » : « Vous manquez de café ? Faites infuser votre Daily Star ! ». Il y a des gags plus classiques : dans une fusillade « Vous ne rechargez jamais ? », « Si, après chaque histoire ». Drôle, je vous dis. De nouvelles formes éditoriales sont même lancées avec deux cents ans d'avance ! (journal gratuit, journal parlé).

Cet album sorti en 1984, donc de la période post-Goscinny, est mon préféré avec « Le fil qui chante ». Depuis longtemps déjà, les dessins de Morris ont atteint leur maturité. C’est la richesse du scénario signé Fauche et Léturgie ainsi que l’humour omniprésent qui font la différence par rapport à d’autres albums de la série plus ordinaires.
 
Ma note : 10/10

Billy the Kid

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Billy the Kid de René Goscinny (Scénario), Morris (Dessin)

Ah, la jeunesse !

Paru en 1961, cet album de Lucky Luke s’inscrit dans la pure tradition de la série, avec Morris aux dessins et Goscinny au scénario. L’histoire tourne ici autour d’une figure du Far West, le tristement célèbre Billy the Kid (de son vrai nom William Bonney). Mais sous les crayons des auteurs, le bandit de l’Ouest devient un gamin colérique au physique ingrat (petit, le nez retroussé, les incisives en avant et le visage parsemé de tâches de rousseur). Morris et Goscinny ont enrichi le personnage de détails amusants. Dans leur version, Billy the Kid ne boit que du chocolat chaud et il est friand de desserts. Avec les Dalton, cette caricature du sale gosse constitue l’une des réussites de la série. De fait, Billy the Kid devient un personnage récurrent dans plusieurs albums. Il s’agit d’ailleurs de mon personnage préféré parmi les légendes de l’Ouest (Calamity Jane, Jesse James…) présentes dans les Lucky Luke. La première planche nous montre la naissance puis l’enfance de la petite terreur. A noter que le dessin où l’on voit William Bonney, encore bébé, téter un revolver à la place d’un biberon, a été censuré peu après la parution de l’album avant de réapparaître de nombreuses années plus tard.

Billy the Kid terrorise les habitants d’une petite ville. Tout le monde tremble devant lui, même les autres desperados. Là, les auteurs utilisent le ton de la dérision. Ainsi, sur les ordres de Billy, le patron du saloon ne sert plus que du chocolat chaud et des gâteaux ! Lorsque le garçon attaque la banque, il fait la queue en attendant tranquillement que tous les clients déposent leur argent au guichet avant de la retirer ! Pour le braquage de la diligence, il est allongé dans l'herbe et tous les passagers lui remettent leurs biens à ses pieds ! Impossible pour Lucky Luke de coffrer le délinquant car toutes ces poules mouillées de villageois ont peur de témoigner. Il faut voir l’un d’entre eux pris en otage raconter des histoires au chevet du Kid pour l'aider à s'endormir ou encore le shérif être aux petits soins pour Billy lors d'un court séjour en cellule. Heureusement, Lucky Luke a un plan pour envoyer le bandit sous les verrous : concurrencer le gamin sur son propre terrain…

Côté scénario, c’est du tout bon. On peut en dire autant pour les dessins de Morris. Les personnages sont toujours bien typés et variés (grands, petits, gros, maigres, barbus, moustachus…). Les décors détaillés côtoient les cases épurées au maximum. Enfin, Morris joue toujours avec les couleurs sans tenir compte des conventions (personnages rouges des pieds à la tête, tout un groupe uniformément bleu…). Avec ici, beaucoup de visages verts à cause de la terreur qu’inspire la petite peste. La couverture avec Billy the Kid qui tel un enfant reçoit une fessée de Lucky Luke en dit long sur le ton de l’album.

Bref, sans pour autant être le meilleur, c’est un album phare de la série. A consommer sans modération.
 
Ma note : 8/10